Plusieurs rapports rédigés par des experts n’ayant jamais écouté les Beach Boys prévoient que la chaleur pourrait avoisiner les 50° à Paris d’ici à 2050. S’il est encore trop tôt pour savoir comment les Franciliens s’adapteront à ces températures micro-onde, on tient déjà la bande-son funk-caniculaire de la capitale transformée en Los Angeles français.
Comme les Bernard et les Jean-Paul, les Rémi font partie des grands oubliés de la pop culture. On vous laisse vérifier sur Spotify : rares sont les prénoms de ce genre à s’être frayés un chemin vers les cimes des classements. Dans le cas de Klein, échappé du groupe LORD$ (lui-même signé chez Tricatel), on n’est a priori pas trop inquiet pour la suite. Derrière la pochette-hommage de son premier album « Friend in Need », pure dédicace esthétique aux années Sun Ra, on trouve de quoi rassasier celles et ceux rêvant depuis des lustres d’un été à Paris Plages digne de l’époque où l’on pouvait croiser des escouades de rollers à Venice Beach. Désormais les Trumpistes y font des châteaux de sable en hurlant « FIGHT FIGHT FIGHT ! », mais la grande musique de l’époque 40° à l’ombre résiste bien mieux que ces discours déclinistes.
Comme Tame Impala, mais avec des vrais morceaux
Si Rémi Klein, 27 ans, impressionne, c’est parce que son drôle de parcours qui l’a autant vu jouer avec Clara Luciani que Bertrand Burgalat est cosmiquement rapide ; façon fusée de Tintin avec pour bande-son Yes, Genesis, Emerson, Lake & Palmer dans les enceintes (ses amours de jeunesse). De ces années-là, le grooveman barbu a finalement conservé très peu de choses si ce n’est la persistance rétinienne d’une Amérique west-cost rêvée; un monde imaginaire où les Beach Boys auraient pu tuer un nourrisson pour une belle harmonie et dans lequel la section rythmique de Steely Dan aurait sérieusement pu devenir une matière d’enseignement à la faculté pour éphèbes bronzés à catogan.
Cette vision idéale de l’insouciance californienne, on la retrouve au moins sur deux singles puissants extraits de Friend in Need : Marguerita, dont l’efficacité brianwilsonienne rappelle à quel point le décès du papy gâteux à 82 ans a laissé des traces chez cette nouvelle génération de vrais musiciens américains (Domi & JD Beck, Anderson .Paak, Louis Cole) pour qui la partition est un trampoline à double croche funk ; et Escalator, petit tube parfait pour les Français fantasmant la remontée des Champs-Elysées hollywoodien, keytar en main.
Klein, tout sauf un bleu
A propos de son propre disque, Rémi confie qu’il « espère avoir réussi à faire un album qui lui aurait plu s’il l’avait écouté à 15 ans ». On ne sait pas pour lui, mais pour l’auditeur, « Friend in Need » sonne comme l’une des vraies premières réussites de son californien transposé sur notre territoire ; une parenthèse exigeante où chaque titre rappelle que Todd Rundgren et les Sparks sont encore en vie et que cet esprit pop caniculaire constitue la parfaite bande-son pour des compilations telles qu’on aurait pu en trouver dans les stations Esso à la fin des années 70.
Rémi Klein, de ce point de vue, ravive le souvenir d’une Amérique perdue depuis longtemps et dans laquelle on pourra venir se coincer comme à côté d’un vieux doudou déchiré, mais sans nostalgie aucune, et avec l’ambition de redessiner les contours d’un bel été made in France avec l’assurance de bonnes vibrations pour qui souhaitera troquer les vieilles figures de la sunshine pop contre 36 chaudes minutes de canicool.
Remi Klein // Friend in Need // Tricatel
durera t’il 80 (printemps) rock
« Amérique west-cost rêvée » : la relecture de vos articles est toujours low-cost, elle.