Bagarre Générale : deuxième round. Deux des énergumènes d'Infecticide se réunissent dans un projet aux antipodes de leur chansons tristes : The Fat. Le premier album est sorti en septembre dernier chez Da ! Heard It Records et pourrait très bien se résumer à ça : des dialogues impétueux entres machines interposées dans un univers désabusé et bitcrushé.

A l’origine de ce magma de Moog, Oberheim tout en pur Hardware, avec des filtres en 24,12 db/octave : Thomas Suire et Jacques de Candé. Le dénominateur commun des garçons ? laisser parler les machines, leurs défauts comme leurs qualités. A base de rythmiques 8bit façonnées à l’Oto Biscuit (de vieilles boites à rythmes) et de tripotages de boutons en bonne et due forme, le son de The Fat flirte avec les limites de l’indécence, une volonté assumée du sale et du sali.

A la différence d’Infecticide et son tout numérique, c’est sur des bases bien analogiques que s’appuient The Fat. Samples loopesques et lancinantes complaintes s’intègrent dans un son bien gras, souvent né de séances d’improvisations nocturnes. La difficulté, par la suite, étant d’appliquer ce processus au live. Thomas me l’expliquait d’ailleurs dans une précédente interview pour Radio Campus Paris : « On enregistre nos séances d’improvisations en pistes séparées, mais on a fait un album sans penser au live. Le gros défis a été de retrouver avec quoi quel son a été fait. Et on a beaucoup cherché ! C’est un sacré boulot, mais c’est le but aussi, et ça t’apprend à bien connaître tes machines, à bien comprendre comme elles fonctionnent »

images_albums_The_Fat_-_Meat_Me_-_20140925124718617.w_290.h_290.m_crop.a_center.v_topCe processus de composition à déjà été rodé par bien des groupes, et on pourrait facilement rapprocher The Fat à la musique industrielle des années 80. On retrouve du D.A.F. dans les sons de basses, des ambiances qui font penser aux premiers Kraftwerk, ou encore le côté organique de Cabaret Voltaire. Mais au final, The Fat conserve une vraie singularité qui les rend difficilement comparable. Loin de la musique sur-construite sur ordinateur, hyper calibrée et bien carrée, il est rare aujourd’hui de trouver cette authentique spontanéité du live basée sur de vrais dialogues entre plusieurs musiciens.

« Meat Me » ne fait donc définitivement pas parti des albums que tu écoutes en fond sonore en surveillant la cuisson de ton steak tout en haïssant la passion inexpliquée de ta voisine pour Indochine. « Meat Me », c’est même un des rares albums que je n’arrive pas à écouter en écrivant ces mots, alors que l’écoute d’un album en écrivant sa chronique est une des sacro-sainte habitude que j’ai prise avec le temps. En fait « Meat Me », ses variations de matière sonore, ce son répétitif à la limite du psychotique, impose une certaine attention.

Ce côté tribal, post-apocalyptique, à la rythmique martiale et aux mélodies simples – mais pas simplistes – prend tout son sens en live, tu sais, dans une cave, où ton téléphone ne capte pas, et ou tu n’as plus d’autres choix que de laisser parler tes pulsions primaires en gesticulant de manière convulsive. Et au final, The Fat pourrait bien être à Kraftwerk ce que le GRM est à l’Ircam, le penchant sombre de la propreté intellectuelle et musicale.

The Fat // Meat Me // Da Heard It (en téléchargement libre ou avec don)
http://www.daheardit-records.net/fr/discography/dhr-26

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