Jusqu’ici, je n’avais pourtant rien contre les Boys noize

Jusqu’ici, je n’avais pourtant rien contre les Boys noize, les Bloody Beatroots et tous ces noms qui font trémousser les fesses d’un nombre croissant de clubbers fraichement convertis perdus dans l’étron moutonnesque du mauvais goût institutionnalisé. Mais en ce moment l’électro me sort par tous les orifices… jusqu’à m’en créer de nouveaux. Depuis que ces clowns du dancefloor ont fini par polluer les pages de mes magazines préférés puis écraser d’autres style de musiques au sein même de mes festivals de prédilection, j’enfile sans plus tarder mon armure de templier suranné gardien du rock à papa et/ou papy pour les bouter hors de mes arènes sonores.

Mon douloureux périple fut interrompu par la découverte du dernier Trentemoller, jeune prodige danois et déjà auteur d’un graal (The Last Ressort) qui avait déjà vu s’agenouiller moult pêcheurs.  Si je vénère aujourd’hui le nouveau né,  Into The Great Wide Yonder, c’est simplement parce que notre scandinave préféré, issu du rock ne l’oublions pas, se trouve maintenant à mille lieu de la minimale qu’il semblait tant chérir sur son précédent disque. Trentemoller évacue avec talent et sans complexe son amour pour les balades éthérées  de cœurs brisés dépressifs sans femmes ni enfants (on pense à son amour de toujours, Mazzy Star, mais aussi à Portishead et à Elysians Fields. Quoi, “des groupes de gonzesses?”). Sur Sycamore Feelings, Even though you’re with another girl et Neverglade, on entend Josephine Phillip susurrer de sa voix torride comme Pénélope Cruz et Salma Ayek à poil dans votre jardin des paroles qui n’étaient pas franchement nécessaires. Un peu plus discret mais tout aussi fascinant, Trentemoller applique, toujours en frôlant délicieusement l’odieuse limite de la facilité, les guitares plombées de maitre Morricone, notamment sur l’incroyable envolée épique de Past The Beginning And The End.

Avec ce bagage sexy, presque indigeste,  Trentemoller pourrait passer pour le plus abominable des poseurs. Mais ce type possède une vision. Ou plutôt, n’en a strictement aucune. Son feeling inné pour le petit bruit parasite qui vous émoustille le coquillard le dédouane intégralement de toutes ces fausses accusations que personne n’osera jamais lui porter.
Et parce qu’Into The Great Wide Yonder est une œuvre intelligente, elle ne saurait se suffire à ces quelques références explicites.  L’album lorgne aussi vers deux entités d’exceptions accouchées sans douleur et avec fierté par les années 2000, le groupe français Crëvecoeur et l’incroyable Ghost de Trent Reznor, le tyran sanguinaire et ami des animaux de Nine Inch Nails.
C’est le mariage incongru de Morricone avec de multiples girls next door qui rappelle les effluves mariachis de chambre des français de Crëvecoeur. Bien plus palpable, les connivences avec le démon Reznor s’exposent à travers les débordements froids et minimalistes de ces pistes qui s’entrechoquent comme autant de cyber goth punk employés chez Orange issus d’un futur que seul les plus détraqués  d’entre vous rêvent de voir naitre.
Et plus que le vague partage d’influences musicales, Into The Great Wide Yonder demeure, comme ses cousins très cachés, la B.O. d’un film en progression. Pêle-mêle on voit du Tetsuo pacifique, du Carpenter crépusculaire et du Blade Runner ayant troqué son imper’ néo film noir contre un saillant poncho façon western du 23ème siècle.

Après ces deux stèles commémorant la gloire éternelle du Danois, on se dit qu’il n’a probablement plus rien à dire, que son talent brûlera sans doute comme un drakkar lors d’un enterrement viking…Puis on réécoute l’album mollement et l’oreille retombe avec joie sur la monumentale Silver Surfer Ghost Rider Go qui doit tout autant à Shu Ishikawa (compositeur attitré du japonais psychotique Shinya Tsukamoto) qu’à Dick Dale. On prie déjà pour que le prochain soit une monstruosité de surf rock subsonique gavé au Marvel Comics 60s et chanté par une belle copie de Mike Tennant des Pet Shop Boys.

Trentemoller // Into The Great Wide Yonder // In my room
http://www.myspace.com/trentemoeller

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