De 1988 à 1992, un Français tombé dans les disques de Jarre et Kraftwerk décide de partir voyager dans le futur grâce à des disquettes 3 pouces 5 et des synthés période Hugo délire. Trente ans plus tard, le label Delodio ressort cette histoire digitale des tiroirs ; un travail d’historien à la hauteur de cette caverne d’Ali Blip Blip.

C’était un bruit semblable à aucun autre : une suite de 0 et 1 qui donnait l’impression d’entrer dans le futur via une prise téléphonique. De fait, une partie du romantisme d’internet est né avec la naissance du modem 56K, et ceux qui étaient en âge de l’entendre se souviennent certainement encore avec émotion de ces quelques secondes de latence qui vous séparaient du world wide web.

La compilation « Synthetiseurs, samplers & Polarweiss » éditée par Delodio parle de tout cela. D’un monde avant, même. D’une époque où quelques aventuriers câblés chez France Telecom saisissaient les rudiments de la modernité pour bidouiller dans le garage des mélodies futuristes sur des Roland S-10 avant de passer à table. A découvrir l’œuvre – le terme n’est pas excessif – du dénommé Patrick Michaud, réunionnais adopté à 3 ans par un artiste peintre qui le recueille en métropole, on est saisi par l’avant-gardisme coincé sous ses doigts. Traumatisé par Yazoo, la clique à Ralf Hütter et Jean-Mi Jarre, Patrick se rêve claviériste de stade dans sa chambre, compose des titres avec son groupe de lycée (Polarweiss) et rivalise avec la Library française de Jean-Pierre Decerf et les obscurités posthumes de Finder Keepers (TRASE en tête). Génériques à la John Carpenter, mélodrames 8-bits, anticipation de ce qui fera plus tard le succès de Boards of Canada, tout est là, livré avec retard dans un beau paquet cadeau.

« À l’époque, je voulais m’évader des espaces confinés, de la petite chambre dans laquelle je vivais » explique 30 ans plus tard Michaud. J’avais le sentiment que la musique électronique était un bon moyen pour y parvenir, et le temps à passer pour maîtriser techniquement les machines ne m’effrayait aucunement. J’étais un peu considéré comme un “geek” avant l’heure ». Cette bande-son des années France Telecom, pas vraiment surfacturée vu la qualité du produit, compile donc ces quatre années à rêver plutôt qu’à vivre, à fantasmer plutôt qu’à cliquer. Plus surprenant encore, c’est grâce à sa mère que Michaud poussera ses délires dans la strastosphère ; c’est elle qui financera la création d’un studio dans la maison familiale, permettant ainsi au gamin de mettre définitivement les dix doigts dans la prise. S’il n’a depuis pas fait carrière, Patrick Michaud semble aujourd’hui amusé par cette réhabilitation tardive. Aux dernières nouvelles, il vivrait du côté de Versailles. Là même où quelques années plus tard, deux autres gamins fonderaient Air et rendraient hommage au bruit du modem sur leur premier EP. Superbe boucle bouclée. Et connexion réussie.

Patrick Michaud // Compilation Synthetiseurs, samplers & Polarweiss // 300 copies disponibles chez Delodio (2 cartes postales incluses !)

https://delodio.bigcartel.com/product/del04-_-patrick-michaud-_-synthetiseurs-samplers-polarweiss

4 commentaires

  1. toute proportion gardé la musique de Patrick Michaud me fait pensé en beaucoup moins bien à Hype Williams des deux 2 premiers albums ,je recommande a ce propos l’album Find Out What Happens When People Stop Being Polite, And Start Gettin.Quand au minitel j’ai oui dire que Béni-oui-oui hipters de BESTER DE GONZAI dans les 90’s se paluché sur 36 15 ulla ou 36 15 ilona lol 🙂

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