Trêve de bavardage sur les tops de fin d'année, voici trois groupes dont vous n’entendrez pas parler partout et dont les albums marquent cette rentrée musicale par leur forte identité, un certain sens du revival et des talents de composition hors-norme. Focus sur les comètes qui vont faire scintiller le ciel de 2016.

KING GIZZARD & THE LIZARD WIZARD – « Paper Mâché Dream Balloon » (Heavenly Recordings)
http://kinggizzardandthelizardwizard.com/

Sorti le 13 novembre dernier, ce magnifique disque de pop acoustique était sûrement la seule bonne nouvelle de cette journée de merde. « Paper Mâché Dream Balloon » est un virage (ou une parenthèse) du groupe australien, qui nous avait habitué à de longues digressions de rock psyché déjanté évoquant autant King Crimson que Thee Oh Sees, avec un panache confinant parfois à la surenchère bruitiste. Ce nouvel album sorti sur un autre label que leur écurie d’origine (Flightless) est une véritable cure de désintoxication pop au côté rue dans les brancards. On navigue paisiblement dans un univers fait de ballons colorés et de sucres d’orges acidulés, l’oreille caressée par des mélodies à la Eliott Smith et un aspect symphonique pouvant rappeler The Bees. Le tout est saupoudré d’un harmonica terriblement bucolique donnant à l’ensemble un aspect country en papier des plus séduisants. La flûte traversière réhabilitant le soldat Jethro Tull sans l’aspect tapageur, les banjos parfaitement bluesy, les violons cajuns et autres pianos rock’n’roll achèvent de projeter dans d’immenses espaces mi-bayou mi-outback au pays des caïgourous. L’absence totale de déchet dans cet album acoustique COP 21-compatible est ce que l’on retiendra de cet ovni pop aux mélodies frisant la perfection.

THE MADCAPS – « Hot Sauce » (Howlin Banana Records & Beast Records)
https://madmadcaps.bandcamp.com/track/something-you-got

Le groupe garage-pop revival 60’s le plus talentueux du moment revient à l’assaut des scènes underground de l’hexagone avec un nouveau joujou produit aux studios Kerwax, véritable caverne d’Ali Baba du son vintage et de l’analogique ayant vu défiler quelques pointures de la scène garage et psyché comme les Cavemen Five, les Blondi’s Salvation ou les Rebels of Tijuana. Le quatuor rennais enfonce le clou de sa pop garage perchée dans la bulle 60’s modelée par les Zombies, Beach Boys et autres Beatles avec ce côté sunshine qui va réellement nous convaincre que la Bretagne est sous les mêmes auspices que la Californie niveau climat. La qualité du son garage d’Hot Sauce place les Madcaps à la hauteur des meilleures productions de leurs cousins ricains de la constellation segalienne avec ce petit supplément d’âme from Britain. Rainy Day aurait pu être écrite par un Brian Wilson en goguette chez les roastbeefs ou sur la côte de granit rose; et la superbe photo de la pochette réalisée par Martin Parr donne ce petit côté British à l’artwork rappelant toute la teneur de ce grand écart. La deuxième partie de l’album est clairement au-dessus de la première, plus cantonnée au premier essai du groupe et donc moins surprenante. L’utilisation des claviers analogiques et des pianos, les chœurs et voix nasillardes de Boob Shang ou les reefs de guitare surf-rock de One More Chance donnent une couleur singulière à cet ensemble super cohérent renvoyant à la décontraction pop des groupes phares de l’âge d’or. Les Madcaps font la démonstration avec ce deuxième album très réussi que tout ce qui tue se joue plus fort. Mention spéciale à la Zombiesque Walking Back Home qui clôture l’album en beauté et fait carrément tomber dans les bras de Morphée plus efficacement qu’une intégrale du Dessous des Cartes.

BOOTCHY TEMPLE – « The Gardener Sleeps In His Golden Bed » (Bongbastic Records, K7)
https://bootchytemple.bandcamp.com/releases

Encore une bonne surprise toute droit sortie de la petite Mecque rock’n’roll bordelaise que ce groupe de barbus aux looks d’étudiants de Bootchy Temple. L’album s’ouvre sur une intro Dandy-Wharolienne à souhait avant d’enchaîner sur un Shereza très inspirée du Brian Jonestown Massacre; si bien qu’on a l’impression de plonger tête la première dans une nouvelle version de la B.O. de Dig. L’œuvre du quintet bordelais se poursuit avec une pop shoegaze planante en mêlant les deux influences, comme dans la très hybride Sawyer avec sa petite intro au triangle blindé d’échos à la Warhols et ses chœurs négligés aux voix suaves à la Newcombe. Quoiqu’il en soit, on replonge tête baissée dans cet indie-rock essentiel des early 2000’s grâce au talent de ces newcomers repérés par le jeune label garage Bongbastic, proche des Américains de Burger Records, très axés sur la désuète mais très garage-friendly cassette audio. Le côté indianisant de We Are Lost in The Blue avec ses sitars rappelle aussi la nouvelle vague du genre psyché orientalisant à tendance bretonne représentée par les rennais de Sudden Death of Stars ou les pré-cités Blondi’s Salvation de Nantes. La magnifique Two Beedies on The Moon est totalement dans cette veine néo-hippie pleine de traditions avec son côté incantatoire, en mode hommage aux ancêtres autour d’un grand feu du côté de Stonehenge. On sent que l’ombre du Loner plane encore dans une chanson comme Dusty Road qui flirte aussi avec les desert songs les plus mélancoliques, et cet album apaisant fera finalement le même effet qu’une calebasse de maté partagée devant un coucher de soleil aux couleurs plus vives que Soudain l’Eté Dernier. Les Bootchy ont créé leur petit Temple où les dieux sont toujours bien vivants et les mantras pour leur rendre hommage portent la marque du folk.

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