J’avoue que durant toute leur période d’activité, 1983-1989, l’existence de Seconde Chambre m’avait totalement échappé.

J’avoue que durant toute leur période d’activité, 1983-1989, l’existence de Seconde Chambre m’avait totalement échappé. Il a fallu attendre cette réédition de leur discographie, Victoires Prochaines 83-89, pour que je comble enfin cette lacune.

Il est vrai qu’à l’époque, les membres de Seconde Chambre étaient plus préoccupés par la cueillette des champignons que par leur carrière… Ils font partie de ces groupes qui ont vécu les eighties dans la brume (du reste, le label à l’origine de cette ressortie s’appelle Brouillard Définitif).

Pourtant, si, par son attitude, Seconde Chambre a délibérément bousillé ses chances de succès, ce ne fut jamais au détriment de la musique, toujours à la hauteur de ses ambitions. Sans quoi nous ne prendrions même pas la peine d’en parler…

En 1986, un certain Théo Hakola, alors chanteur de Passion Fodder, remarqua leur potentiel et tenta de les enrôler sous la bannière Barclay afin de les produire. Les fiers angevins refusèrent. Ils n’aimaient guère les productions d’Hakola et on les comprend. Ils retournèrent donc à leurs champignonnières hallucinogènes. Hakola, quant à lui, repéra un autre petit groupe, originaire de Bordeaux, cette fois. Il les signa et Barclay n’eut guère à le regretter… Le groupe s’appelait Noir Désir.

Si en matière de psychotropes, Seconde Chambre poursuivit son apprentissage avec succès, leur carrière stagna quelque peu, médiatiquement et commercialement parlant. Le mot « compromis » était bel et bien absent de leur vocabulaire. Quand on écoute ce double CD qui rassemble la totalité du matériel enregistré par le groupe, on n’est pas franchement dépaysé : pur new wave eighties. C’est exactement le son des groupes de 2009, sauf qu’ici, on a affaire à l’original.

On croit reconnaître ici une guitare cristalline à la Tom Verlaine, là une batterie emballée empruntée à Killing Joke, un arpège sorti du premier Velvet, de longues digressions instrumentales et instruites façon Doors, une reverb que ne renierait pas Alan Vega… Pas étonnant que Hakola ait été emballé. Même si, de l’aveu même de Jean-Pierre Théolier, chanteur et guitariste du groupe : Seconde Chambre n’aurait jamais pu prétendre au succès de Noir Désir. Trop de défonce… Trop branleurs.

L’ambiance générale de cette compilation est ténébreuse, il va sans dire. On est ici dans les années 1980, le sourcil est charbonneux, autant que l’âme est tourmentée et le neurone saturé de mauvaise dope.

Ce qui démarque Seconde Chambre des groupes de son époque, c’est son psychédélisme. Et pas seulement à cause des champignons… D’ailleurs, Jean-Pierre Théolier définit la musique du groupe comme psychédélique. Et le terme n’est pas usurpé. Seconde Chambre n’hésite pas à plonger tête la première dans l’inconnu. Je décèle aussi, ici et là, une tentation indus voire bruitiste. De quoi faire passer Sonic Youth pour ce qu’ils sont : les Rubettes des années 1990. Aux dernières nouvelles, les champignons ne seraient plus ce qu’ils étaient. Reste cette compilation, disponible chez tous les bons dealers. Un trip qui vous coûtera juste un peu de votre santé mentale. Rien d’autre.

http://www.myspace.com/secondechambre

Comble des coincidence, hasard de la contre-culture, Mr Ig, toujours dans les bons coups, avait aussi son avis sur la question Seconde chambre. Parce que sur les affaires minimales, deux avis valent mieux qu’un, « Seconde chambre, seul contre tous », c’est ci-dessous, pour le bonheur de quelques lecteurs.

Ce sentiment d’être seul au monde. Seul contre tous. Dans un univers glacial, passéiste et masochiste où la supériorité d’un élitisme malveillant m’arrache un cœur encore sanguinolent. Je ne tombe pas dans le délire de la kabbale anti-consommation, le pétard à la gueule, révolution en tête, rouge sang dans les urnes. Non, juste le privilège narcissique de décimer la bouse éclectique et honorer les grands oubliés. Ceux par laquelle la musique se crée. Les mouvements se dessinent. La décadence puritaine s’invente.

Car Seconde Chambre mérite notre élitisme putassier, je m’incline pour applaudir. Ma pauvre adolescence, mortelle et bouseuse dans son grunge suicidaire, la diarrhée chienne d’une génération sacrifiée. Il me faudra ainsi quelques années pour oublier. Blâmer. Hurler. Insulter. Puis un beau jour, mon regard s’est détourné. J’ai arrêté de gaspiller ma salive contre ses enfants de Satan pour, enfin, transformer mes défaites en « Victoires Prochaines». La lueur glaciale du sacrifice, la révolte fataliste d’un groupe sans époque. Sans nom propre. Entre français et anglais, la réédition « baise-touffe » de Seconde Chambre est un trou noir. Un vortex, une Dolorean volante qui me fait dépasser les 188 miles à l’heure pour enfin me retrouver. Et délaisser notre merdouse contemporaine, celle que l’on défend et crée de nos mots, pour un retour fracassant à la réalité vrai. Une new-wave dégradante qui s’automutile. Une profondeur d’écriture rarement égalée et cette voix. Cette voix à l’allure bancale qui nous harcèle.

De simples ressentis pour un papier bourré de superficialité.

Comparer Seconde Chambre serait une erreur. Comme la redite magistrale d’un Daydream Nation live, ce même sentiment pugnace qui m’habite à chaque tour de pistes. Un esprit participatif (FRA..TER..NI..TE). Collaborer ne serait-ce que par une simple écoute à l’émancipation géniale de talents d’un autre monde. D’une autre époque. Sans se barricader froidement dans le bunker du tout-analyse, de la chasse aux influences, de la course à l’historique wiki. Juste ressentir une force éparse, seul dans « une ville tranquille » et oublier tes qualités pour exacerber tes défauts. Pour que la pute narcissique qui rôde, celle qui trainasse, nique et se saoule à tes dépends détruise tes amis pour sucker tes ennemis. Seconde Chambre ne cesse de gêner, heurter, blesser. Et que la douleur est intense. Une intensité rare.

Nos victoires se ternissent de leur malhonnêteté et notre regard, vide de sens, élitiste et putain vient vomir sa décadence sur une réalité bien à elle. C’est à eux seul de venir me libérer. Pour qu’enfin, mes mots se déchargent de bon sens et s’enterre, égoïste que je suis, seul dans un génie inconnu. Celui de Seconde Chambre.

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18 commentaires

  1. Je suis danseuse chorégraphe contemporaine et cherche musicien- ienne intéressé-e par la mise en scène de danse ayant un certain intérêt pour le travail du corps et inspiration littéraire , références musicales;
    Tuxedomoon Sonic youth,laurie Anderson , Brian Eno,Glen Branca
    Kapser T.Toeplitz… cela peut être un soliste avec effet, guitare , violoncelle, contrebasse.
    merci sinon envoyez moi vos infos cela m’intéresse.
    Bien à vous,

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