Demander à un artiste de se définir en 8 morceaux et de tapoter dans la foulée une représentation de soi sur un clavier à touches sans vie est un exercice de style pour le moins d

Demander à un artiste de se définir en 8 morceaux et de tapoter dans la foulée une représentation de soi sur un clavier à touches sans vie est un exercice de style pour le moins difficile. Pour ne pas dire une mission impossible. Aujourd’hui My Girlfriend is Better than Yours, jeune duo Parisien, originaire de nulle part (Paris).

Travelling avant, travelling après, chant-contrechamp, Pop’n’Roll & mélodies qui font mouche (ou sauterelle) au programme de ce nouveau self-portrait. Autoportrait avec de la poésie dedans, un petit chevalier pas encore très grand et une tête avec 2 coeurs pour le prix d’un par My Girlfriend is Better than Yours.

AUTO PORTRAIT = CINEMA les ptits gars

« Ah mon dieu, y a-t-il des lecteurs qu’on est censé tenir en haleine ? (J’ai peur)

Auto = voiture

Portrait = peinture

Voici donc notre Ferrari rouge imaginaire sur laquelle on ne fantasme même pas, d’ailleurs c’est pas une voiture, c’est un cinéma :

Voiture = mouvement

Peinture = image

Auto + Portrait = cinéma

Il était une fois…

Ils sont deux mais ne font qu’un pour l’occasion. Le petit chevalier, par exemple, pourrait être ce corps à deux têtes; à deux cœurs.

C’est un temps présent, un temps d’apocalypse comme à chaque début de siècle (historiens s’abstenir de vos commentaires négationnistes).

Les arbres font toujours danser la lumière pâle de ce début d’automne. Et le bitume ne craquèle pas sous les pieds de notre petit chevalier, qui n’a plus de cheval depuis que le vélo existe et le skateboard aussi. Il ressemble à un enfant qui n’a comme parents que les fantômes d’un autre temps. Et comme descendants que les projections colorées d’un futur venant.

Orphelin et anarchiste comme le sont souvent les enfants tristes. Il n’arrache plus les ailes des mouches, il ne plante plus d’épingle dans les sauterelles qui gigotent encore (prétextant une esspo d’hixtoire naturelle payante pour la famille sauf les aveugles évidemment).

Assis au bord du fleuve qu’on appelle communément Le Fleuve de L’aussi infinie qu’ incommunicable Solitude, le petit chevalier fait des bulles.

Il y a soudain sur l’eau sombre un mouvement qui fait onduler même l’obscurité.

Rapide comme l’éclair, le petit chevalier nu comme un ver, va sauter. Le soleil se pointe entre le béton qu’on a oublié qu’il était là tellement on l’a vu et les troncs d’arbres qu’on a oublié qu’ils sont en bois les arbres.

Le petit chevalier a disparu comme il était venu.

Les micros bulles de lumière se forment à la surface et les poissons même curieux se sont tous cachés pour regarder. A la rencontre des sirènes qui chantent le petit chevalier n’a plus peur de rien. Il s’est habillé de cette eau et, de son grand manteau il remonte le cours, effrayant tout animal aquatique à sa vue.

Le petit chevalier n’a plus peur car c’est lui qui est devenu la peur.

Les sirènes sont amoureuses et les brochets effrayés.

Lorsqu’il se réveille la joue gelée par la rosée du matin, le petit chevalier n’a plus peur de rien, et surtout pas de lui-même.

Il a retrouvé son cheval bleu, et sur le bitume qui n’a toujours pas craqué sous ses pieds, il avance avec cet air dans la tête :

Je suis le Petit chevalier

Avec le ciel dessus mes yeux.

Je ne peux pas me effroyer.

Je suis le petit chevalier.

Avec la terre dessous mes pieds.

J’irai te visiter, j’irai te visiter.

Et nous irons vous visiter. »

La Playlist de My Girlfriend is Better than Yours

Nico (& son fils) – Le Petit Chevalier (Desertshore, 1970)




Il y a une chanson qui m’a marqué à l’adolescence, c’est celle-ci. Le petit chevalier c’est le fils de Nico, qui a tout juste l’âge de raison. Je me dis qu’il comprend les paroles et que c’est un sacré cynique pour la chanter comme ça, l’air de rien. C’est une chanson du réconfort de la terreur. Nico, c’est un peu la terreur, son fils, le réconfort. C’est une petite ode à l’imaginaire qui sauve de tout même du pire. D’où l’emprunt du titre et du personnage pour l’une de nos chansons sur notre Ep Foreplay (sortie le 12 octobre).

Wendy Rene- After laughter (Comes tears)




Je ne pouvais pas ne pas mettre cette sublime chanson, grande époque Motown, de cette trop oubliée magnifique Wendy Rene. C’est la plus connue, mais ses autres titres ne sont pas moins intéressants. Tous ses « single » (car ils n’existent originellement a priori qu’en 45 T) sont des petites perles soul. Et pourtant, Dieu sait que je préfère la sécheresse du rock’n’roll. Mais après les rires viennent les larmes, quand on rigole trop on le sait bien, on pleure de rire (parfois même on en meurt).

Animal Collective – Banshee Beat (Feels, 2005)




A part le fait que j’aime à peu près tout de ces animaux-là (le grand ours Panda y compris). A partir de 2:08, cette chanson décrit parfaitement la montée de l’orgasme féminin (à peu de chose près). Mais c’est très personnel bien sûr. Je me disais un jour, j’écrirai un livre : « Comment choper une meuf fastoche avec des mises en œuvre ultra complexes ». Ce sera un peu élitiste mais très utiles aux garçons moches et géniaux (les beaux savent très bien tirer leurs épingles du jeu).

Beach House – Gila (Devotion, 2008)




Pour finir sur une note féminine et plus récente surtout, Gila est l’un de mes coups de cœur scénique de cette année. Ce groupe a trouvé une façon de faire sonner trois instruments ensemble (orgue, guitare, voix) de façon hallucinante. Tout leur son vient de là. Ils ont un son, sur scène c’est encore plus évident. Et ce n’est quasiment jamais donné à un groupe actuel.

Kraftwerk – Ohm sweet Ohm (Radio Activity, 1975)




« Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître…». Bon ok, moi non plus je n’ai pas connu l’effervescence de l’arrivée des synthés et des possibilités innombrables qu’ils offraient. Quand j’ai découvert les synthés, il y avait des sons trompette, des sons basse déjà programmés et on trouvait ça génial avant de se rendre compte que c’était moche (enfin je me comprends). Quand j’écoute les morceaux de Kraftwerk j’ai l’impression d’écouter des enfants jouer avec leurs nouveaux jouets, ceux qu’ils ont eu à Noël. J’aime leur naïveté, cette faculté qu’ils ont à essayer de reproduire des sons de voiture, d’explosions avec le nouveau Moog. Ce morceau est particulier pour moi. Bien qu’il contienne l’archétype du son Kraftwerk (voix robotiques, boite à rythmes, FX de synthés), il est différent. La structure harmonique d’abord fait référence à l’héritage classique européen. Il y a cette grille surprenante à plusieurs accords (plutôt rare chez Kraftwerk). Il y a cette entrée de son de flûtes-mellotron avec ses accords diminués. Ohm sweet ohm, c’est une mini-symphonie. Une symphonie électronique où les robots deviennent humains. La voix vocodée se transforme en son de flûte et le robot définit ce que devrait être l’humain : sensible et répétitif.

Michel Legrand- De Delphine à Lancien (Les demoiselles de Rochefort, 1967)




J’ai découvert Michel Legrand à travers Jacques Demy. Pour mon Bac Lettres-Cinéma j’ai étudié Les parapluies de Cherbourg, puis vu Les demoiselles de Rochefort (dont est extrait ce morceau), Lola, La baie des anges… Comment voir Demy sans être happé par la musique de Michel Legrand. Tout est y fabuleux : les mélodies sur 3 octaves, les changements d’accords inattendus, les arrangements ciselés mais aussi les textes de Demy car larguer son mec avec une telle classe, ce n’est pas donné à tout le monde.

« Comme se type doit m’aimer vu qu’il m’a inventé »

Todd Rundgren- Zen Archer (A wizard/A true star, 1973)




Pour moi, Todd Rundgren est le grand oublié des années 70. Pourtant ce mec est un génie, peut-être même le génie quand on écoute ce morceau. Oubliez Wilson et les autres. En 73, Todd sort A wizard / A true star et tout est dit. Qui peut faire plus riche ? Qui peut faire plus psychédélique ? Qui peut faire plus libre ? Il a fait ce disque quasiment tout seul à ma connaissance et chaque chanson est une symphonie loufoque, où tout les sons sont nouveaux. Et puis, il y a ce solo de sax fou. Oui je sais que ça fait rire un solo de sax normalement. Ca nous rappelle les voyages en voiture avec nos parents qui mettaient invariablement Supertramp avec le lourdeau au sax. Ou alors, on se souvient des films érotiques de M6 et du sax langoureux. Mais là, non ! Ce solo c’est un cri transpercé par des flèches électroniques avec une batterie qui veut t’exploser les tympans.

Charles Mingus- Moanin’ (Blues & Roots, 1959)




C’est quoi le rock ? Le rock c’est Charles Mingus ! Rangez vos guitares électriques, revendez vos distos et achetez Blues & Roots ou Ah Um ou n’importe quoi de Mingus d’ailleurs.  C’est gras, c’est sauvage, c’est sale. J’aime comment Mingus surcharge l’espace sonore, comment il pousse, comment il crie pour que ces musiciens jouent plus fort, plus vite, plus rock.

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