Deux ans après avoir déclaré la guerre totale au monde entier avec Primary Colours, les cinq diabétiques de Southend On Sea reviennent avec un troisième album qui n’avait aucune chance d’être marquant. Pourtant, de tous bords les moulins s’affairent à brasser vents et critiques sérieuses. Et au milieu coule un ruisselet.

Pourquoi en parler ? Tout le monde l’a déjà fait. Les plus cyniques en ont même profité pour se gargariser d’avoir flairé l’arnaque dès le début. Haha, on le savait depuis Strange House, leur premier album, que les corbaques ne pouvaient que zoner autour d’une barbaque avariée ; que de se saper en croque-mort pédé et prendre des airs affectés ne suffisait pas à insuffler des infections mortelles. Allons bon, les voilà qui tentent le coup du couplet décalé, je tire la tronche derrière mon synthé quatre couleurs, j’ai le spleen en slow motion devant le rétroprojecteur. Simple Minds qu’ils disent. U2 même, parfois. Si, je l’ai entendu, et bien moins loin qu’on ne pourrait le croire.  Allons, on ne peut blâmer personne de vouloir changer de tête de Turc : s’étriper à propos de WU LYF était devenu plutôt lassant, et c’est pas Bon Iver qui va déchaîner les passions. Alors va pour les Horrors, après tout c’est pas moins amusant de se soulager sur un ancien remous de la hype. Pas moins amusant mais surtout très soulageant : cool, on n’a pas raté le ferry pour la nouba du nouveau siècle.

C’est sans doute plus facile à oublier pour certains. Mais au printemps 2009, plus d’un mousse en quête de port d’attache avait bien cru pouvoir rester en rade à l’exact moment où démarre le final de Sea Within A Sea. Pas question de se cantonner à de suspectes métaphores océanes, tant il a été possible de sentir le sol trembler sous nos pieds connectés au Myspace des Horrors. Les couches de synthé se sont accumulées, la voix caverneuse de Faris Badwan a résonné et c’était comme découvrir une nouvelle faille sismique, la nôtre. Enfin un groupe qu’il nous serait bien compliqué de décrire. Impossible de répondre à la question « mais ça ressemble à quoi ? » parce que deux possibilités se présentaient : le silence, ou une interminable liste de groupes et mouvements qui déboucheraient sur des divagations aussi bêtement lyriques et naïves que le paragraphe qui vous a conduit à la fin de cette phrase. Un groupe – en fait une chanson, puis un album – trop intimidant pour en parler sérieusement, sans abuser de superlatifs périssables. Et puis, il était difficile de trouver les mots vraiment justes, c’était le prix de la nouveauté réelle.

Alors qu’attendre des mêmes personnes, deux ans après qu’ils ont fait changer de cap à plus d’un périple ? Je pense très sincèrement que le meilleur espoir que les fans transis (dont je fais partie, soyons livides mais transparents) pouvaient nourrir, était celui d’attendre un album facile, un gros gâteau pop, calorique au possible mais surtout immanquable. On en prenait la route avec le premier single, Still Life. C’était sublime parce que ce n’était pas raté. Tellement simple qu’il n’y avait rien à en dire, seulement l’apprécier comme tout morceau pop ultime : au réveil après l’ivresse, dans les transports en commun les jours de pluie, pour spleener au soleil. L’album qui a suivi ? Inutile de le décrire, cela a déjà été fait (même plutôt bien en général), et de toute façon vous l’avez déjà écouté. Allez, ajoutons que c’est un disque très virginal, que j’aurais adoré l’écouter entre deux cours d’histoire-géo, qu’on oscille entre le bon ( I Can See Through You, Moving Further Away, Wild Eyed et Still Life donc) et l’innommable, notamment les deux derniers titres, absolument insupportables pour qui porte encore les stigmates de la conclusion de leur précédent opus.

Les attentes sont forcément déçues, puisque cette fois aucune tectonique des plaques n’est à espérer. Mais si je me demandais en préambule pourquoi en parler, c’est parce que Skying n’est rien d’autre qu’un disque quelconque. Personne n’essaiera d’en imiter le son à la nuance près comme certains l’ont fait avec Primary Colours (on en reparle à la sortie de l’excellent album de S.C.U.M.) et je suis à peu près certain que le groupe lui-même a déjà planté cette galette quelques hectomètres derrière lui.

Je les vois même assez aisément, posés autour du jacuzzi de leur chambre d’hôtel sur on ne sait quelle étape de leur tournée. Joshua Third dispute sans doute la fin de la bouteille d’Oasis tropical à Rhys Webb, pendant que Tomethy Furse finit de recoiffer les épis sur son crâne. Faris demande s’il peut ramener Rachel Zeffira, la soprano avec qui il s’est un peu perdu dans Cats’ Eyes. Silence, tous se demandent ce qu’ils peuvent bien faire de leur génie maintenant. Et putain, quel look adopter pour le prochain album ?

The Horrors // Skying // XL (Beggars)
http://www.thehorrors.co.uk/

8 commentaires

  1. ouais je suis client à la base euh mais là sorry mais le neo baggy avec des sons de synthés 80’s, parce que c’est de ça qu’il s’agit, j’accroche moyennement. Pas mauvais, juste glissant. En fait je commence à me poser la question si ce groupe ne va pas nous faire un style par album, le garage batcave du premier, le kraut 80’s pour le deuxième etc… Je les trouve plutôt talentueux et il se passe un truc avec le Faris sur scène mais pour moi un grand groupe est un groupe qui évolue tout en conservant une cohésion sonore.
    J’ai l’impression que ça se fait un peu en fonction de leurs coups de coeur musicaux du moment et j’ai un peu peur sur l’évolution de leurs productions qui deviennent de plus en plus lisses ( on s’en fout qu’ils soient mainstream, là n’est pas la question, on veut juste qu’ils soient bons musicalement)

  2. Entièrement d’accord avec cette superbe critique…
    Parceque Bon Iver c’ets vraiment nase, que WU LYF est plus que surfait et que les horrors n’auraient sans doute pas du p(re) passer à l’acte…
    Pourtant, vu en live, Cat’s Eyes à de quoi vendre… cela m’a bluffé.
    Version technicolor délavé et voix d’outre-tombe Offrant une réelle
    prestation.

    Bref, les Horrors c’est plus ce que c’était qu’en le gratin londonien s’en va plus loin, que le style post-burton n’est plus en vogue et qu’on a déjà fait deux révolutions… le repos est peut-être conseillé.

    hype hype hype hourra
    et on repassera

  3. Mais quelle mauvaise foi…
    Quand un groupe se borne à ressortir le même album encore et encore on le fustige et quand un groupe prend (ou tente de prendre) une autre direction on les descend aussi ?

    Qu’est-ce qui empêche un groupe d’avoir plein d’influences et d’en faire transparaître certaines plus que d’autres sur tel ou tel album, ou telle ou telle chanson ?

    Qui ne vous dit pas qu’ils ont découvert des groupes et qu’ils ont tout simplement été influencé par ça ? Vous restez encré toujours aux même choses vous ? Vous ne découvrez jamais rien de nouveau qui vous reste en tête un moment ou qui vous change ?

    Résumer un groupe à son esthétique changeante et développer des chroniques autour de ça c’est assez consternant…

    “Skying” est un très bon album, peut-être pas aussi bien que “Primary Colours” mais c’est un chouette cd.

    On se demande bien qui retourne sa veste, le groupe ou les “fans” de l’époque “Strange House” qui ne supportent pas leur virage.

  4. Alors bienvenue sur Gonzai ou la mauvaise foi est gravée dans les tables de la loi
    je re-signe que ça commence d’être louche ce style à la carte

  5. Aller, j’ai refait l’effort de l’écouter là … Je trouve que Vic Vega est super trop sympa avec ce tas de bouillie 80’s amorphe et indigeste, j’en ai attrapé une diarrhée de cérumen. J’aurais été moins compatissant, c’est clair. Du coup je rêve que les gars se prennent d’affection pour Yvette Horner et son grand orchestre pour leur futur album, enfin c’est une idée.

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