Si de son propre aveu le groupe ignore pourquoi il est devenu culte des deux côtés de l’Atlantique, il y a chez Trans Am un certain talent pour la réincarnation. Donné pour mort à la fin des années 90 et bradé pour pas cher à la fin de la décennie suivante, le petit lapin Duracell du rock bizarre continue de battre tambours à un rythme irrégulier à un âge où tant d’autres ont rangé les guitares à l’arrière du break familial. Avant leur passage dimanche au festival BBMIX et après la sortie en aout d’un dixième album plus velu qu’une portugaise en pleine sudation par un après-midi caniculaire, Nathan Means explique les 1001 vies de Trans Am.

« Semi-danceable ». On va retenir cette définition glanée sur Wikipedia pour résumer l’histoire de Trans Am, groupe fondé à Washington D.C. en plein âge d’or de la musique hardcore. A cette époque, Sebastian Thompson – qu’on retrouvera par la suite sous le nom de Publicist pour son projet disco-kraut farfelu et génial – et ses copains sont encore assez jeunes pour coucher avec des groupies de leur âge. Au début des années 90, Trans Am a l’avenir devant lui, et si le premier album met finalement six ans à sortir, il permet au trio une longue série de disques 50% dance 50% hardcore, à la fois inclassables et surtout loin de la faune pileuse qui peuple alors Washington, autant fâchée avec le déodorant qu’avec les T-Shirt à manches courtes.

Trans-Am---Volume-X-Cover---36625 ans plus tard, on prend les mêmes et on recommence. Ou plutôt on compare. Alors que les fers de lance de la scène d’alors (Fugazi, The Nation of Ulysses) ont raccroché les gants depuis belle lurette, Trans Am a su passer entre les filets de la triste postérité de l’indie-rock (des fans adipeux qui réécoutent vos disques sur Spotify avec une larme à l’œil en mangeant un sandwich Starbucks) pour se renouveler disque après disque, au point qu’il est aujourd’hui difficile de dire précisément dans quel registre le groupe officie. S’agit-il de post-rock clubbing ? De metal krautrock ? De Drone morriconesque avec une touche d’électronica couleur kaki scandé au Vocoder ? Sur « Volume X », dernier né d’une discographie plus chelou tu meurs, il y a à boire, à manger et à vomir. Un art du non choix qui permet à Trans Am de tirer dans toutes les directions simultanément façon blitzkrieg sonique. De la musique de psychopathe récidiviste qui écouterait John Carpenter à 130BPM en se tapant la tête contre les murs capitonnés.

Si on ne sait pas trop quel repris de justice pourrait écouter d’une traite ce disque sans queue ni tête, la venue du groupe à Boulogne pour les dix ans du Festival BBMIX est une bonne occasion de comprendre comment ces vieux briscards ont su garder l’âme de la transe pour éviter la crise de la quarantaine. Bon joueur, Nathan Means (basse, chant) répond à des questions qu’on a déjà du lui poser 46 fois.

Certaines rumeurs récentes parlaient d’une séparation du groupe après la sortie de « Thing » en 2010. Bien heureux de constater qu’il s’agissait de conneries, mais après deux décennies d’existence, avez-vous déjà pensé à tuer le groupe pour en finir une fois pour toute?

Tuer le groupe ? Tu veux dire ensevelir les corps de trois personnes ? Les faire flotter genre comme dans une animation à la Matrix ? Tu penses que quelqu’un pourra nous décongeler quand on aura trouvé un remède à notre maladie ? Non bon, sérieusement, je ne suis pas trop préoccupé par la mort de Trans Am. Ce qui m’inquiète davantage, c’est la possibilité d’une version zombie de Trans A, avec des mecs sans aucune idée.

Et justement. Vous fêterez bientôt les 20 ans d’existence du groupe [le premier disque éponyme est sorti en 1996 chez Thrill Jockey] C’est compliqué de construire une discographie étendue sur près de 20 ans ?

Tu te doutes bien qu’on n’a pas construit cette discographie comme on construirait un immeuble. Disons que c’est le genre de choses qui arrivent avec un minimum d’organisation. Trans Am c’est un peu comme une favela [un terme qui désigne les bidonvilles brésiliens, NDR] : une cabane à la fois.

Depuis le début vous avez sorti chacun de vos disques avec Thrill Jockey, ce qui témoigne tout de même d’une certaine fidélité. Quelle est votre relation avec ce label et pourquoi au départ avoir signé là bas ?

C’est vrai que c’est un mariage qui… date. Il n’y a aucun contrat entre nous, chaque sortie se décide comme ça à la dernière minute et rien n’est calé hormis les droits, ce qui signifie que tout est basé sur les rapports personnels qui nous unissent à Thrill Jockey. Le revers de la médaille dans cette histoire, c’est qu’on ne reçoit jamais d’avance qu’on pourrait dilapider en drogues.

Beaucoup de gens détestent Trans Am, mais ils ont TORT.

Suite à la parution cette année de votre dixième album, logiquement nommé « Volume X », Pitchfork a écrit que « vous aviez composé autant de bons que d’horribles disques ». Ca vous en touche une sans secouer l’autre ?

Je crois surtout que personne n’est capable de comprendre la logique de Pitchfork, y compris même les rédacteurs qui y travaillent. Je n’ai pas lu la chronique dont tu parles, mais j’en ai lu plein d’autres [sur d’autres groupes] et la chose qui ressort à chaque fois, c’est que ces types semblent s’enthousiasmer pourr la majorité des choses qu’ils écoutent, ce qui ne les empêchent pas de saquer ces mêmes disques avec des notes pourries types 6.7. Moi j’aimerais bien lire des compilations de chroniques Pitchfork qui soient à la hauteur de leurs écrits. Trans Am a publié dix albums. Montrez moi au moins trois chroniques positives et trois autres sur des disques supposés inécoutables ! Je vais te dire : ces mecs en seraient incapables. Et d’ailleurs puisqu’on en parle, en tant que musicien si tu ne récoltes que des chroniques élogieuses, c’est soit parce que tu surfes constamment sur la vague des tendances, soit parce que les médias n’attendent pas grand chose de toi.

Okay. Mais c’est quoi ton disque préféré de Trans Am ? Et le plus horrible ? [Ah ah ah]

Forcément j’aime tout nos disques, même si je dois avouer que je serais effrayé à l’idée de devoir réécouter « The Surveillance » (1998). A mon avis « Red Line » (2000) est le meilleur de la discographie. Et pour finir sur « Volume X », disons que c’est une sorte de mini « Red Line ». Ah puis je voudrais revenir sur cette histoire avec Pitchfork : beaucoup de gens détestent Trans Am, mais ils ont TORT.

Le truc c’est que vous avez survécu à la fin du vingtième siècle, ce qui mine de rien n’est pas donné à tout le monde quand on pense à l’implosion de la majorité des dinosaures du rock des années 90. C’est quoi la raison de la longévité de Trans Am ?

C’est vrai qu’on a traversé tout cela sans trop d’encombres, ce qui est effectivement plutôt rare. A l’époque Trans Am était une machine constante mais dorénavant c’est une machine qu’on allume et éteint fonction des opportunités ; ça ne guide plus nos vies comme avant. On a tous des tas de projets différents, il arrive même qu’on ne se parle pas pendant plusieurs mois…

C’est l’instant promotionnel. Parlons de « Volume X » avec une comparaison. Il y a des passages sur ce disque où l’on a l’impression d’entendre un tank panzer disco avec du Pink Floyd à l’intérieur, à d’autres moments ça vire drone, metal, psyché, etc. Comment ça se passe dans vos têtes pour faire le ménage question influences ?

C’est pas si compliqué dès lors qu’on prend le temps nécessaire pour discuter entre nous. Ça relève plus de l’endurance que du casse-tête chinois, et le plus dur reste encore de ne pas savoir s’arrêter [de jouer] dès lors qu’on morceau commence à « bien sonner ».

Okay mais depuis les débuts vous avez sauté dans toutes les cases de classifications de genre, du post-rock au krautrock en passant même par – on ne sait même pas si ça existe – le metal-kosmische rock. Ils font pas la gueule les fans historiques, face à tant de virages successifs ?

C’est toujours cool de pouvoir aliéner un peu les fans. Avant Trans Am était un groupe plus réactionnaire, mais le fait est qu’on déteste les étiquettes, plus le fait d’avoir à rentrer dans une boite. Et puis on aime autant Chrome, This Heat, Van Halen et Manowar. Franchement, au nom de quoi devrions-nous choisir ?

Trans Am // Volume X // Thrill Jockey
http://www.transband.com/

En concert au festival BBMIX le 23 novembre à Boulogne (avec aussi The Intelligence et Turzi)

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