Cela ressemble à une histoire Disney : perdues dans les montagnes béninoises, sept filles âgées de 10 à 17 ans s’initient au rock loin de toute connexion internet et trouvent leur salut grâce à un musicien du pays (André Baleguemon) et un producteur bien intentionné (Jean-Baptiste Guillot). Malgré ce pitch prometteur, le disque qui sort aujourd’hui chez Born Bad laisse un goût de film inachevé.

C’est digne d’un épisode d’OSS 117 en Françafrique produit par Luc Besson : loin de Paris, sur la côte sud africaine, et dans un contexte d’émancipation (justifiée) de la femme noire, un musicien nommé André Baleguemon rêve de monter un girls band béninois. Pas du genre des Spice Girls ou de Bananarama, non, un vrai groupe de rock garage (même s’ils sont peu nombreux au Bénin, les garages). Un appel est passé à la radio locale pour recruter joueuses de guitare, batterie et clavier. Cinquante ans après les petites annonces du NME, coup de bol, ça sonne. Beaucoup. Les filles du pays veulent voir autre chose qu’un mari, et on les comprend. . « Les filles qui sont venues ne connaissaient rien à la musique expliquera plus tard Baleguemon. Les sept sélectionnées sont de jeunes filles d’ethnie waama et nabo. Venues des villages alentour, certaines n’avaient même jamais vu ce genre d’instruments ».

Au nord du Bénin, le Star Feminine Band fait école

Les sept filles dont il est ici question, ce sont Marguerite, Julienne, Bénie, Sandrine, Anne, Urrice et Grace; retenues au casting pour ce qui s’apprête à devenir le Star Feminine Band. Avec les instruments financés par le musicien, les “rois lionnes” apprennent à jouer ensemble, puis composer. Echappant ainsi à un mariage force, et sans quitter l’école. Poussé par l’écho des savanes, Jean-Baptiste Guillot (Born Bad) entend parler du projet, prend un avion en 2019 et signe l’album en confiant l’artwork à celui qu’on ne présente plus, Elzo Durt. Une belle histoire donc.

C’est moche, mais je tape ces lignes comme si je tirais sur une ambulance. Plus ce disque tourne, et plus j’ai du mal à adhérer à cette histoire. Au départ, l’idée d’imaginer Jean-Baptiste Guillot, patron du label Born Bad, arpentant les villages béninois à la recherche de Marguerite, Julienne, Bénie, Sandrine, Anne, Urrice et Grace, avec bottes en tigre synthétique et chapeau à la Tintin, avait quelque chose d’excitant et comique à la fois. Réputé fin connaisseur du rock français (par définition blanc) mais également défenseur des causes africaines (cf la rédemption Francis Bebey), le garçon est connu pour son éclectisme, et l’on se gardera bien de parler d’opportunisme. Mais quelque chose cloche : les 9 titres n’en sont en réalité qu’un seul, et même si le Star Feminine Band est conçu sur une belle idée, chantant tantôt en bariba, français ou fon pour parler à toutes et tous, le résultat musical, pas mémorable, donne l’impression d’un voyage express en terres africaines. Mais c’est hélas tout sauf un vrai disque de rock, voire même un disque tout court. Du moins pour les Européens blasés par trop de musiques du monde. Sans doute, et on l’espère, ce projet d’empowerment rencontrera un plus vif succès en Afrique. Et c’est, après tout, tout ce qu’on lui souhaite.

On pourrait faire comme si on avait lu toute la biographie qui accompagne le disque « Star Feminine Band », mais ce serait mentir. Pour en savoir sur l’évolution de la musique au Bénin des années 60 à nos jours, et dans un style « perspectives et enjeux » signé par le connaisseur Florent Mazzoleni, on vous renvoie à la longue biographie ci-jointe, et qui devrait au moins occuper deux jours de votre confinement. C’est un peu dur, mais l’écoute prolongée du disque, malgré ses promesses (« Oh femme noir, lève toi ne dort pas / Tu peux devenir, président de la république” sur Femme africaine) peine à convaincre. Dans la dernière ligne droite, après avoir tenté en vain de faire sortir un seul morceau du lot, je pense à Bob Geldof et son Live Aid des années 80 : de bonnes intentions donnent parfois de mauvais résultats. Les puristes pourront évidemment citer des noms, courants et groupes africains, rétorquer qu’on n’a rien compris à cet album. Et ils auront même peut-être raison.

Pour l’heure, c’est un disque finalement plus politique que musical. Il arrive malgré tout à point nommé pour saluer l’indépendance grandissante des femmes, en Afrique, là où #MeToo rime encore trop souvent avec Mobutu.

Feminine Star Band // S/T // Born Bad
https://starfeminineband.bandcamp.com/album/star-feminine-band

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10 commentaires

  1. Le Dimanche chez gros Guillot
    C’est le jour-heuuu du mafé …

    Le JB nous aura décidément tout fait pour accomplir ce vieux fantasme 80s du teenager à «ne pas rentrer dans une case», a ne pas avoir «d’étiquette». A être « la ou on ne l’attend pas ». L’anticonformisme qui se mord le zgueg quoi. Born Bad aurait pu être un grand label, fidèle à son héritage rockab-garage, mais non, c’était trop simple d’être bon. Fallait surprendre le chaland avec des merdes toutes plus improbables les unes que les autres. Et maintenant on va les chercher à l’autre bout du monde…
    Honte à toi JB de faire travailler des gamines du tiers monde pour nous grand-remplacer les oreilles !

  2. Soyons clair et précis les références de sono mondiales ou jazz etc autre que le garage rincer ou le post punk Has-been de frustration c’est pas la culture du baron de Romainville, ce sont des apports extérieurs du mec de digger digest ou Jacques Denis et consort, le jb c’est encore un chien de la casse préhistorique musicalement, il se touche la nouille avec ses motos triumph et autre grosse voiture oldies us

      1. cher bester c’est pas des conneries toute les rééditions sono mondiales ou jazz et idem pour les artistes contemporain comme genre GROUP DOUEH & CHEVEU et consorts ,se sont des suggestions de projet porté par des gens extérieur au label born bad , ce ne sont absolument pas des styles musicaux de prédilections du baron de Romainville et encore moins sa culture de base ,

  3. qui couche avec quoi ? le bester se sentant visé/vexé, par les choix ne sont que copinages (‘il’ va dire le contraire) jb le camboui donc, fait salement travailler 2 mal faguotes rue saint keke chose dans la 11° aronde de paname. ils se sont ouverts médiocrement, j’y vais plus depuis longtemps jamais rien achete d’ailleurs chez eux, je prefererai aller chez Michel les prix bas…. & qu’ils arrêtent de poster leur avis bancales.

    1. « Michel les prix bas » tu parles de l’avenant et délicat Michel « Bon-Accueil », dans son grenier juste derrière Parallèle ?

      Pour le shop de la rue saint keke, ils existaient bien avant le label, et même si ils écoulent toute la camelote du baron, ils sont toujours bien achalandés en bonne musique.
      Faut l’savoir, hein, bon, voilà….

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