Ca ne date maintenant plus d’hier : l’hiver fait autorité sur les mois d’août comme sur les dancefloors. Alors quand S.C.U.M. débarque avec une galette de pop synthétique à décongeler avant écoute, il est prudent de se couvrir de précautions. Encore des glaçons pour le dîner ? Oui encore, même qu’Again into eyes enfonce le clou dans la neige.

L’erreur serait d’y croire un peu trop. De vouloir absolument évoquer Solanas et ses ablations des valseuses pour expliquer leur petit nom, puis la photo de famille au-dessus de la cheminée avec les Horrors en guise de cousins prescripteurs, enfin la gravité dans leurs synthés et la froideur référencée dans leurs regards. D’en déduire des sentences générationnelles sur les enfants qui ricanent sur tumblr, s’enfilent par Formspring interposés puis chouinent entre les rayons chez Agnès B. C’est vrai qu’ils ne sont pas bien confortables ces bancs de la fac, on ne valide pas ses années en médiation culturelle sans se coiffer comme un enfant-lune qui bronze au cœur d’une soufflerie. Pour autant, l’erreur absolue serait de ne pas y croire du tout.

Évacuons toute gravité, ce groupe n’est pas sérieux. On pourrait prendre pour témoins leurs chorégraphies d’enfants de chœurs (brisés) sous antipsychotiques dans chacun de leurs clips gogo-poseurs. Certains titres du disque aussi. Cast Into Season ou bien Paris pour le pire. Non, je vous assure les mecs : la lenteur du supplice de la goutte d’eau n’avait pas besoin d’une transposition musicale. Même si ça fait du givre quand on souffle dessus, c’est cela. Et Faith Unfolds et White Chapel pour le meilleur. Deux titres qui assurent l’essentiel pour un disque qu’on pourra sans aucun mal dater même dans une ou deux ères glaciaires. Deux titres qui prouvent que S.C.U.M. a bien compris, au moment de dépoussiérer Nevermind pour la photo d’anniversaire, qu’on ne chantera jamais aussi bien la destruction qu’avec une embardée furieuse contre la rambarde. Je ne prends que peu de risques à avancer qu’eux aussi réécouteront Nirvana (et, dans la foulée, tout l’indie redneck de la même époque) dans les semaines à venir, et que sans doute aucun ils choisiront In Utero ou Nevermind plutôt que l’Unplugged. Question d’évidence, personne ne va à la guerre de gaîté de cœur – fusse-t-elle uniquement une histoire de représentation symbolique – mais personne n’y va non plus en se grattant la barbe comme si de rien n’était. Non, la destruction est catharsis plutôt que névrose léthargique. Stay Away fait toujours de l’effet, même après une demi-douzaine d’années de stabilisation hormonale.

Et c’est, je crois, une version plus futile encore de cette même dynamique de l’endiguement épileptique que reprend White Chapel, en clôture de l’album. Hit incroyable, inévitable tel un iceberg dans l’Atlantique nord, et crevassé comme le front plissé d’un grincheux trop chiant pour saisir ce qui se joue là. C’est quelque part, entre la naïveté sublime d’un bonhomme de neige qui a des projets pour l’été et l’infinie supercherie du bloc de l’Est, que se trouve la recette du morceau pop ultime. S.C.U.M. a trouvé le chemin avant quiconque cette année, et y a planté des crucifix biodégradables. On peut s’arrêter pour prier sans trop y croire car c’est la guerre pour quelques heures. Levez-vous donc de ce fauteuil roulant, Dr. Strangehate. Et dansons sur les bombes.

S.C.U.M. // Again into Eyes // Mute (Naïve)
http://www.myspace.com/scum1968

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