Quand on vient d’Australie, un pays où le rock tabasse sévère et où les lampes de Marshall crament facilement, un coup de chaud est vite arrivé, surtout quand on oublie la Biafine. S’éclipser? Une nécessité pour briller dans la pénombre.

L’écoute en boucle du dernier album de Pivot, devenu PVT suite à un litige juridique déclenché par un puéril homonyme américain dont tout le monde se fout, a permis de sauver un ersatz de mois d’août puis d’apprécier pleinement le retour des doux rayons de septembre. Le trio composé des frangins Pike et de Dave Miller a tenté d’explorer la face cachée du soleil sans Wayfarer et a plus que réussi : avec leur magnifique Church With No Magic, ces gars-là peuvent maintenant se permettre d’aller narguer Icare…
La rencontre avec le groupe a eu lieu quatre petites heures avant leur concert au Nouveau Casino, Chez Justine, bar situé juste en face. Après une rapide séance photo, les trois musiciens se séparent pour aller honorer chacun une promo, hormis Richard, le chanteur/bassiste qui préfère aller s’enfiler quelques mousses. Dave, le claviériste, répondra aux questions des Inrocks, Laurence, le batteur, aux miennes. Un chanteur qui joue les timides et une section rythmique qui met les mains dans le cambouis, ces Australiens ne font vraiment rien comme tout le monde.

Laurence, habillé tout en noir, s’installe à l’étage, dans un fauteuil confortable, au bout d’une longue table. Je le rejoins et m’assied en face de lui. Juste avant de commencer, il me dit qu’il a vaguement parlé de Gonzaï dans le tour bus. Approche en douceur.

PVT #1 par David Arnoux

“Church With No Magic” est le troisième album de Pivot, mais le premier en tant que PVT, où vous mettez en avant le chant de Richard. Pourquoi avez-vous fait ce choix ?

Church With No Magic est clairement un album en rupture avec les deux précédents. Mais le travail sur le chant n’est pas quelque chose de nouveau pour nous : Richard chante depuis des années. Pendant l’enregistrement, Richard s’est mis à chanter naturellement, nous ne nous sommes pas concerté pour inclure la voix ou non. Le résultat nous a tout de suite plu car cela correspondait à la couleur que l’on voulait donner à ces compositions : un son plus direct et moins nerd. Notre musique est souvent qualifiée de « cérébrale » et je n’aime pas l’image qui est affiliée à cet épithète : celle d’un groupe shoegaze, le nez tout le temps plongé sur les machines. Cette rupture n’a pas été vraiment réfléchie, en fait… Nous ne sommes pas à proprement parlé lassés du travail sur la musique instrumentale, nous voulions juste tester autre chose et apporter une dimension plus humaine à notre son.

C’est d’ailleurs ce que signifie le titre Church With No Magic, non ? Une désacralisation de la musique à son état pur, c’est-à-dire instrumentale ?

Exactement. Tout n’est qu’une question d’émotion à mon sens. Nous aimons jouer de la musique instrumentale tout comme de la musique chantée parce que nous suivons nos envies. Je ne critique pas le fait d’intellectualiser la musique, je pense juste que ce n’est pas une obligation de le faire.

Ce rejet de l‘ésotérisme n’était pourtant pas vraiment perceptible lors de vos précédents albums. Je pense notamment au clip d’In The Blood, (titre de “O Soundtrack My Heart”, leur deuxième album), un obscur remake des Dents de la Mer façon Michel Gondry. La vidéo promo de Window**, le premier single de “Church With No Magic”, est beaucoup plus sobre. En quoi ce changement d’image est-il représentatif de l’album ?

Le réalisateur du clip de In The Blood est un de nos amis londoniens, il s’appelle Alex Smith. C’est effectivement un fan de longue date des Dents de la Mer. Il nous soutient depuis nos débuts. Son univers nous plaît et nous ne nous sommes pas vraiment posé de questions sur le sens profond du clip à l‘époque : le décalage entre le gore est le côté cheap des personnages était amusant. Nous ne sommes pas les seuls à le penser : Alexandre Aja a même pompé un des plans dans son Piranha 3D ! (Rires) Pour la vidéo de Window, on voulait en effet un visuel plus concret mais toujours subtil. C’est en ce sens que ce clip correspond à l’esprit de cet album.  Je ne sais pas si le clip en lui-même symbolise l’ambiance de l’album, nous voulions juste nous présenter en tant qu’entité musicale et c’est pour ça que l’on a tenu à cette prise de vue à la première personne. Mais nous retravaillerons peut-être avec Alex pour une autre vidéo. (Rires)

PVT #3 par David Arnoux

Vous êtes signés depuis un an chez Warp Records, un label réputé pour ses groupes plutôt geeks et « intellos ». Est-ce le bon environnement pour échapper à cette fausse étiquette de musique « cérébrale » ?

Peut-être pas mais ce n’est pas non plus une fuite consciente. Encore une fois, je dirai que l’émotion prime. Nos morceaux sont sûrement plus travaillés qu’avant mais sont aussi plus accessibles. Ce n’était pas une décision arrêtée, cela s’est fait naturellement. Libre à chacun d’analyser notre son, de décrire notre musique comme cérébrale. Si ce qualificatif continue d’être utilisé, tant pis. Warp est un label très ouvert qui nous permet de tourner en Europe et aux Etats-Unis. Nous sommes très contents d’être chez eux pour cet album. C’est en tout cas le bon environnement pour exprimer notre créativité, étant donnée la variété de leur catalogue.

Avez-vous déjà joué avec des artistes signés chez eux ?

En tant que Pivot non, mais j’ai posé quelques batteries pour Scott Herren, un des artistes les plus hip-hop de Warp. Je ne pourrai pas te dire pour quel projet par contre, il en a tellement… (Prefuse 73, Savath et Savalas, Delarosa et Asora, et Piano Overload, NDR). Je ne sais même pas s’il a utilisé ces enregistrements. Peut-être que l’on m’entendra sur un de ses albums, dans 10 ans… (Rires)

Comptez-vous jouer avec d’autres membres de ce label ?

Ce n’est pas prévu pour l’instant. Nous voulons d’abord tourner un maximum pour présenter l’album et nous ne croiserons pas nos camarades avant un petit moment.

Quels sont vos projets après cette tournée ?

Nous aimerions enregistrer un autre album assez rapidement : nous avons quelques nouvelles compositions en stock qu’il faudra tester prochainement. Il nous tarde surtout de connaître l’accueil des publics européens et américains, avant de rentrer à Sydney et de s’atteler au futur du groupe… Excuse-moi, il me semble que l’on m’attend pour une prise vidéo. Tu restes au café ?

Oui…

On discutera après. À toute à l’heure.

PVT #1 par David Arnoux

J’ai encore des questions à poser et Laurence, lui, encore des choses à dire. Lais vingt minutes se sont déjà écoulées, l’interview se termine avec un sentiment d’inachevé. Une partie du vide sera comblée par une discussion à la terrasse du café une demi-heure plus tard, où l’on parlera, entre autres, de « l’étrange adoration des Français pour le reggae », des groupes australiens Ghoul et Seekae, du chanteur Jack Ladder, de l’architecture du centre-ville du Havre et du festival nantais Scopitone. Alors qu’il commande un thé, il tient à me dire qu’ils prononcent toujours leur nom de scène Pivot et pas « piviti ». Après cette petite confession, Laurence semble plus décontracté, même s’il peine à récupérer son sachet d’Earl Grey noyé dans l‘eau chaude de la théière. Il ne se laisse pas démonter et plonge son énorme main droite dans le liquide fumant pour aller le récupérer. Une image qui, je ne sais pourquoi, me restera en tête jusqu’au …

Il est 21h30 lorsque Pivot monte sur scène. Bester et moi sommes au milieu de la fosse, prêts à se prendre la fulgurance live des Australiens en pleine poire. Le trio commence par Timeless : un choix plutôt surprenant puisque c’est la piste la plus longue de l’album. Le morceau Church With No Magic est méticuleusement reproduit sur scène, tout comme un titre instrumental du précédent album, joué sans pause entre les deux. Un schéma qui reviendra à plusieurs reprise au cours du concert : suit à cette combinaison l’alliance de Crimson Swan et In The Blood. Un contraste très intéressant, entre frêle chœur et riff lancinant. Les claviers et les boites à rythmes sont énormément utilisés et Laurence Pike semble parfois jouer les seconds rôles aux côtés de Dave Miller et son frère, qui switchent entre basse et claviers. Dommage.

Cette mise en avant des machines rend Bester perplexe. À tel point qu’il quitte la salle au milieu du set, après une version un peu molle de Circle of Friends. Pas mal de personnes dans la fosse se retirent également, les autres en profitent pour se rapprocher des premiers rangs. Avec The Quick Mile et Window juste avant le rappel, la prestation du groupe  se fait pourtant plus gracieuse avec les délicates nappes de delay sur la voix de Richard Pike. Les arrangements électroniques sont ici en retrait, contrairement au début du set.

Trois chansons pour finir, dont la très attendue O Soundtrack My Heart où Mogwai fait la bringue avec Kraftwerk. Probablement le morceau le plus organique et le plus convaincant ce soir. Après ce morceau, Only The Wind Can Hear You conclut le show un peu maladroitement, faute à un tempo trop lent. Pivot se retire après une heure de concert où “Make Me Love You”, leur premier album, n’a pas du tout été représenté, alors que certaines de leurs premières mélodies auraient pu être sublimées en live. Tant pis.

L’image de la main de Laurence dans l’eau bouillante continue de me hanter à la sortie du Nouveau Casino. Toujours en lutte contre la chaleur…

Photos: David Arnoux

PVT // Church with no magic // WARP
http://www.myspace.com/pvt

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1 commentaire

  1. Pour en finir avec la légende.
    Je leur ai parlé en Backstage de ” make me love you”, qui est un album que j’affectionne particulièrement tous genre confondus, au grand frisé à lunette. Il a été assez agressif “il n’est même pas sorti en Europe. Comment tu l’as écouté??”. ” ???(…..) “. D’ailleurs, comme je jouais aussi ce soir la sur cette scène je partageais la loge avec eux. Il (ce même frisé à lunette) m’a demandé de quitter la loge juste avant qu’il monte sur scène ” to get concentrated” ce que je peux comprendre. Ils sont montés sur scène à l instant ou je sortais des loges… Quelle confiance.

    Leur set m’a déçu. Make me love you reste à mon sens leur joyaux. Ce n’était pas Pivot ce soir là, mais PVT.

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