Manchester a bizarrement toujours la cote. Et plus les années passent, plus la nostalgie s’empare de l’un des derniers bastions anglais dont l’histoire musicale dépasse largement les frontières de la Grande-Bretagne. Parmi les légendes de cette ville (des footballeurs et des musiciens pour la plupart), le choix du réalisateur Matt Greenhalgh s’est porté sur une tête cramée (et droguée) bien connue : Shaun Ryder.

Voici déjà deux histoires pour situer le personnage (au cas où vous n’étiez pas intéressé par l’acid-house et les jeans baggy de la fin des années 80 avant de cliquer sur cet article). Avant de former les Happy Mondays, stupeur : le petit Shaun se droguait déjà. A 19 ans, alors qu’il bosse à la Poste depuis ses quinze piges, le jeune homme se fait virer. La raison ? Sous LSD, il aurait mordu un chien qui l’attaquait. La réponse de l’accusé : « J’ai juste fait au chien ce que lui m’aurait fait. » Imparable, mais pas suffisant. Retour à la case Pôle emploi pour celui qui a quitté l’école à 13 ans, et qui passait plus de temps à y vendre des cigarettes de contrebande qu’à y faire ses devoirs. De toute manière, passé ses 11 ans, Shaun disait ne plus rien apprendre à l’école. Alors pourquoi se faire chier à y aller ?

Un grand écrivain ?

En y réfléchissant bien, s’il y a bien un mec sur qui faire un biopic, Shaun Ryder is THE man. Sa vie, largement détaillée dans l’autobiographie Twisting My Melon sortie en 2011 (il avait 49 ans mais c’était pour lui cathartique), est ponctuée d’anecdotes toutes aussi croustillantes les unes que les autres. Déjà, le bonhomme vient de Salford, située à quelques kilomètres de Manchester. C’est une ville que l’on surnomme « Dirty Old Town » (l’équivalent de Boulogne-sur-Mer en Français), l’une des premières grandes cités industrielles d’Angleterre. Comme vous pouvez l’imaginer, l’école, ce n’était pas sa tasse de thé (au lait). À part y faire le con, et quand il n’est pas au pub du coin, Shaun en profite surtout pour commencer sa vie de petit branleur en vendant, donc, des fausses clopes aux gamins. À 13 ans, il quitte l’école pour travailler sur les chantiers, puis à la Poste (comme Bukowski). Il n’en fera pas de livre, mais Tony Wilson de la Factory Records finira par le comparer au poète irlandais Yeats. Comme quoi les drogues, ça fait vraiment dire n’importe quoi.

Shaun Ryder, un artiste ?

Malgré l’image de lads plutôt débiles et caricaturale que le groupe porte comme une marque sur le front, les Happy Mondays (qui ont tous la particularité d’avoir travaillé à la Poste) arrivent sans trop savoir comment à devenir un groupe culte. Shaun Ryder est certes cultivé, possède une bonne culture cinématographique et sait écrire une bonne chanson. Mais il a deux casquettes : celle du prolo de base, qui aime beaucoup trop les pubs et la défonce. Et celle de l’« artiste », une image qu’il se refuse d’admettre et avec laquelle il entretient une relation compliquée, ce qui n’aide pas avec ses excès en tout genre. Mais l’un des points crucial que le film se doit d’aborder est celui de leur discographie. Entre 1987 et 1992, le groupe sort cinq albums, tous différents, qui ne ressemblent en rien à ce que l’on peut entendre ailleurs, et qui montrent tous que ces mecs sont loin d’être des manches. Ils s’approprient autant le Krautrock que la Northern Soul ou le hip-hop, et prennent un malin plaisir à mélanger les genres. Ce sont surtout Gary Whelan, Paul Ryder et Mark Day qui mènent la danse sur le plan musical, mais Shaun Ryder est le liant qui fait que cette mayonnaise prend.

Elle prend malgré le fait que Shaun Ryder jouait un rôle : celui du mec rock’n’roll. Mais difficile de cerner ici le bonhomme désormais chauve et ventru, soit tout le contraire de ce qu’il était. Maintenant qu’il est sobre et clean, Ryder affirme qu’il s’inventait un personnage. Mais même quand les Mondays étaient au top, le garçon continuait à dealer. Sa vie, avant la musique, c’est la drogue. Les pilules et les poudres prenaient plus d’importance que le reste, même quand les Mondays se classait tout en haut des charts et passait dans l’émission Top of the Pops. D’ailleurs, le groupe n’y passera qu’une seule fois. La faute à qui à votre avis ? Oui, à Shaun. Comme il le raconte à Vice, les Happy Mondays étaient sur le plateau avec les Stone Roses. Comme l’émission est enregistrée en playback, Shaun voulait prendre la place de Ian Brown et ce dernier devait s’installer derrière les batteries lors de leur passage. Le producteur a eu vent de cette idée brillante, mais elle n’a, bizarrement, pas été retenue. Comme quoi souvent, les meilleurs idées ne sont pas toujours celles qui aboutissent. 

Tout ça pour vous dire qu’en fait, on valide un biopic (même s’ils n’ont pas besoin de votre avis en amont pour débuter le tournage) et qu’il devrait être bien mieux que celui sur Creation Records et My Bloody Valentine. Si le film documente autant la diversité musicale du groupe que les frasques de Shaun, il y a tous les éléments pour un film réussi.

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