Le groupe américain Prostitute, mené par Moe Kazra et Andrew Kaster, a sorti fin 2024 un premier album « Attempted Martyr » qui fusionne le post-punk avec des musiques traditionnelles arabes et ouest-africaines. Les fans de Black Midi et Iceage peuvent d’ores et déjà mettre un pouce bleu.
Le 5 novembre prochain, les Parisiens auront un choix à faire. Ils pourront se rendre à la Seine Musicale (Boulogne-Billancourt) pour applaudir les Australiens de King Gizzard ou alors se diriger vers Le Chinois à Montreuil où un jeune groupe fera connaissance avec le public français : Prostitute. À priori, la décision devrait être rapide à prendre. Et pourtant, la meilleure option est d’aller en Seine-Saint-Denis. Pas dans les Hauts-de-Seine.
Au lieu de vous copier-coller la bio, je vais vous la résumer, c’est quand même plus sympa. Prostitute s’est formé en 2020 à Dearborn dans le Michigan, une ville englobant la plus grande communauté arabe des États-Unis, avec environ 55% de sa population issue des différentes diasporas moyen-orientales. Moe Kazra, d’origine libanaise, lance le groupe avec deux vieux amis d’enfance (Andrew Kaster et Dylan Zaranski) pendant le Covid-19 avec une idée en tête : mixer le post-punk avec des musiques traditionnelles arables et ouest-africaines.
Les gars quittent leurs jobs (ou se font licencier) et commencent à répéter puis à composer leurs premiers morceaux en allant piocher aussi bien dans les Stooges que dans Aphex Twin, Talking Heads, Death Grip ou encore Iceage. Mais pour sortir du lot, Prostitute s’inspire aussi d’autres sonorités — des samples de flûtes ou d’instruments à vent, des musiques locales brésiliennes, africaines ou orientales, des groupes japonais expérimentaux, etc. — pour bâtir son identité. Ils se sont ensuite démerdé pour financer et produire eux-mêmes leur premier album « Attempted Martyr » sorti en fin d’année 2024, sans l’aide d’aucun label.
Arab punk
Au moment d’imaginer ce premier disque, Moe Kazra a eu une vision : il s’agira d’une sorte d’album concept qui raconte l’histoire d’un prince-fanatique-martyr religieux adepte du prosélytisme qui finira par se perdre dans ses péripéties. Un personnage qui « se berce d’illusions quant à une vocation supérieure, mais ce qu’il sert réellement, c’est son ego et sa gloutonnerie », expliquent Moe et Andrew au site The Quietus. Une manière aussi, pour Moe, d’y infuser des éléments de sa propre histoire, c’est-à-dire celle d’un gamin arabe aux États-Unis, un pays où de nombreuses personnes pensent encore que les gens originaires du Moyen-Orient sont tous des terroristes (sic). À travers les neuf titres de l’album, Prostitute évoque donc des thèmes bien bien chargés : la radicalisation, le trauma post-11 septembre 2001 et la culpabilité qui s’en suit, les violences religieuses, la corruption du pouvoir, les joies perverses de l’humiliation, la mutilation, la gloire éphémère des tyrans ou encore les divinités avides de pouvoir.
La guerre du Golfe, le 11 septembre, la guerre en Irak et en Afghanistan, les mouvements alt-right aux États-Unis, le génocide à Gaza, les affrontements militaires au Liban et en Syrie : Moe fait partie de la génération qui a connu, observé ou a été affecté par tous ces événements. Et qui doit gérer tout ça du mieux qu’elle peut, coincée entre deux cultures.
Dans « Attempted Martyr », il n’y a pas d’excuse ni d’apologie, mais plutôt un constat et une « théâtralisation du terrorisme » (sic) comme des pires horreurs faites sous couvert de la religion. Certains clichés négatifs sur les Arabes sont exagérés pour en faire des caricatures. Certains comportements fanatiques sont là aussi démesurés pour en faire une satire. Mais à l’instar d’un groupe comme Benefits, le but n’est pas de tout ramener à sa petite personne, mais d’entrevoir une image beaucoup plus large face aux atrocités qui nous entourent. De comprendre d’où elles viennent, comment elles se manifestent, pourquoi elles existent et quelles traces elle laissent.
Incendies, profanation de prêtres, exploitation des corps.
Il s’agit d’un disque extrêmement dense, aussi bien dans son contenu anxiogène que dans ses sonorités urgentes et son chant, qui frôle la folie et la psychose. Par exemple sur Judge, qui fait le pont entre les Stooges et Iceage, le narrateur se présente comme un être immortel — symbolisé par la phrase « I don’t die ». Il décrit des actes de destruction, de déshonneur et de violence sexuelle sacrée : incendies, profanation de prêtres, exploitation des corps. Le ton est jubilatoire, provocateur et volontairement répugnant. Le texte met en scène la figure d’un souverain qui règne par la terreur, la séduction et le mépris des normes. Le tout, dans une ambiance proche du chaos, dans un bourdonnement de samples de saxophones et de guitares aiguisées.
Sur All Hail, entre les références aux tours jumelles de New York, le sample du groupe expérimental japonais Ground Zero et les sonorités orientales, Prostitute parvient à être le « groupe de punk arabe » qu’il a envie d’être. Le morceau Senegal explore le cerveau malade d’une divinité obsédée par le pouvoir, la punition, la foi et la chair. Tout du long de « Attempted Martyr », le groupe forge sa propre individualité, dans un joyeux bordel sonique qui peut rebuter à première vue, mais qui reflète pleinement la fureur et la frénésie du monde d’aujourd’hui. Ainsi que la violence des sujets abordés.
Alors oui, il faut du courage pour aller au bout des neuf titres de l’album. Oui, après s’être farci le disque, t’auras sûrement envie de lancer un petit Mac DeMarco pour décompresser. Non, Valeurs Actuelles ne compte pas chroniquer l’album. Et si vous hésitiez encore pour votre soirée du 5 novembre, on espère que cet article vous aura aider à y voir plus clair.
Prostitute – En concert au Chinois à Montreuil le 5 novembre – Plus d’infos par ici
Eeeps guys! la terre est trop Lourdes, elle va s’ecraser….
faut etre con y’a deja d prostutes çà & là! ex: litalo chez diagonal, ou le pop group!