Il y a toujours quelque chose d’un peu suspect chez les fans de Nick Drake. Une certaine arrogance, une prétention bourgeoise à militer pour la bonne musique d’appartement, un parfum de quatre clefs Télérama à vous donner envie de leur enfoncer « Five Leaves Left » dans les gencives en mode chef Raoni pour calmer leurs ardeurs de dépressifs du dimanche. Rien de tout ça chez Sam Amidon.

Bright-Sunny-South-600x533Pourquoi vous parler du grand échalas décédé à cause d’un antidépresseur – ses fans devraient en faire autant – à l’âge de 26 ans pour aborder le septième album de Sam Amidon, américain autant inconnu de ce coté de l’Atlantique que de l’autre ? Parce que la musique qui s’échappe de « Bright Sunny South » a plus d’un point commun avec la musique de Drake, sans pour autant donner envie de se pendre au bout du troisième accord comme ce fut le cas pour trois générations de midinettes ayant à elles seules renfloué les caisses de l’industrie du mouchoir.
Avant de pousser plus loin dans l’analyse de ce disque, encore quelques clichés. Un mec en T-Shirt qui joue du banjo, c’est aussi sexy que Jackie Sardou en guêpière. C’est pourtant le quotidien de Sam et la pochette de son nouveau disque ne convaincra certainement pas les fans d’EdBanger qu’il existe une vie en dehors des boites de nuit de province où l’on finit toujours, fatalement, par serrer la grosse qui reste en fin de soirée. Ayant étrillé une à une toutes les images d’Epinal et après avoir passé tous les poncifs au Karcher, on peut désormais creuser jusqu’à l’os, soit précisément l’endroit où Amidon puise pour composer ses comptines à la fois naturistes, honnêtes, sans artifices. « Bright Sunny South », comme les disques de Nick Drake, est un disque de dimanche. Et dieu sait qu’ils sont rares à pouvoir prétendre à tel honneur, le jour du Seigneur étant comme on sait réservé à Turbo, Téléfoot et autres messes qui trop souvent éloignent du principal : le dépouillement.

C’est justement de ce coté qu’il faut chercher pour comprendre « Bright Sunny South », album de folk anglaise invoquant l’esprit de Bert Jansch pour souffler sur la Lande et les grands espaces ; c’est à la fois terriblement surprenant de la part d’un amerloque ayant émigré à Londres – il est marié à Beth Orton, mais également apaisant en ces temps où le moindre bruit de canard en plastique s’avère prétexte pour un album, où le premier couinement de guitare saturée fait des plus endimanchés des dieux vivants. Sur « Bright Sunny South », encore une fois, l’ascèse est de rigueur. Une voix accompagnée d’une guitare, parfois d’un piano, le tout furtivement souligné par une ligne de violon. Du silence, du souffle. Une vocalité qui non seulement rappelle Shearwater pour sa fausse simplicité, mais aussi les bluesmen casseurs de cailloux et autres fendeurs de cœurs brisés. Sam Amidon, c’est la musique de l’Amérique traditionnelle, c’est l’Amérique de Tom Sawyer et Roosevelt, la ruée vers l’or et Buffalo Bill, les chapeaux de paille et les locomotives filant à pleine vitesse à travers le grand territoire. C’est, en somme, la vision fantasmée d’un monde qui n’existe plus. Et qui, pour cette même raison, n’en finit plus d’habiter l’inconscient collectif. A la rigueur blafarde qui caractérise la folk désormais dénuée de toute prose révolutionnaire, Amidon oppose une vigueur sans fare qui prend la forme d’une lumière blanche. Certains appellent cela la foi.

Sam Amidon // Bright Sunny South // Nonesuch Records
http://www.samamidon.com/

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