Où comment un seul album, un seul titre, un seul clip, peuvent encore permettre de décerner la palme du me

Où comment un seul album, un seul titre, un seul clip, peuvent encore permettre de décerner la palme du meilleur album à quatre fainéants visionnaires même pas foutus de peigner correctement leurs tignasses. En supplément, du frisson, des ondes et beaucoup d’émotions. Leur présence vient d’être confirmée à la Route du Rock 2009.


Martin et François parlent de leur quotidien et la vie, en toute logique, va bon train.

– « Penses-tu que nous aurons le temps ? » prévient Martin, apparemment peu distrait par le monde envahissant son espace vital.

C’est l’heure de pointe dans le métro.

– « Sans nul doute » répond François, sûr de son fait, « encore nous faudra-t-il assurer la promo tout seul » ajoute-t-il d’un air lointain, « la date est-elle inscrite sur le Myspace ? ».

– « Que n’ai-je eu le temps de la rajouter » reprend son voisin, « j’ai répété la semaine entière, Francis était malade ». Les portes se referment.

Quoique plus conventionnels, j’avais entendu récemment d’autres propos du même acabit : « Partiras-tu en vacances en septembre ? », « Qui gardera le chien » « Ah oui Jean-Marc c’est plus pratique, et les billets sont moins chers ». Ce bon vieux Jean-Marc que je retrouvai souvent, sous d’autres formes, dans d’autres lieux.

Ce sont en tout cas les mots que j’entends, à l’approche de la station Stalingrad, lorsque le métro prend son envol. Et puis soudain, distorsion du temps, loin des réalités 2.0, surgit cet album. Des couleurs primaires. Dix pistes qui remettent la barre au bon niveau, efface la médiocrité du public qui un jour se cru sur les podiums parce plus de 45 écoutes par jour sur le Myspace, des concerts une fois par mois et un flyer souvent abominable pour des dates pas moins chiantes. The Horrors semble moins s’encombrer de ce genre de détails. Trois ans après leur premier essai, ils cachent enfin leurs visages.

Primary Colours, la dictature, la lutte contre l’amateurisme, l’élitisme et la noirceur. Cela fait beaucoup pour un groupe de supposés branleurs décoiffés. Dix ans après la toute fin du shoegaze, la bande à Faris Badwan décide de se rejetter à corps perdu sur ses Converses délassées. Le résultat, c’est un long tunnel gothique dans lequel se serait engouffrée la décennie 90. Par vagues ondulées, ce sont les Spacemen 3, Jesus and Mary Chain, My Bloody Valentine qui ressurgissent dans une époque qui n’en attendait plus rien. Sans la candy popsong qui finit par tuer le mouvement, sans le coté sucré. Primary colours, du noir d’ébène, du noir trafiqué, du noir brillant, des synthés crades, un chant desincarné distant (Jim Morrisson+Tranxen ?), de vraies chansons qui contournent l’exercice de style et une intrigue au bout du couloir, des tunnels encore, aucune issue, des moments de bravoure (Mirror’s image, Who can say, New ice age), un chanteur malade (du moins semble-t-il, à l’entendre disséquer les consonnes à dix miles du micro), des guitares grattées comme du papier de verre (mais ondulé, je précise) et l’assurance avec ce deuxième album, The Horrors vient simplement de publier un disque qui crache l’air du temps.

Sea withink a snail, morceau épique de plus de huit minutes, clôture le voyage et permet de mesurer très précisément la distance entre le génie et l’amateurisme, preuve qu’avec une vision certains groupes aident encore à supporter le quotidien et la banalité d’un trajet en métro.

Posture ou pas, contradiction ou non, Primary colours est un grand disque. L’avenir est devant et il ne poinçonne sûrement pas ses tickets.

The Horrors // Primary colours // XL (Beggars)

http://www.myspace.com/thehorrors

18 commentaires

  1. Certes, mais au contraire de The Horrors, Poni Hoax ne baigne pas dans ce crépuscule post-moderne qui tient lieu à certains d’histoire. Chacun sa merde les amis.

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