Les deux frères D’Addario, têtes pensantes du groupe le plus rétro de ces dernières années, ont basé un album entier sur l’histoire d’un chimpanzé qui décide d’aller à l’école. Tout est dit, non ?

En fait, presque. Michael était allongé sur le canapé à moitié endormi, alors Brian, l’ainé, s’avance vers moi et me dit qu’il sera seul pour l’interview.

On va commencer par une question stupide : t’aimais bien l’école ?

Non pas vraiment, sans pour autant avoir eu une mauvaise expérience. J’allais à l’école, je me disais que je perdais mon temps et je rentrais à la maison faire de la musique.

Le nom “Go To School” fait référence au fait que ton frère devait finir l’école rapidement afin que vous puissiez aller en tournée, c’est ça ?

C’est ça, il y allait la journée et le soir aussi, car il voulait finir le lycée un an en avance. On va dire que cet environnement est la base du concept de l’album. Il y a eu cette première chanson, Queen of My School, l’histoire d’un garçon impopulaire qui finit avec la plus belle fille du lycée, et j’avais d’autres chansons qui semblaient coller avec ce thème donc on a dans poursuivi dans cette direction.

Ça tombe bien, je voulais te parler de Queen of My School. Le côté Big Star est clairement assumé…

Je t’explique : Jody Stephens, ancien membre de Big Star, a collaboré avec nous sur l’album. Jody travaille encore pour les studios Ardent à Memphis. On devait faire un concert pas loin et l’un de nos tours manager nous a emmené le voir. Il faut savoir que Michael était dans une phase obsessionnelle très intense avec Alex Chilton (le chanteur de Big Star). Bref, on lui a proposé de jouer sur le disque et il a accepté donc on l’a fait venir à la maison et il est resté avec nous quelques jours. Ensemble, on a fait The Student Becomes The Teacher en mode Big star avec Jody à la batterie.

Mais il a entendu Queen of My School ?

Non, mais on lui a envoyé l’album, je pense qu’il va rire. Quand Michael a écrit cette chanson début 2016, il était un peu déconnecté quand il fallait la chanter. Dans son délire obsessionnel, il s’est dit qu’il fallait l’aborder comme Alex Chilton l’aurait fait. On s’en fout quand les gens nous disent que ça ressemble à Big Star et on ne le cache pas non plus.

Plus généralement, vous en avez pas marre qu’on vous pose toujours la même question sur le fait que vous faites une musique de vieux ?

On a tendance à oublier que la musique rock n’est pas celle de notre époque. Et les groupes rock actuels ne veulent pas l’admettre, tout en jouant la même musique grungy que Nirvana. On n’a pas grandi avec la radio comme la plupart des autres enfants. Du coup, ça ne nous ressemblerait pas de faire du rock indé style année 90. D’ailleurs, à partir d’aujourd’hui, je ne dirai plus rock moderne, mais rock des années 90. Pour répondre à ta question, on s’en fout parce qu’avec ce disque, on ne nous parle plus de nos mélodies ou de notre son, mais des paroles et de l’histoire.

L’histoire, venons-y. C’est celle de Shane, un chimpanzé adopté par une famille humaine, qui décide d’aller à l’école et doit faire face à pleins d’obstacles. Lesquels ?

Ce personnage est un chimpanzé et il a tendance à suivre son instinct. Il est adopté par des humains qui n’arrivent pas à avoir d’enfants. Bref, il a une enfance isolée, il regarde beaucoup la télévision et voit beaucoup d’images d’amour idéalisées. Forcément, il a envie de partager cet amour qu’il a en lui avec d’autres personnes alors il veut aller à l’école. Il va faire face au cynisme, à la détestation et au rejet. L’album raconte son histoire. Par exemple, sur The Bully, on apprend que son père le déteste parce que la mère est décédée après l’accouchement. Ensuite, il va rencontrer une fille dont il tombe amoureux mais elle ne l’aime pas parce qu’il n’est pas populaire. À la fin, il va brûler l’école et 100 élèves meurent. Est-ce qu’il le fait délibérément ou pas ? On laisse les gens faire leur propre interprétation. Alors il se met à courir et ne peut plus revenir en arrière et se retrouve tout seul.

Écrire un album concept avec une histoire forte, c’est une manière de prouver tes talents de songwriter ?

Sur le premier disque, il y a trop de paroles vagues qui n’ont pas réellement de sens. J’ai aimé faire ce disque, car c’est un super exercice d’écriture. Maintenant, quand on fait une chanson, on sait de quoi elle va parler et c’est plus facile de créer dans ces conditions. J’adore quand je vois Leonard Cohen réussir à expliquer en détails le sens de ses chansons. J’essaie de m’en inspirer pour écrire. Je déteste reprendre les paroles du premier album et me dire : « mais de quoi ça parle ? ».

“On commence à réaliser qu’on n’a pas besoin de faire comme tout le monde.”

Avec ton frère, ça se passe bien ? On connaît les destins de certains groupes comme Oasis, Simon and Garfunkel, The Jesus And Mary Chain…

Pour l’instant, j’ai 21 et ma vie n’est pas trop compliquée. J’ai un cadre de vie simple, j’habite avec mes parents, je ne suis pas très connu et je ne suis pas plein aux as. Je pense que les choses deviennent plus difficiles à gérer quand ton groupe cartonne et que tu es soumis à beaucoup de pression. Là, ça peut mal se passer. Pour que ça continue à bien se passer entre nous, il est préférable que notre succès se fasse petit à petit, même si tu n’as pas le contrôle là-dessus. On est très vigilants l’un envers l’autre, bien plus maintenant qu’avant d’ailleurs donc je ne vois pas pourquoi ça devrait mal se dérouler.

Tu te vois dans 20 ans dans un groupe avec ton frère ?

C’est mon meilleur ami et j’espère qu’on va continuer de grandir ensemble. L’idée, c’est d’essayer de faire des efforts pour que tout se passe bien. Même si on prend des routes différentes plus tard, on sera toujours là l’un pour l’autre.

Tu penses à faire une carrière solo ?

On y pense tous les deux, car on écrit tous les deux et certaines chansons ne rentrent pas le cadre des Lemon Twigs. En fait, je pense que ça arrivera si le fait de mettre nos textes en commun rend l’album plus mauvais. On a 28 nouvelles compositions qu’on va bientôt enregistrer et on va essayer, très objectivement, de voir ce qu’on peut en faire ensemble. The Lemon Twigs, c’est plus le mariage de deux songwriters qu’un vrai groupe.

En fait, tu veux mener la vie dont tu as envie.

On commence à réaliser qu’on n’a pas besoin de faire comme tout le monde. On n’est pas le plus gros groupe sur terre, et souvent, ceux qui décident de moins tourner sont plus connus et gagnent mieux leur vie. Mais il y a pleins de choses que l’on peut faire comme jouer dans des films, faire des arrangements, produire des disques, qui peuvent nous permettre de gagner notre vie, sans forcément tourner sans arrêt. Mes ambitions pour l’instant sont assez simples : ne plus vivre chez mes parents et avoir assez de place pour y mettre tous mes équipements et mes instruments. Pour le moment, tout est dans le sous sol de la maison familiale. Mais la même chose à Los Angeles serait l’idéal. En plus, il y aurait plus de personnes avec qui je pourrais travailler là-bas.

“Go To school” est sortie le 24 août sur 4AD. 

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