L’Écosse, quoi l’Écosse ? Les bourrasques rock de The Phantom Band n’ont pas plus d’identité nationale que d’étiquette valable. Quoi que, à y écouter de plus près du vibrato… La poésie d’une défaite qu’on célèbre à l’orge qui mousse, la violence d’un clash dominical entre frères ennemis. The Wants, un nouvel album pour dominer le monde, un nouveau revers expansionniste. Chacun sa mi-temps.

Bien sûr, il pleut de la bière tiède dans des bourrasques d’injures religieuses. Evidemment, la testostérone à fleur de peau se complait dans la boue à chaque tacle sur les rotules. Comme convenu, un seul homme ne peut décemment pas contenir tant de tensions dans les protège-tibias,  l’arbitre craque. Les rockers de The Phantom Band l’avaient parié avec Checkmate Savage, leur premier album : ton équipe favorite ne pouvait que se vautrer avec panache.
Mais qu’importe, le foot écossais n’a que faire du résultat. Les heures passées à écouter Checkmate Savage me laissent penser qu’il en va de même en rock’n’roll. Jamais The Phantom Band n’aura autant de poufiasses pour repasser leurs chemises à carreaux que les tantouzes placides de Franz Ferdinand ou Glasvegas. Un premier album comme un parti-pris pour la lose, réécouter Folk Song Oblivion réveille le hooligan raté coincé entre mon manque de virilité et mon dégoût pour les masses : tout y est, de la ballade virtuelle dans des champs d’octets pour nerdz ambitieux, au défilé des écharpes bicolores pour urban fighters de la fin de semaine. Ca tambourine et ça roucoule, sous le soleil dans la tempête, va pour la gloire tant qu’on partage le butin.

Degré zéro de la promo, à un cheveu gras du décès par étouffement pour le fan apeuré : pas la moindre seconde qui filtre du myspace. The Wants est prévu pour Octobre 2010, prends ton ticket au Pôle Emploi de l’émotion et regarde ta moustache pousser pour passer le temps. Lorsque l’album m’est parvenu, le Old Firm était déjà perdu depuis trois jours, mon trois-lames prêt à meurtrir ma peau d’enfant.

A la question de savoir si The Phantom Band avait écrit l’album qui allait les faire sortir du cercle vicieux des tournées hôtel Accor, A Glamour, la première piste, vous rit à la tronche : le rock dans le boudoir. Le reste de l’album confirme : si on sent la graisse, c’est parce qu’on croise les jets sur les jantes de ta grosse cylindrée. The Wants la joue miroir déformant des frustrations de losers, parle à l’intime du gladiateur. Rassembler ses pensées avant le pugilat, difficile de trouver plus stimulant que Everybody knows it’s true pour faire chauffer les gants rouges. Plus rien à voir avec les stades sous la pluie, le disque se répercute dans l’écho des corridors humides des salles de sport miteuses. Un combat est une épreuve mentale, l’adversaire n’existe pas.

Chemin de croix pour l’intellect, voilà un album qui ne laissera pas vos soirées tranquilles. Et le pire, c’est qu’il ne se partage pas. L’écouter autrement qu’au casque, c’est tricher. Un : déterminer quel est le meilleur titre (disons huit écoutes, prendre rendez-vous tous les trois jours pour faire un point). Deux : penser très fort à la mort des dinosaures, à la probabilité de contracter une maladie vénérienne, à la publicité sur Spotify (possibilité de s’aider d’autres albums au choix, contre-indications : pause-déjeuner des employés de la Poste, vacances au Touquet, retour d’un concert du samedi en province). Trois : conquérir le monde en passant par l’entrée de service (payer son dû à la bande de Duncan De Cornell et Andrew T. Oxford).

Divagations lamentables d’un auteur pas avare en dérapages incontrôlés ? Certes. Reste que vous auriez fini par réinventer Windows ou botter le cul de Cassius Clay si vous l’aviez écouté à temps. Dans six mois, The Wants aura été ignoré par la quasi-intégralité de la population mondiale, comme son prédécesseur. The Phantom Band jouera toujours dans des repaires d’artistes clodos où l’on perdrait sa jeunesse si l’on décidait d’en faire briller le carrelage. Il pleuvra toujours sur Paris comme sur Glasgow, et je sortirai peut-être le nez de cet album au moment du coup d’envoi d’un autre Old Firm.

The Phantom Band // The Wants // Chemikal Underground
http://www.myspace.com/thephantombandpage

5 commentaires

  1. Excellent article, vraiment.
    Et ce groupe – comme beaucoup d’autres écossais – a quelque chose en moins donc en plus par rapport à la concurrence.
    En gros, comme mieux dit par VV, il s’en branle : époque, mode, style, etc.
    Leurs deux albums offrent plus de mystères retors que la discographie complète de … (au choix de chacun).
    Merci Vic Vega pour avoir été doux avec cette cause heureusement perdue d’avance.

  2. Autant j’avais été emballée par Checkmate Savage et l’excellente prestation offerte aux Trans, autant j’avoue que cet album-ci m’a déçue, je le trouve un brin fade par rapport au précédent et un cran en dessous, mais ton article m’a donné envie d’y goûter à nouveau, histoire de voir si je ne serais pas passée à côté d’un truc.

  3. Disso,
    Ton comment est un parfait trampoline, je m’en vais y exécuter une figure de derrière les fagots (je rebondis, quoi) : je me suis d’abord fait la même réflexion que toi, à propos de cette deuxième galette. Mais j’avais été tellement secoué par le premier, que je me suis dit que je leur devais bien plusieurs écoutes : le temps a fait son affaire et voilà ce que j’en dis, à présent : The Wants est beaucoup plus compact, plus linéaire que Checkmate Savage, moins fou fou… Et pour cause, ce disque est plus GRAVE que celui d’avant. N’empêche, je continue de penser qu’on tient là un groupe IMPORTANT, de ceux qu’on pourra réécouter dans 10-15 ans (si nous sommes encore de ce monde), de ceux dont on est heureux d’avoir croisé la route. Tout ça pour dire quoi ? Réécoute le, encore et encore (merci Françis) : ce disque fout des frissons. Mais on y rigole moins qu’avant. La vie, quoi.

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