J’allais pour ouvrir le disque planqué dans un fichier Winrar et c’est une scie circulaire qui surgit de mon disque dur. Ses rotations imaginaires créèrent de l’espace dans mon iPod jusqu’à ce que ne résonnent plus que les tronçonneries des Finkielkrauts. Que les amis de la forêt se rassurent, Smog quadrille les cartes de France plutôt que les chemises de bûcherons pour hipsters des sous-bois.

« On ne renverse pas un Empire sur un cheval à bascule », aurait hurlé Jules César dans un de ses accès de démence épileptique. Ca, les Finkielkrauts l’ont bien compris. Et pour charger les augustes colonnes du rock français, c’est la Mustang qu’ils blindent d’explosifs. Ou comment cinq wankers de la région Centre cherchent l’incendie criminel au volant d’une voiture-bélier. Posté à plusieurs restoroutes, j’ai pu tenter de lire à travers le pot d’échappement. Transcrire des signaux de fumée ne pouvait donner qu’un résultat évasif.

TOURS DE FRANCE. Tours est une ville que j’imagine triste comme une journée au lycée. Genre de centre commercial géant où les lumières artificielles monopolisent l’attention de 135 000 habitants pas habitués aux sunlights. Les plus téméraires n’ont que peu d’alternatives : faire du skateboard sous les tunnels, porter le béret, inventer des drogues qui tachent les globules blancs, monter un groupe bruyant et filmer ses clips sur les bancs publics. De là, les Finkielkrauts lâchent le granit pour le bitume. Les destinations ne valent pas toujours mieux, mais personne ne part en croisade pour prendre des photos dans les champs. Subtilité viking : ils répètent le même plan marketing à Thor et à travers. L’invasion par la MJC puis l’incendie sonore, et il n’est déjà plus temps d’écouter les plus fragiles pleurnicher. Paris-Drakkar : la route mène à Lutèce, avec prédisposition pour les lieux les moins recommandables aux assidus du ménage en écoutant Chante France : la Gare aux Gorilles, la Miroiterie.

MERDE ON FRANCE. Sans doute passons-nous trop de temps à rouler des mécaniques en observant nos meilleurs coqs s’affronter dans l’arène tricolore. Cent écus sur les gommeux de Clermont comme solution finale à tous les problèmes de la musique française (grabataires sans second souffle, chanteurs sans chansons, fils de sans talent, sécheresse vaginale sur les grandes ondes, etc). Mon royaume pour que telle prophétie se réalise. Mais les Finkielkrauts étendent le domaine de la lutte, dessoudent les particules élémentaires et l’on entrevoit la possibilité de la bile. Kärchériser  tant la France pouêt-pouêt (celle des alternos qui squattent les salles communales de province, et des rappeurs intra-muros qui samplent de la polka) que toutes les vagues successives de jeunes gens qui s’ajustent les mèches dans le reflet des vinyles à papa, c’est leur manière de déclarer la guerre à leur propre pays. Actes de sédition : urinent sur les murs du bon goût, dessinent des bites sur leurs chemises, ne simulent pas la suée, chantent en anglais.

Crédits: Manuel Devier

LA BATAILLE DE FRANCE. En laissant l’EP moduler mes divagations, j’ai souvent imaginé la suite. Déversant des flots de boue électrique, Smog ébranle la France du général, étrangle celle du maréchal. Prestation explosive sur une chaîne de la TNT, même les radios abattent les monuments aux morts. Dans quelque festival d’été sur champs de patates, tous les groupes déclarent forfait en apprenant qu’ils partagent l’affiche avec eux. Qu’importe, ils jouent trois jours sans s’arrêter. A l’aube du deuxième jour, ils entament un seizième Incorrect lorsqu’un croquemort des Inrocks déclare « ça vaut pas Young Michelin, mais c’est pas mal ». Il explose dans la seconde qui suit. Au fond, les punks à chiens sont médusés et tardent à comprendre qu’on peut être un groupe défoncé à l’urgence sans avoir à mollarder sur son public. Trop béats pour être surpris quand David, frontman exorcisé, descend dans la fosse se faire câliner par les zombies apatrides qui composent désormais la foule ahurie. Demain, ils auront oublié où ils vivent et jusqu’à leur langue maternelle. Au bout du chemin, la victoire dans un champs de ruines. En attendant la reconstruction, les Finkielkrauts président le comité de salut public. Mobilisation générale.

Did You See The Blood

The Finkielkrauts // Smog EP // Another Record
http://www.myspace.com/thefinkielkrauts

7 commentaires

  1. Rubin Steiner, vous avez raison. Ce n’est pas comme si j’avais précisé que ma description de Tours était le fruit de mon imagination.

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