De passage à Paris pour la sortie de leur nouvel album, The Warlocks patientent dans la chambre d'hotel avec leur

De passage à Paris pour la sortie de leur nouvel album, The Warlocks patientent dans la chambre d’hotel avec leur concert du soir, forcément gazeux, à la Maroquinerie. Captain Mucha Dick les as (presque) tous rencontré.

Une serviette blanche autour des reins, Bobby sortit de la salle de bain pour répondre au téléphone.

– Bobby ? T’as bien dormi ?

–       …

–       Voudrais-tu nous rejoindre devant la salle de concert pour la séance de photos de groupe ?

–       …

–       Les interviews sont terminées, on pourrait tous ensemble aller manger ces kebabs que tu aimes tant, juste après. Ça te ferait plaisir ?

Bobby raccrocha, avala son verre de Smecta avec une dose de méthadone et retourna devant le miroir. Ses yeux se fixèrent sur les lettres vertes imprimées sur le bord de sa serviette. Hôtel Palma. Bobby se rappelait d’au moins cinq ou six autres Palma Hôtels depuis le début de cette tournée. A chaque fois, la même chose, pas de chasse d’eau mais un sanibroyeur, c’est pour ça qu’il s’en rappelait. Un putain de sanibroyeur pour ces kebabs qu’il aime tant.

– Salut. T’es le dernier de la journée… Je suis Bob (Mustachio, batteur)… Salut, Ryan (McBride, guitariste)… JC (Rees, guitariste)… Mimi Star (bassiste).

Salut. Enchanté. L’album Heavy Deavy Skull Lover était affreusement intense et sombre, ne vous a-t-il pas laissés épuisés ?

Oui, je crois. C’était un album expérimental, fait avec seulement quatre pistes. C’était un album bizarre à une période bizarre. L’été où nous l’avons enregistré à L.A., Griffith Park brûlait dans un incendie. Tout partait en cendres. C’est fatiguant en général, mais regarder une ville brûler c’est un peu étrange. Hollywood en feu…

Le dernier album The Mirror Explodes est beaucoup plus doux et froid…

Ce sont deux albums très différents. En fait, ce sont même deux groupes très différents, il y a eu beaucoup de changements (exit Jennifer P. Fraser, Jason Anchondo…) Ryan est arrivé juste à près Heavy Deavy… Au moins 25% de The Mirror Explodes vient de vieilles chansons, certaines sont même antérieures à Phoenix, que pour une raison ou une autre, nous n’avions pas enregistré. Nous avions déjà essayé car nous savions que c’étaient de bonnes chansons, mais l’enregistrement n’était pas puissant et c’était peut-être dû aux différentes personnalités du groupe à l’époque. On était resté sur quelque chose d’incomplet. Quand nous avons fait le dernier album, nous avons repris ces vieilles chansons, et elles sonnent finalement bien. Nous les avons mélangées avec de nouvelles chansons qui venaient juste d’être écrites. Et peut-être que c’est à cause de ça qu’il y a un refroidissement, parce qu’elles nous pas été composées au même moment. Il y a une vraie coupure entre ces deux moments de nos existences.

Rod Cervera (Supersport 2000, The Rentals…)  est le producteur de vos deux derniers disques. Comment est-ce que vous travaillez avec lui ?

C’est la personne rêvée avec qui travailler. Il est vraiment sympa, totalement compréhensif. C’est un grand musicien, très talentueux. Il est très patient avec nous. Nous sommes des amis depuis longtemps, alors il peut nous parler directement sans être offensant. Il comprend le groupe, nos personnalités et les sons que nous cherchons. Il sait à l’avance ce que nous attendons et ce qu’il a à faire avant qu’on ne lui demande.

Bobby compose tous les morceaux, comment vous investissez vous dans la mise en place des chansons… ?

Bobby arrive avec une ébauche, une mélodie, quelques paroles, et c’est notre bouleau de mettre de la couleur sur cette esquisse, de l’étoffer. Parfois les choses marchent bien dans sa tête mais pas avec le groupe et alors, il doit changer quelques petits trucs. Nous avons beaucoup de liberté en fait. Et je pense que nous savons tous si ça sonne mal. Si ça ne marche pas, c’est évident. De la même manière, quand ça décolle tout le monde le sait.

C’est plutôt sur scène que vous prenez votre pied?

On est probablement meilleur en live. Ça se passe dans l’instant. Les poils de ma nuque ne se hérissent pas en studio. En fait ça dépend du soir, de l’ambiance… Le live est un vrai travail sur l’énergie, on te renvoie ce que tu donnes, et tu renvoies ce qu’on te donne. Tu peux vraiment créer une intense expérience de mouvement. En plus sur scène, si tu te plantes, tu dois te démerder, tu peux pas t’arrêter pour recommencer. Tu te démerdes. Mais de toute façon le live et le studio n’ont rien à voir. Par exemple, Sonic Youth, je les ai vus, sur une longue période, au moins quinze fois. Après plusieurs de leurs concerts, je suis rentré chez moi trop dégoûté et déçu d’avoir perdu quinze dollars et trois heures de ma vie. Mais putain, les disques sont trop bons. Ils sont cinquante fois meilleurs que n’importe quel autre disque que j’ai pu écouter.

Dans la chanson du dernier album, There is a formula to your despair, le refrain dit « Everyone feels this way ». Est-ce que vous pensez que vos disques sont les reflets de notre époque moderne et de nos vies ?

Oui. C’est définitivement une source d’inspiration. Nous sommes tous pareils au fond, chacun est une machine de guerre faite des mêmes pièces. Tout le monde voit et entend le même genre de trucs, mais n’est pas affecté de la même manière. C’est difficile à comprendre si tu n’as pas de toit, si tu es désespéré et en colère, que quelqu’un qui est riche, qui a une belle maison et mange trois fois par jour peut être malheureux et dépressif. Mais c’est un fait. Tout le monde est dépressif et malheureux à propos d’un truc et à un moment. Tout le monde connaît l’égarement et la tragédie. Tout le monde connaît ce genre de choses. Tout le monde a une ruelle sombre quelque part. Plein de gens se plaisent à critiquer Britney Spears en disant qu’elle rejette tout ça. Mais Britney Spears, elle, elle comprend. Elle souffre à mort.

Pouvez-vous décrire les liens musicaux que vous avez avec les Black Angels et le Brian Jonestown Massacre ?

… Ce sont vraiment deux sujets différents…On a rien à voir avec le BJM…honnêtement… (sic). MAIS les Black Angels… Ils étaient fans de nous avant de monter leur groupe et puis on a tourné avec eux, on se connaît super bien. Ils sont super. Comment c’est relié aux Warlocks ? On leur a botté le cul tous les soirs. Ils ont énormément appris de nous (LOL). On est allé chez eux à Austin plusieurs fois. Ils sont comme une famille, ils vivent tous ensemble dans une maison, ils jouent ensemble, ils travaillent ensemble… C’est un trip très incestueux. Je ne pourrais pas vivre avec ces mecs. Ils sont tous un background religieux, leurs pères étaient pasteurs dans des églises aux Texas… Et ça, ça fout les boules. Leur musique est vraiment effrayante, plus que la notre je crois. C’est comme regarder un film d’horreur, mais pas un truc de SF pourri, non un truc d’horreur pure. C’est de l’horreur à la Texane, comme le Texas Chainsaw Massacre. Pendant leurs concerts, tu sais que quelque chose de vraiment dangereux se passe ou pourrait bien arriver d’une seconde à l’autre. Ce sont des gens supers et hallucinants, on a beaucoup de respect pour eux.

Merci beaucoup. Est-ce qu’on peut faire quelques photos maintenant ?

Oui bien sûr. Il faudrait appeler Bobby.

www.myspace.com/thewarlocks

Photos: Cyprien Lapalus


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