En France, les fans de The Cribs doivent se compter sur les doigts d’une main. Pourtant, au Royaume-Uni, les Anglais ont un statut de groupe culte, avec des fans loyaux et une réputation qui n’est plus à faire. Spoiler : ce n’est pas le nouvel album du groupe « Night Network » qui changera quoi que ce soit.

Le 14 août : « J’ai vu sur Facebook que tu suis The Cribs. Ils viennent d’annoncer un nouvel album. » Ce message, envoyé par une attachée de presse probablement au bout du rouleau à la mi-août, est ce qu’on appelle une bouteille à la mer. Surtout quand il s’agit de The Cribs, l’un des groupes les plus difficiles à « vendre » à toutes personnes n’ayant pas un passeport britannique. L’objet du mail insiste sur un point qui pourrait, au mieux, vous faire hésiter une demi-seconde avant de placer le mail dans la corbeille : « un nouvel album enregistré dans le studio des Foo Fighters ». Tout est réuni pour faire un flop : un groupe sous-estimé populaire en Grande-Bretagne mais dont la Terre entière se cogne, un disque enregistré à L.A. (aucune originalité) et une annonce en plein été qui passerai inévitablement inaperçue entre deux verres de rosé, bien plus enthousiasmant.

Wakefield, Wakefield, Wakefield !

Commençons par le début. The Cribs, ce sont un peu les Shed Seven de leur époque. Ils viennent de Wakefield dans le Yorkshire, une région connue pour le thé et ses pintes à moins de deux livres (merci Sam Smith). Ils sont sous-estimés. Ils sont cultes. Ils ont tout les deux laissé d’autres groupes similaires occuper l’espace médiatique et conquérir le monde. Pour Shed Seven, c’était Oasis. Pour The Cribs, ça été les Libertines. La différence : The Cribs est bien meilleur que les Libertines. Et si vous cherchez une vraie rockstar en 2020, aussi bien dans l’attitude que dans l’esprit, Ryan Jarman est la personne que vous cherchez. Son gimmick : mettre un pied sur l’ampli devant lui et se tourner de profil pour ne pas faire face à la foule. Son style : une veste en cuir, un jean skinny troué et surtout, une coupe de cheveux que seuls les vrais lads peuvent assumer (un mélange entre Mireille Mathieu et Paul Weller)

« On a de la chance : pour ceux qui aiment le groupe, on est l’un de leurs groupes préférés » – Gary

Ryan et Gary sont jumeaux. Ross arrive quatre ans plus tard. Mais les garçons forment un trio. Une famille. Ensemble, avant même l’adolescence et les premiers poils, ils lancent un groupe de reprise de Queen. Ils s’appellent Queen 2, et la maman filme les faux concerts des enfants dans le salon avant d’aller au lit. Précoces, les deux frères finissent par acheter une batterie à Ross puisque Ryan avait mis la main sur une guitare et Gary sur une basse. Une fois au complet, les frérots peuvent enfin se lancer. Et le timing est parfait : en 2002, l’Angleterre cherche les Strokes locaux. The Cribs, qui commence à se forger une réputation de « groupe à voir en live » dans le West-Yorkshire, ont tous les labels à leur cul sur la base de quelques démos. Sur scène, ils cassent souvent des guitares, balancent des amplis, se blessent et finissent en sang. C’est la seule manière pour eux de jouer, dans une certaine forme de chaos. Ils signent avec Wichita Recording, et deviennent le premier groupe britannique sur le label.

@twitter The Cribs

Le premier album débarque en 2004. Il s’appelle « The Cribs ». La pochette est immonde mais à l’intérieur, quelques morceaux en ont sous la pédale. Another Number, You Were Always The One et Direction font partie des titres phares. Third Outing est sûrement le pire choix pour terminer un album. Mais le disque parvient à capter l’essence même du groupe : un esprit très DIY qui titille l’avant-garde, une voix nasillarde, des mélodies pas toujours efficaces mais entêtantes et un son proche de celui en live qui mélange punk, glam et indie lo-fi. Les fondations sont posées. Et le deuxième album sera comme si le groupe avait construit un immeuble de 15 étages dessus. « The New Fellas » est un concentrée de tubes qui met à mal les relations américano-britanniques. Pour Pitchfork, c’est un 3 sur 10, une note minable. Pour le NME, le disque est excellent, et le tube Hey Scenesters! sera même couronné du titre de « meilleur hymne indé » en 2007. Mais tout ça, on s’en branle : avec ce disque, The Cribs entre dans la catégorie des groupes qui divise : soit on adore, soit on déteste. « On a de la chance : pour ceux qui aiment le groupe, on est l’un de leurs groupes préférés », lance Gary dans une interview.

Pourtant, le « succès commercial » arrive deux ans plus tard avec « Men’s Needs, Women’s Needs, Whatever » produit par Alex Kapranos de Franz Ferdinand. Pour faire la nique à Pitchfork, un deal est signé avec Warner Bros pour l’Amérique du Nord et des équipes de tournage suivent le groupe durant une tournée de clubs au Royaume-Uni (le documentaire s’intitule Leave Too Neat). Sur l’album, The Cribs parvient à être plus direct et concis dans un style plus « pop », c’est-à-dire plus facile d’accès. Le titre Be Safe en collaboration avec Lee Renaldo de Sonic Youth est le point culminant, aves ces paroles criées comme si la fin du monde était proche : « I know a place we can go where you’ll fall in love so hard that you’ll wish you were dead ». Mais ils ne laissent pas leurs valeurs au placard pour autant. Les guitares sonnent toujours comme si elles n’étaient pas accordées, le chant est poussif au mieux, souvent blasé et la capacité à produire un son aussi dissonant tout en donnant envie de le scander fait partie de la force du jeu de guitare de Ryan, attiré par les sonorités grinçantes. Ils peuvent être fier d’une chose : aucun groupe ne sonne comme The Cribs.

À partir de là, la carrière des Anglais aura des hauts, mais aussi des bas. « In the Belly of the Brazen Bull » (2012) et « For All My Sisters » (2015) font partie des fulgurances. « Ignore The Ignorant » (2009), produit à Los Angeles avec Johnny Marr qui a rejoint le groupe, ainsi que « 24-7 Rock Star Shit » (2017) ne passent pas le cap. Deux bons disques, deux mauvais, balle au centre pour l’arrivée de « Night Network », leur huitième album, prévu pour le 20 novembre. À vrai dire, le match est déjà plié. Ceux qui apprécient le groupe trouveront le disque « bon ». Ceux qui les détestent continueront de les ignorer ou de les écouter d’une oreille en jugeant le disque à la minute où il sortira. C’est de bonne guerre.

The Cribs réunissent quand même une belle prouesse : être frères dans un groupe de rock et ne s’être toujours pas entre-tués. Depuis 1989, date de leur première prestation sur scène, Ryan, Gary et Ross se serrent les coudes. Chacun a trouvé son rôle dans le groupe : « Ross est bon dans la mécanique, il est près terre-à-terre. Ross s’occupe de l’organisation journalière. Et moi, je fous le moral à zéro à tout le monde » confesse en souriant Ryan dans cette interview. Ça devrait continuer de durer, car ce groupe de frérots a décidé de ne rien faire comme les autres. Et surtout pas de se brouiller à vie. 

Pour ceux qui se sentent désemparer, une compilation intitulée « Payola » retrace l’évolution du groupe sur 10 ans (2002 – 2012). Le nouvel album « Night Network » est prévu pour le 20 novembre. 

9 commentaires

  1. Merci Robin pour cet article et cette decouverte, the Cribs, c’est tres sympa en effet et grace a toi, j’ai trouve cet album en vinyle: CRIBS, The – Men’s Needs Women’s Needs Whatever qui fait vraiment penser aux Strokes des debuts, il est assez classic mais j’aime bien. Ma curiosite m’a pousse jusqu’a voir the Shed 7, et ce best of est vraiment top dans la mouvance brit pop avec des sons types un peu OASIS, belle decouverte aussi (SHED SEVEN – Going For Gold: The Greatest Hits (reissue)).
    Dans le meme style, je te conseille les deux EPs des Sea Girl, c’est vachement, j’ai un peu moins accroche a l’album mais il faut que je le reecoute.
    A+

  2. j’attends la prime des démunis detournee pour me peter la PYLONBOX sur amazon.eu & apres j’irai sur Pigalle boulevard boire des casanisses.

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