Quel est le rapport entre Stephen J. Cannell, Cerrone, Un flic dans la Mafia, les synthés et Christophe Colomb ? Aucun, mis à

Quel est le rapport entre Stephen J. Cannell, Cerrone, Un flic dans la Mafia, les synthés et Christophe Colomb ? Aucun, mis à part peut être le nouvel album de The Emperor Machine, une machine à regretter ne pas avoir eu vingt ans en 1983, un album pour coloniser les indiens à coups de Korg et de déhanchés un peu salaces. La chanson de Roland, les colonies, les génériques kraut pour ta tata de Rhénanie et trois blacks qui lustrent tes ampoules par l’arrière? Accrochez vos ceintures les gars, vous êtes sur Gonzaï Airlines, le site qui défriche au ras du dance-floor.

Patrick Watson, Passion Pit, Fred Viola…. On dénote ça et là, y compris sur Gonzaï, des zones de tolérances non justifiées, donnant ici comme ailleurs des attributs de beauté à des choses qui n’en ont pas, vendent peu et parlent mal. On en regretterait presque d’être blanc, si l’Europe de l’ouest ne nous avait pas donné le luxe de nous en plaindre. Dans cette océan de tiédeur, ne possédant pas a largeur de bassin de Mouloud Achour (ni le cou tordu filiforme d’une Tania Bruna-Rosso), on a vite fait de prendre un bâton de pèlerin pour parler aux trois dévots du devant d’église. Oh happy days.

Sur le parvis, coincé entre une bio incompréhensible et une pochette monochrome, il y a cette histoire d’œuf monolithique, origine d’un monde qu’Andy Meecham, leader de The Emperor Machine, a bien du mal à faire gober. Deux rues plus loin c’est déjà la nuit, et Vinnie Terranova, beau brun ténébreux, est déjà aux prises avec la racaille sur fond de synthés discoïdes, Das Gent, neuvième piste, début d’érection instrumentale, forcément synthétique. Une histoire d’amour entre la police et la vermine, slap basse au clavier, guitares hurlantes, c’est beau comme un minitel, aussi sexe qu’un fax. C’est le son d’il y a vingt ans joué par des blanc-bec du nouveau siècle.

Loin des galeries d’arts abstraits qui ont fait la renommée des groupes suscités, The Emperor Machine rend à César une partie des vestiges : du rythme, des travaux forcés, la beauté des colonnes helléniques vues à travers le prisme de la disco. La magnificence de l’entrée de basse à quinze secondes sur What you want, c’est la même force étalonnée que l’invasion de Rome en plateform-boots, la beauté des négresses en 1979, NY, quand le SIDA n’avait pas encore débuté son ouvrage de destruction massive du rythme. A corps et à Korg, si vous permettez l’expression.

Space beyond the egg, un disque d’exception qui a décidé de dezipper la braguette, inonder l’Europe d’un foutre noir comme l’eau claire, des violons de séries B, des nappes surfiltrées qui titillent le point G sur Hairy Knukle. Vision soudaine de toutes ces séries mécanique (K2000, Supercopter, Tonnerre Mécanique) où les héros et la machine ne faisait qu’un, l’homme tout entier aspiré par la beauté des carlingues et le cliquetis des toles. The Emperor Machine respecte peu ou prou le cahier des charges. Les sentiers glorieux s’emprunteront sans soldats, les munitions se composent essentiellement de claviers, d’une batterie Cerrone et de cris ventripotents. Pour la première fois depuis longtemps, je regrette de ne pas être noir, transpirer, lustrer l’ébène, danser à l’horizontal, puiser au cœur de la source et du rythme de grandes capitales du monde.

Cet album est une respiration, une aération, des phrases sans paroles, un acte de dieu, une bouée de secours, le nouveau testament, ce que vous voulez finalement, dès lors que la nostalgie vous donne envie de basculer en avant. Au moment de (se) finir, une grande pensée pour les incas, les temples solaires, Bill Cosby, le flic dans la mafia, ouais encore, tous les morts de ta famille et la notion même du moche, ici dépassée en moins d’une heure. Le temps précis qu’il m’aura fallu pour comprendre qu’un corps peut tourner plus vite sur lui-même qu’un disque sur la platine.

The Emperor Machine // Space beyond the egg // DC Recordings

http://www.myspace.com/emperormachine

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