« Expérience : nom dont les hommes baptisent les erreurs. » (Oscar Wilde) ou « Celui qui a rendu un service doit se taire. C’est à celui qui l’a reçu de parler. » (Sénèque). Ou encore « La langue bute toujours sur la dent qui fait mal. » (proverbe chinois). Les fêtes de fin d’année arrivent toujours avec leur lot de papillotes aux citations misérables qui sentent « la ganache façon palet noir dégustation ». J’ai la gerbe. Le père Noël débarque de plus en plus tôt, et le syndrome de Stockholm est de plus en plus répandu. Bientôt, on cherchera les œufs de Pâques sur les tombes à la Toussaint. Quand j’ai écouté l’album des Rebels of Tijuana, j’ai recraché ma 8ème papillote.

La passion est un leurre, l’amour est une illusion, c’est le silence qui fait foi. Celui qui dit qu’il est passionné de musique en fait trop, celui qui dit qu’il aime la musique est franc, celui qui ne dit rien en fait. The Rebels of Tijuana ne disent rien. Ils auraient pu s’appeler The Geneva Heroes, The Warriors of Lausanne, ou The Zurich Stones. Mais non. Ils s’appellent The Rebels of Tijuana, vivent en Helvétie et tournent en ce moment-même dans toute l’Europe. Il y a quelques temps, ils ont sorti un EP (J’adore ce flic), OVNI musical remarqué par une faune érudite qui conchie le mainstream. Aujourd’hui, c’est leur album Where did this trip go wrong ? qui sert de bande originale à la traversée idéale du pays du Gruyère. Neuf chansons léchées, vintage et rauques tout droit sorties d’un vieux Revox. Un album douloureux qui a vu le départ d’un membre du groupe et une intoxication alimentaire à l’andouillette. Mais les Rebels of Tijuana font de la musique. De la vraie. Celle qui fleure bon la crasse et qui pue la classe. Les gens prévisibles diront que leurs références doivent se situer dans les fondations religieuses Beatles/Stones/Neil Young, et les moins cons comprendront qu’ils viennent de nulle part et qu’ils roulent à 200 vers le néant. Un peu comme dans Vanishing point.

Après le succès pas si confidentiel de leur EP, les Rebels mexicains ont chargé leur Dodge Challenger pour tailler la route vers Lyon. De cette incarcération sont nés des titres prometteurs, comme Sweet Black Angie, Hacienda ou encore le décontracté Fire till the break of Dawn. Leur inspiration, ils la puisent beaucoup dans le passé. Des Beach Boys aux Cure, en passant par Neu! et Eddy Mitchell période late sixties, les lascars Tijuanesques affectionnent une certaine esthétique révolue du rock. Alex, le chanteur, confie volontiers qu’en ce moment il écoute religieusement The Fantastic Expedition of Dillard and Clarck, de l’excellente country pop californienne avec le chanteur des Byrds et un virtuose du banjo. Pas besoin de passer la frontière du Mexique pour brouiller les pistes. Leurs icônes se situent volontiers entre Bertrand Burgalat et Alain Delon dans Le Cercle rouge, et ils aiment par-dessus tout les films de bagnoles et les anti-héros. Cela tombe plutôt bien, ils pratiquent la déglingue avec élégance. Précision de taille, cet album a été écrit et chanté en anglais, ce qui n’est qu’une temporaire infidélité à la langue de Nino Ferrer selon le groupe.

Face à l’éternelle litanie de la bonne année, The Rebels of Tijuana taillent un costard au désespoir, à défaut d’embrasser un avenir morveux et prévisible. Leur album donne envie de tenir jusqu’à 2012, pour aller voir là-bas s’ils y seront.

The Rebels of Tijuana // Where did this trip go wrong
http://www.myspace.com/therebelsoftijuana
http://handsandarms.com/1488-rebels-of-tijuana-where-did-this-trip-go-wrong.html


2 commentaires

Répondre à Maggie Plancton Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*
*

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.