Demander à un artiste de se définir en 8 morceaux et de tapoter dans la foulée une représentation de soi sur un clavier à touches sans vie est un exercice de style pour le moins d

Demander à un artiste de se définir en 8 morceaux et de tapoter dans la foulée une représentation de soi sur un clavier à touches sans vie est un exercice de style pour le moins difficile. Pour ne pas dire une mission impossible. Aujourd’hui place aux Da Brasilians, un quintette Parisien originaire de Saint-Lô (France, je crois). Capoeira Californienne, Folk’n’roll  & mélodies ensoleillées au programme de ce nouveau Self-Portrait. Autoportrait haut en couleurs et un peu olé olé (surtout vers la fin) par les Da Brasilians.

« Il y a quelques années, nous autres Da Brasilians, sommes partis fouler le sol californien pour découvrir tous ces lieux que nous avions rêvés et imaginés pendant notre adolescence : les spots de skate des vidéos de la Bones Brigade, Santa Cruz et autres New Deal mais aussi tous les lieux mythiques du rock des 60’s et 70’s : Sunset Boulevard, Laurel Canyon, le désert du Mojave, Big Sur…

A Big Sur justement, nous sommes partis sur cette petite île qui se trouve face à la côte. On y accède facilement avec un bateau en moins d’une heure. Aucunes voitures, quelques maisons, une végétation sauvage, de belles plages. L’air était chaud. Sur une plage on a rencontré Anna, une belle femme pas loin de la cinquantaine avec une dégaine un peu ridicule genre vieille hippie. Elle portait des colliers de coquillages très cool et elle nous a invités chez elle. On a passé la nuit dans une chouette maison face à la mer avec du bois partout, des cartes maritimes aux murs, des instruments de navigation, on se serait cru à bord d’un bateau, le ciel étoilé était immense. Et puis il y avait un piano et des guitares. Au fil de la soirée on a discuté de notre voyage et elle nous a raconté ce qu’elle appelait ses ‘Golden Years’, la fin des 60’s et le début des 70’s. Elle avait connu tous ces mecs qu’on adore, les Byrds, les gars du Buffalo Springfield, Gram Parsons, Dennis Wilson… Elle en avait même connu certains intimement. Du coup ça a duré des heures, elle nous a raconté les séances d’enregistrement, les soirées chaudes, les prises de têtes entre musiciens, les concerts… On écoutait presque religieusement, l’herbe était douce à fumer, le vin délicieux et les disques de cool-jazz défilés. Nous les petits frenchies vivions notre californian love. D’ailleurs certains d’entre-nous, je ne sais plus qui, ont dû passer un peu de temps avec elle dans sa chambre…

Bref à l’aube, au moment précis où le fantasme (la nuit) et la réalité (le jour) se rejoignent, on était tous les cinq Da Bras’ rassemblés sur la terrasse, et les guitares à peine empoignées, Rémi s’est mis au piano et les accords de Million miles sont restés suspendus dans l’air. Comme ça. Et en l’espace de trois minutes, les harmonies vocales trouvées, la chanson s’écrivait face à l’océan et au soleil qui se levait. Ne restait plus qu’à poser quelques phrases simples que notre voyage et cette soirée nous avaient inspirées.

Evidemment les amis, la vraie histoire de Da Brasilians commence aujourd’hui et celle-ci un peu exagérée, mais bon, ça reste entre nous… »




La playlist des Da Brasilians

Crosby, Stills, Nash and Young- Helplessly hoping:

Une pure merveille tant au niveau de la composition que des arrangements : une discrète guitare en arpège qui met en valeur les harmonies vocales célestes.  Quand on écoute ce titre on a vraiment l’impression d’être à Woodstock. En réalité, elle a été écrite bien après mais c’est un grand classique auquel personne ne peut rester insensible. Une vraie claque pour nous quand on l’a découverte.

Fleet foxes – Tiger Mountain Peasant song-2008:

L’album tout en entier et cette chanson en particulier est extraordinaire, reverbs énormes, chœurs divins, mélodies riches et complexes, batteries psychédéliques… bref, tout ce qu’on aime. Enfin un disque récent que l’on peut écouter en boucle sans se lasser. Au contraire, à chaque fois on y découvre quelque chose de nouveau qui nous avait jusqu’alors échappé. Ils sont en concert en septembre à Paris…Tous les membres du groupe ont déjà pris leurs places !

The Temptations – Ain’t no sunshine (Bill Withers):

Une reprise incroyable du classique de Bill Withers découverte par hasard dans la boutique de vinyles du 18ème (exodisque). Le morceau dure 7 minute 30 et il est construit par paliers successifs plus extraordinaires les uns que les autres : une espèce de remix avant l’heure… les sons (basse, guitare, orgue, batterie) et les voix sont à tomber par terre. Impossible pour nous de faire ce self portait sans évoquer la musique noire des seventies : The Impressions, Marvin Gaye, The Supremes, The Isley Brothers, Syl Johnson, The Jackson 5, Barry White, Isaac Hayes,  etc…

De La Soul – Say No Go:

En 1989 le rap était considéré comme un truc violent et pas facile d’accès pour des blancs becs comme nous de Saint-Lô… ces 3 mecs arrivent avec un titre et surtout un album ultra frais et pop: “3 Feet High & Rising”. Le clip était mortel car il y avait des images de skate et nous à l’époque on faisait du skate et on en voyait peu à la télé. Le sample de Hall & Oates est aussi mortel. Cette dimension mélodique et pop, cette pochette hallucinante pour un LP de hip hop à l’époque, sont des éléments fondateurs de notre amour de la musique. Cet album est un classique comme le Revolver des Beatles.

Phoenix – Too young:

Enfin un groupe français qui sortait un superbe album et qui pouvait rivaliser sans problème avec les anglais et les américains. Ils ont créé un son et une identité qui influence tout le monde encore aujourd’hui. Ce titre (mais aussi tout l’album United) est délicieux et aussi cool car ça flirtait légèrement avec le mauvais goût (avec ces riffs de synthé genre Alright de Christopher Cross) et on aime ça.

Teenage Fanclub – The Concept:

La mélodie, les paroles, les harmonies vocales.. l’album Bandwagonesque est un album qui nous a pour la 1ère fois de nos vies d’adolescents, sensibilisés aux mélodies et aux harmonies vocales. A l’époque si tu voulais découvrir des groupes dans la lignée de Nirvana, tu avais la branche grunge metal avec Pearl Jam, Soundgarden… et la branche indé avec Teenage Fanclub, The Pastels, Pavement… pour nous c’était clair… ce groupe nous a ouvert aux Beatles, aux Beach Boys, à Gram Parsons. Là aussi la fraîcheur est le mot qui correspond le mieux.

Peter Paul and Mary Don’t think twice, It’s all right (Bob Dylan)

Le père de Rémi avait pour habitude de jouer Don’t think twice, It’s all right, au piano dans une version très Nouvelle Orléans : « Je crois que c’est Dylan …»  Il ne savait plus très bien et peu importait d’ailleurs. Il la jouait en la réinventant comme n’importe quel autre standard de Jazz et c’était cool. Un vrai classique c’est ça, et tant pis pour Dylan ! Nous, on en collectionne les versions avec les gars :  Frabou en a une superbe de Nick Drake je crois. Puis un jour, Charlie nous a fait découvrir l’interprétation à trois voix de Peter, Paul et de Mary : un choc pour les Brasilians !  C’était de loin bien mieux que Dylan, même le “picking” etait mieux ! Appréciez aussi le veston, le sous-pull, les moustaches, et puis la grande tunique jaune cocu de Mary.

Carole King – Tapestry :

Comme ça manque un peu de fille dans ce portrait, en voici une, et une avec une voix ! Oui Carole King, c’est d’abord une voix discrète, généreuse et émouvante à la fois. Un truc magique qu’elle maîtrise à la perfection, c’est facile pour elle et ça s’entend. Mais c’est aussi une compositrice pleine de style qui utilise ces harmonies si propres à son époque et à la Californie. Des accords subtils, souvent joués au piano, qui nous rappellent les génériques de certaines séries américaines. Ces mêmes accords qu’utilisent parfois Burt Baccharah, et tous ces pionniers de la grande variété américaine des années 70, une musique complexe, cultivée et populaire. La grande classe.

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