Un monde qui s’écroule, un mythe qui se casse, une époque qui s’achève : retour sur ces concerts où vous auriez mieux fait, au final, de ne pas aller.

On va vous la mettre à l’envers. On explique. La plupart du temps, on vous dit de sortir de chez vous et d’aller à des concerts. Mais là, c’est tout l’inverse.

D’abord, un peu de prévention. On est tous fan d’un groupe qu’on a vraiment envie de voir sur scène. On l’aime ce groupe, on connaît toutes les chansons, l’histoire, les meilleures anecdotes. Putain, il passe bientôt en France. Merde, c’est à Paris. Pas grave, on y va. Hôtel réservé, billets en poche grâce à un pote qui a rafraîchi la page de Fnac Spectacle toutes les trente secondes et on se prépare lentement, mais sûrement pour une nuit d’anthologie. Sauf que là, le concert est une grosse déception. Rien de va et tout fout le camp : tous les souvenirs, la fascination que l’on peut avoir, tout ce qui peut faire que ce groupe, on le préfère à presque tous les autres. Bref, c’est un monde qui s’écroule, un mythe qui se casse, une époque qui s’achève.

« Je ne vais pas payer aujourd’hui 100 livres pour être déçu. Je vais regretter d’avoir dépensé autant d’argent et je serai dépité ! »

Et là, on pense à tous ceux qui vont voir les anciennes gloires (pourquoi ?), à ceux qui seront à l’Olympia pour écouter Alex Turner des Arctic Monkeys ne pas chanter Mardy Bum (c’est con, vous l’attendiez avec impatience) et à ceux qui dépensent des sommes exorbitantes pour un groupe qui n’en vaut pas ou plus la peine. On ne peut toujours l’anticiper. Mais il existe un moyen de se préserver. Robert, un Écossais d’une cinquantaine d’années, raconte sa technique. Pour résumer, il ne se laisse pas emporter par ses vieux souvenirs, au contraire : « Par exemple, il y a les Rolling Stones qui vont passer à Édimbourg et Roger Waters à Glasgow. J’ai des super souvenirs des Stones en 1981, ça m’avait coûté 4 livres 50 et on était 3 000. Pareil pour Pink Floyd à Earls Court à Londres pour dix livres. Je ne vais pas payer aujourd’hui 100 livres pour être déçu. Je vais regretter d’avoir dépensé autant d’argent et je serai dépité ! Ça va juste gâcher mes souvenirs. »

Il est bien là l’enjeu : aller voir un groupe qu’on admire, et surtout si les membres ont plus de 60 balais, est une prise de risque presque inconsidérée. Les chances que vous ressortiez plus bas que terre sont plus que probables. Alors faites comme Robert : réfléchissez-y à deux fois avant de prendre vos billets. On sait, c’est pas facile à accepter. Et si vous hésitez, lisez ces témoignages de déception.

Hadrien : « J’avais mal au fion et au portefeuille »

« Alors mon pire concert, celui qui m’a vraiment fâché, c’était Brian Jonestown Massacre au Bataclan, en 2008. Newcombe venait de sortir son album le plus foutraque « My Bloody Underground », poubelle absurde et déconstruite quoique fascinante.

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« Si je ne me trompe pas, ça ne roulait pas fort dans la vie du bonhomme et il forçait sur la bibine. Complètement dans la déglingue, Newcombe a massacré ses morceaux, maltraité ses musiciens et ses roadies. Il a passé la moitié du concert sur le côté de la scène, à la limite des coulisses, à scruter son groupe décontenancé jouer sans lui ses morceaux en instrumental, et ce, très salement. J’entendais des personnes satisfaites dans le public qui trouvaient que le spectacle était un « vrai moment de rock ». Pour ma part, cela a été un concert lamentable, une gigantesque déception, qui validait le portrait caricatural du célèbre mais très mauvais documentaire Dig! Venu de Metz pour ce concert, j’avais mal au fion et au portefeuille.

J’ai revu Brian Jonestown Massacre à la Rodia (Besançon) en 2014. Le concert a été magnifique, lumineux, intense et à la hauteur de l’objet de culte du groupe. Newcombe, sobre et apaisé, semblait avoir fait la paix avec le karma. »

Brice : « Gyneco n’est pas l’homme fidèle à son public, comme il le prétend »

« Le concert de Doc Gynéco il y a deux à Angers ! J’avais été voir 3 concerts de rappeurs français (Nekfeu, Oxmo Puccino, Vald) dans l’année avant ce fameux mois de mai 2016, et j’attendais particulièrement celui du Doc que je saignais depuis des mois. Malheureusement, l’artiste n’est pas l’homme fidèle à son public comme il le prétend, puisqu’il avait oublié de mettre son corps sur le bouton « ON ». Il prenait que très rarement son micro pour faire semblant de chanter et laissait la quasi-intégralité du chant à son backeur ».

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« Par contre, il a flatté son ego en s’autorisant de nombreux bains de foule. Une fois le concert fini et moins d’une dizaine de selfies, il retourne dans son bus, tout en promettant qu’il en redescendrait pour rencontrer ses nombreux fans ayant fait le déplacement. Une heure d’attente dans le froid plus tard, résultat ? Deux filles sont montées dans le bus et je suis rentré chez moi, histoire d’oublier ce mauvais moment ».

Valentin : « Rien à faire, je me suis fait chier.« 

« Vers 2009, j’avais développé une fascination pour Godspeed You! Black Emperor. Un bon timing pour les découvrir puisque qu’ils ont mis fin à leur hiatus en 2010 et annoncé une tournée. J’étais prêt à faire le déplacement, de Lille à Paris, ce qui à l’époque, avec mon budget d’étudiant, était presque un suicide financier. Avec un ami, on a pris nos places avant même de savoir où on allait loger.

Puis le concert est venu. C’était à la Villette. Autour de moi, c’était comme une messe. Les gens fermaient les yeux comme s’ils étaient en transe. J’aurais bien voulu en être. Rien à faire, je me suis fait chier. J’exagère : tout le concert n’était pas pénible, mais c’était incroyablement long (2 h 30, dans mes souvenirs) pour rester debout à écouter ce qui était, la plupart du temps, du drone dans le noir quasi-complet. J’ai fini par m’asseoir par terre, en attendant que ça finisse.

Je les ai revus en 2013 à la Route du Rock : même impression. Sur scène, je vais préférer l’énergie déployée par le groupe. Et donc un concert punk de 30 minutes d’un groupe que je trouve moyen sur CD va parfois m’apporter plus de plaisir qu’un concert d’un groupe que j’admire, mais qui joue quelque chose de plus – je n’aime pas ce mot, mais à défaut – contemplatif. »

Luke : « Dylan, sa voix était inaudible. »

« En 2004, on m’a offert des billets pour aller voir Bob Dylan au festival The Fleadh Festival à Londres. Je n’ai pas hésité une seconde : un billet gratuit pour voir une icône sur scène, le tout arrosé d’un pass « Magners » qui nous permettait de picoler et manger à l’œil. On a regardé The Charlatans (pas mal), Counting Crows (bof) et quelques autres groupes irlandais moins connus en attendant l’attraction de la soirée ».

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« Quand le groupe arrive sur scène, je suis assez loin et je distingue mal les musiciens. Je ne sais pas trop si Dylan est réellement sur scène ou pas. Après quelques chansons de mauvais blues, je réalise que le mec tout à gauche de la scène, un chapeau sur la tête et assis à son piano, est Bob Dylan. Sa voix était inaudible et les chansons tellement différentes des originales qu’on n’arrivait pas à les reconnaître. Après 10 chanson, il a salué la foule, mais dans l’ensemble, il avait l’air de s’en foutre. Je suis rentré déçu même si on peut dire qu’un vrai artiste se moque du regard des autres et de ce qu’ils pensent. Si vous allez voir Dylan, c’est à vos risques et périls ».

Anne-Laure : « Nous voilà devant un Renaud Affaibli »

« Ma plus grosse déception en concert, c’était Renaud lors de sa dernière tournée. J’ai eu « la chance » de pouvoir assister à son concert en avril 2017.  J’attendais avec impatience ce concert. Voir enfin cet homme, qui a bercé mon enfance, avec ses chansons, sur scène. Mais là, désillusion totale… Nous voilà devant un Renaud affaibli (à cause d’une soit disante rhino-pharyngite), qui tient difficilement debout. Heureusement, le public était là pour chantonner. Je suis partie au bout de 20 minutes, c’était intenable pour moi. Je ne voulais pas garder cette mauvaise image de lui ».

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