Lorsque Yarol Poupaud entreprit, voilà quelques années, de transformer le Paris intra-muros en décalcomanie blues de la Nouvelle-Orléans, les sceptiques s’étaient marrés à s’en tordre le bottleneck. Faut bien avouer que j’en étais, convaincu que Bonus Tracks – son label – aurait plus à voir avec les bénitiers-parcmètres de Lourdes qu’avec les marécages si chers à Gram Parsons et consorts. Et puis quelques surprises, Bad Mama Dog en tête, avaient réussi à tordre le cou aux préjugés : invoquer l’esprit de Dr John avec sa carte Orange zone 1-2, c’était bien possible.

En l’espace de quelques sorties confidentielles, il était finalement devenu le parrain d’une clique boutonneuse fascinée par l’open tuning et Exile on main street. Pour arriver à comprendre comment une vieille gloire du funk FM – Yarol a fait parti de feu FFF, on est quand même loin du statut de Bill Wyman au sein des Stones, hum – avait pu convertir une tripotée de kids parisiens au blues cajun, il aurait fallu déployer des forces qui manquent ici. Et pas besoin de faire le décompte des relevés SACEM pour comprendre que la France ne serait jamais prête à s’enfiler le rock des Mantis, des Brainbox ou de Mister Soap en intraveineuse. Certains miracles, ma bonne dame, ne s’expliquent pas ; pas plus que le virage de Yarol et sa bénédiction au paradis des accords rugueux.
Fraichement sortis de l’usine à cookie, The Hub est donc la dernière sortie du label Bonus Tracks. Une pochette indéniablement ratée – du moins pas vraiment marquante – et un nom à faire davantage vibrer les ingénieurs informatiques que les fans de Keith Richards, le pari était ma foi osé. Mais la biographie, elle, relevait le menton pour assumer ses influences :

« Enfant naturel des John Lee Hooker, Son House, Charley Patton, ou encore Mississippi Fred Mcdowell, Hubert#06 prend le meilleur de toutes ces influences, et propose une musique qui en appelle autant à l’héritage des vieux bluesmen qu’à celui des Clash, Cramps, ou même des Stones dont il s’est nourri au biberon avant de remonter aux sources. »

Nous y voilà. La célèbre remontée aux sources, où comment le divin enfant – Hubert, ici présent – préfèrera remonter la rivière à contre-courant comme un saumon ayant dédié sa vie aux vieux bluesmen. Au pays de Cali – lui rêve de truites arc-en-ciel, voyez le fossé qui les sépare – l’exercice n’en est que plus louable. Digne même, des pionniers. La musique, puisqu’il faut bien en parler tôt ou tard, s’avère conforme en tous points à l’idée qu’on se fera d’un Français en exil sur les artères principales, soit du blues qui mathématiquement révolutionne, tourne en rond, joue sa ritournelle sur trois accords en variant les effets avec l’harmonica, un coup sur la caisse claire, une dédicace stonienne par-ci et des clins d’œil à Chuck Norris par-là. Accompagné par Yarol (basse, batterie, claviers et expresso) tout au long des quatorze pistes, Hubert retient la nuit autant qu’il peut, écopant l’eau du radeau par la force des biceps et une voix qui, disons-le, reste bien au-dessus du niveau de la mer.

Bande-son idéalisée du continent lointain, A sleepless night n’est finalement rien qu’un premier disque. On y retrouve tous les défauts du premier ouvrage, l’envie d’en coller plus que nécessaire pour épater la galerie, ce désir goguenard qu’un Français peut, du reste, faire aussi bien que les rescapés de l’ouragan Katrina, que la couleur de peau, oh non, ne fait pas tout quand on se frotte aux trois accords sacrés. Certaines chansons comme Midnight Dream ou Six Feet Underground parviennent sans mal à se hisser sur le grand mât, d’autres comme Non ne dis rien ou Plus fort que toi font inévitablement penser à du Gérald de Palmas passé à l’essorage. Le cadeau des lessives Bonux, ce n’est jamais une science exacte. Et A sleepless night de jouer l’insomnie par la longueur, quatorze morceaux de hoochie coochie balancés dans le rocking-chair, c’est somme toute un peu long pour une seule et même berceuse.

Ainsi arrivés au terminus d’un voyage Paris-Texas, le lecteur sera bien en droit de demander s’il doit renouveler son abonnement ou simplement passer son chemin. On restera, comme tout préposé aux transports en commun, bien emmerdé pour lui donner une réponse claire. Exercice de style plus que respectable, The Hub laissera les puristes de marbre et n’arrivera jamais au logis de Madame Michu, fan invétérée de Johnny première époque et des Forbans. A sleepless night, en ces termes, est un premier coup de pagaie vers l’autre rive ; la fin du périple se concluera à la nage. Pour les plus courageux.

The Hub // A sleepless night // Bonus Tracks Records
http://www.myspace.com/hubert06music

3 commentaires

  1. « enfant naturel de charley patton »
    j’ai failli m’étouffer.
    il lui manque la voix déchirée, les couilles, l’âme et la vie de merde.
    et s’il est assez bête pour envoyer du blues en français…grossière erreur: pas que ça ne soit pas louable, mais ça ne sonne pas et ça ne sonnera jamais. plouf et flop.

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