Une enfance réussie, à quoi ça tient ? A pas grand chose, j'imagine. Un père qui vous enseigne à tenir une canne à pèche, un frangin complice qui plaide coupable pour le vase (

Une enfance réussie, à quoi ça tient ? A pas grand chose, j’imagine. Un père qui vous enseigne à tenir une canne à pèche, un frangin complice qui plaide coupable pour le vase (ou la bagnole) pété à votre place avant de vous faire chanter aussitôt… Le genre de conneries dont vous rêviez, des Prince à la main, en regardant Ricky la belle vie. La maison est emplie de standards pop et de variété française de l’époque, le repas est servi à heures fixes à la table familiale et si tout se passe bien, vous finirez comme Richie Cunnigham…

Avec le recul, vous réalisez que vous n’avez même jamais envisagé de devenir comme Fonzie Avant d’écouter ce disque. Un disque noir, mais rutilant. Comme la brillantine. Avec des bandes rouge et bleu, ce que des années durant vous auriez pris pour des cocardes mais qui aujourd’hui claque au vent comme les flammes fédératrices des mods. Encore un faux-ami, ce terme vous l’assimiliez à une sorte de Vespa. Toute la panoplie imbécile d’un univers où vous n’étiez pas. Pas plus qu’auprès de ces types férus d’Histoire qui collectionnent des figurines ou montent des guerres dans leur jardin. Ou des wagneriens convaincus qui achètent prix d’or des pièces d’empire. Pas plus.

Un jour, en claquant la portière sur le parking, vous regardez votre bagnole avec un nouvel œil. Impossible que toute cette mécanique se réduise à aller au travail et ramener les courses. Il doit bien y avoir moyen d’ajouter du sentiment, du panache. Un truc un peu vivant. Un peu marrant aussi. Du mordant.  C’est à ce moment là, précisément, et sans que vous le sachiez encore, que nait le désir d’acheter une Jaguar.  Ou porter une veste étonnante et un peu vieillotte, se peigner, dégotter des chaussures avec des talons. En rentrant ce soir-là, vous expliquerez à votre épouse que ça ferait bien une platine vinyle. Tout le repas vous la bassinez avec des vieux films des années 50-60, où des gars en poursuivaient d’autres à moto, armés de clefs à molette. Vous reviendrez sur l’humour anglais absurde et chic et la vie délurée de gros réalisateurs américains comme Russ Meyer. Cela ira jusqu’à vous donner envie de ranger le grenier de vos beaux-parents rien que pour regarder leurs vieux disques. Du jerk, du twist, et si le ciel est clément, du rock’n’roll.

Toute votre enfance, vous vous êtes dit que c’était un truc ringard.

A seize ans, ce terme était accolé à Elvis et son sourire de pub émail-diamant. A vingt-cinq, il évoquait les jeunes cons de Ne nous fâchons pas. Sans parler de Johnny, Eddy-menthe-à-l’eau-Mitchell, le voyou-richeton Dutronc et le mot yéyé. Ce substitut que vos parents utilisaient pour parler de rock sans jamais le prononcer : yéyé. Mais là, vous sentez la chamade monter, le déclic d’une machinerie enclenchée par ce disque noir, rouge et bleu entendu plus tôt : The Rebels of Tijuana.

Dans ce grenier, la poussière des pochettes collant aux doigts, viendra l’étincelle. Poisseuse révélation, vous auriez manié la glaise que cela aurait été pareil. Ain’t you a miracle worker? Comme la fille dont on tirait les cheveux dans la cour est devenue une femme plantureuse pour laquelle vous vous damneriez pour pouvoir poser une seule fois vos lèvres à son cou.
Oui vous avez honte, vous crevez de ne pas avoir choisi un autre chemin. De ne pas avoir brandi plus tôt l’héritage auquel vous auriez pu prétendre. Vous auriez voulu vous esquinter les genoux sur le bitume et avoir des bleus aux pommettes. Faire danser des filles en robes sans qu’elles piétinent votre paire en suède. Porter un blouson de cuir et rayer la vitre d’un flipper avec vos manches. Bon sang de dieu : vous auriez voulu être un rebelle !

Mais Maman veille dans sa cuisine, et vous serez toujours un bon fils.

Restent deux seules alternatives : vous faire un chickie run à bord d’une porsche Spyder. Ou prendre tout ça comme une blague et refusez ad vitam eternam de s’habiller triste. C’est là que les Rebels Of Tijuana vous sauve votre vie. Tout y est, la gouaille d’une jeunesse effrontée, l’insolence des twenty something triomphants, la violence mesurée de ceux qui ont tracé leur destin et savent dans quel virage se finira la course. Si vous ne vous surprenez pas à sourire, que vous ne vous retrouvez en train de taper le rythme du talon, c’est que vous couvez une polyarthrite. En live, le timewarp est encore plus flagrant. Parangon de fierté, les Rebels brûlent leur panache sans attendre de savoir qui est avec eux et qui est contre. Get on the bandwagon or die trying. Enfin “die“… on est plus proche du gros whiplash dans l’eau bleue du Château Marmont. En ressortant de l’eau, vivifié et le sourire aux oreilles, vous tiquez. Dur de croire qu’une telle musique soit devenue un jour la bande son des feuilletons de votre enfance sans plus qu’on craigne de vous changer en bête furieuse. Pierre Mérot avait raison, ce sont les femmes même qui vous donnent la vie qui vous mènent à votre tombeau. Plus sûrement que n’importe quel bolide.

Avant cela, rappelez vous que vous êtes un homme, et que cela ne dure que le temps d’une vie. Adoptez la classe et le sourire éclatant. Enfoncez la pédale dans son plancher et levez le son en espérant qu’une voiture de fédéraux vous prendra en chasse jusqu’à la sortie de l’état, la fin de l’interstate, le début de la vallée de la mort. Et au bout, pourquoi pas le Rio Grande.

Twist again !

The Rebels Of Tijuana / J’adore ce flic EP / Autoproduit
http://www.myspace.com/therebelsoftijuana

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