Deux hivers déjà qu'Il ne peut y avoir de prédiction sans avenir est sorti à peu près

Deux hivers déjà qu’Il ne peut y avoir de prédiction sans avenir est sorti à peu près partout. En France, sur terre et surtout dans le vide intersidéré. Silence. Happé par l’appel d’air, les lyonnais de Rien publient avec 3 l’ébauche d’une trilogie, belle comme un camion tournoyant dans l’espace.

“Rien ne se perd, tout se transforme”
Mickael Jackson, extrait de la biographie posthume “Bambi et les particules élémentaires”.

Au commencement, c’est bien connu, il y a toujours un Salaud en enfer. Nom de la première piste du nouveau disque de Rien, le titre est à l’image du groupe, fidèle à l’avant-poste, le regard droit, muet comme un cowboy. Derrière l’angoisse des nappes sous-jacentes, on devine la silhouette de Clint dans la poussière, comme dans les meilleurs westerns de Sergio Leone. A ce détail près qu’ici le synthétiseur martial balaye la pénombre, récit d’un film sans parole à la conquête des pyramides spatiales. Le décor est planté: Blade Runner VS Le bon, la brute et le truand. Putain, c’est long deux hivers, surtout quand on a personne en qui croire. Tournée de putes pour tout le monde.

“On nous cache tout, on nous dit rien. Plus on apprend plus on ne sait rien. On nous informe vraiment sur rien”
Robert, chauffeur poids lourd, en pause sur la Nationale 7.

C’est une image d’Epinal, mais chez Rien, les mots ne servent pas à grand chose. Ici comme ailleurs, Le soleil a toujours raison, la nature s’avère souvent plus forte que les meilleurs proverbes, elle reprend aisément ses droits. Au loin, on entend l’écho des moines, le râle des chrétiens à soutanes qui traversent le désert à la recherche du sacro-saint Motorhead, parfum de sable polyphonique à l’horizon, droit devant les enfants. Des mirages chargés d’électricité, la pureté de l’azur… du grand Rien sur neuf minutes d’oasis asséché par le temps qui passe. Après le big bang des guitares colt 45, une certitude: Contrairement au public, le soleil a toujours raison. Trompé par la chaleur suffocante, l’iris peine à distinguer ce qui semble être un grand disque. Correction faite, c’est juste un grand disque des petits Rien.

“Non, rien de rien, non, je n’ai besoin de rien.”
L’abbé Pierre, en pèlerinage chez Conforama-les-Bains.

00.41. Une illumination. La grande force des blockbusters médiévaux, c’est le Masterkraft. Ces bandes-sons épiques qui portent l’image et les épées, la conquête des châteaux par une armée de faibles, travelling sur les corps qui tombent à terre mais refusent de mourir, gros plan sur le harnais des chevaux, luisant sous les reflets du soleil. La bataille dure des heures, cent ans, viens là que je te transperce, accord rugissant de guitare, je sens que je vais t’empaler sec, batterie mono-maniaque, tu la sens ma dague au fond de tes intestins, tressautements du rock qui agonise. Hurlement des sirènes, aboiement des cors anglais,clap your hands and say yeah, l’honneur est sauf. Et range ta bombe H, s’il te plaît, tu vois pas qu’on vient de gagner la partie? Vrombissement d’hélicoptère au dessus des meurtrières, on n’est plus à un anachronisme près dans un monde où le temps n’a plus d’importance. Apporte moi la bible, que je rajoute un refrain.

“Il n’y a rien de plus grand que l’homme, et rien de plus petit. Il n’y a rien de plus grand quand on regarde son âme, rien de plus petit quand on regarde son corps”.
Passe Partout, épître 246 ligne 2 des prophéties du Fort Boyard.

Michael Oldfield se tient sur la dune, du haut de ses six mètres, un grand V formé à l’intérieur de ses mains rougies par tant de victoires. Ca sent l’approche du générique de fin, mais une dernière danse je t’en supplie, avant le grand cataclysme et les cotillons. Flashback sur le vide et la poussière d’étoile: L’infini du cosmos est-il une invention des hommes? Nos vies valent-elle la peine, en dehors des écrans plasmas? La rotation terrestre, ça fait mal combien, au fait? Et porteras-tu demain, le bustier acheté rue des lilas? Retour au V comme Violence, le tintement des cloches tubulaires s’affaiblit et Pascal Comelade fait un clin d’oeil à l’auditeur. Puis disparait, seul dans la chanson, dans ses châteaux espagnols. C’est beau comme un poème dis, beau comme un poème dans la langue des signes.

3. Putain, c’était long deux hivers sans ta voix, deux ans à chercher le son de tes silences et de ta beauté sans make-up. Reviens moi vite, maquillée comme un do dièse, fais monter les artifices et ravive la chanson française. Qu’il ne reste rien de ton absence, que tout soit possible tant que tu n’es que Rien. Jusqu’en 2014, date de ton extinction, jusqu’au dernier disque de ta trilogie. Jusqu’à ta mort donc, et que poussière redevienne.

Rien // 3 // L’amicale Underground

En libre téléchargement sur www.amicale-underground.org
http://www.myspace.com/rienrienrien

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