Le talon d’Achille de PJ Harvey réside-t-il sous ses aisselles épilées ? Beth Ditto est-elle meilleure en grosse chanteuse, ou en VRP des défilés Weight Watchers ? The Slits sont-elles au punk féminin ce que la Corona est à la bière ? Et si Pylon avait connu le succès en 1980, le mur de Berlin serait-il resté en érection ? A sa façon, le premier album des trois Anglaises ne répond à aucune des questions suscitées mais permet, une fois de plus, de sortir les femmes de l’arrière-cuisine. Et si être rock en 2011, c’était surtout ressembler à trois lesbiennes fringuées comme des sacs ?

La première chose qui frappe, à l’écoute du sempiternel premier album éponyme enregistré dans une ferme anglaise, c’est que le trio de l’Essex n’inspire pas franchement la reproduction. Pas de sourire plein cadre, des guitares en bandoulières, trois amazones littéralement mal baisées qui ont troqué les pancartes contre une série d’accords qui évoquent, au hasard, Patti Smith avant la ménopause – ou après, mais sans les longs monologues du vagin -, Polly Jean quand elle se servait de la guitare autrement que pour tricoter des pulls en laine, et grosso modo toutes les femmes ayant un jour compris que sucer c’était (se) tromper. Que bref, émancipation aidant, plus besoin d’une fellation pour apparaître en couverture des magazines.
Quatre décennies après la fin de règne de Pamela Des Barres, Rayographs débarque dans un décorum rock quasi déserté, tous sexes confondus. Belle lurette qu’un bel accord saturé n’a pas été mentionné dignement dans les gazettes, la sueur désormais remplacée par des pyrotechniciens confondant artifice et artefacts et l’esprit des 90’s – une certaine aptitude à la destruction, des productions sèches comme un coup de trique et un goût pour l’esthétique proche du zéro absolu – réduit en cendres par le retour stérilisé d’un rock qui lave plus blanc que white. Bref, dans un monde qui désormais s’emmerde, Rayographs étale son ennui.

Et l’air de rien, ça dévaste son homme. Derrière la pochette dépouillée dans le plus pur style « total eclipse of my art », Astrud, Jessamine et Amy – forcément avec des prénoms pareils, fallait pas s’attendre au boogie woogie le samedi soir – délaissent la trousse à maquillage pour revenir à la moelle, car après tout, on n’est pas chez les Dum Dum Girls. Pas de guitare surf, pas de miaou-miaou sirupeux pour contrebalancer le manque d’idées, pas de décalcomanie du rock à mise-en-pli – quelqu’un a-t-il des nouvelles des Plastiscines, d’ailleurs ? – mais au contraire du rock incarné/désincarné si cher à Pylon, des chœurs brisés qui chatouillent la six-cordes le temps d’un tremolo, et trois gonzesses qui font du boucan psychédélique sans pour autant noyer leur chagrin au fond d’un verre vide.
Alors bien évidemment, résumer Rayographs à leur empreinte génétique est un peu réducteur. Délestées d’un phallus encombrant, les trois grâces parviennent tout de même à insuffler à une poignée de chansons – My critical mind, Space of the halls – la tension qu’on cherche souvent en vain chez la gente masculine, cette dépression teintée d’un peu de rimmel et de douceur qui fait qu’au bout des seins de ces femmes des années 80, on trouve surtout des chansons. Et pas d’armature pour soutenir le trop-plein.

Bien sûr, Rayographs, comme son nom l’indique, est une lumière fugace et diffuse. Demain, nos trois Anglaises découvriront peut-être les joies de l’hétérosexualité, le réconfort d’un animal adopté et les plaisirs de la nostalgie à mater ensemble les albums photos de tournées erratiques et souvent très mal payées. En attendant, leur disque ressemble à un frottis d’électricité sur de petits caissons en bois, une évidence immédiate poinçonnée au verso : « Girls just want to have no fun ». A force de croire qu’elles étaient l’origine du monde, on avait fini par oublier qu’elles pouvaient aussi être une sortie de secours.

Rayographs // Rayographs // Desire (Module)
http://www.myspace.com/therayographs

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