Fort d’un huitième album prolongeant son aventure house disco totalement barrée, Pond met définitivement les voiles pour son pays d’origine. Direction l’insulaire, au-delà des côtes sud de l’Australie. Bienvenue à “Tasmania”, Island of Inspiration d’après les historiens… Et le frontman Nick Allbrook.

« J’adore cette chanson », murmure le musicien en claquant des doigts, la tête levée vers les petites enceintes accrochées au mur de l’hôtel. « C’est un groupe australien ? ». On ne sait pas. À vrai dire, on observe ce curieux personnage pousser la chansonnette et on a du mal à pouvoir poser ne serait-ce qu’une question. Mais ce n’est pas grave, la beauté du moment prend le dessus. Nick Allbrook se sert un grand verre d’eau, le boit d’une traite et pose ses mains sur la tables. Il est prêt. Ça tombe plutôt bien, nous aussi. On commence par aborder LE sujet qui nous brûle les lèvres depuis une bonne heure déjà. « La phobie de la météo ? Curieuse question. Peut-être que je suis un peu phobique, oui ». Puisque le précédent album de Pond, The Weather (traduction ; la météo), engageait les hostilités entre le groupe et l’air ambiant, qui ne va pas en s’améliorant.

Ce nouvel album, qui n’est pas vraiment une suite directe – mais presque – va droit au but et impose sa géographie. Nous sommes donc bel et bien en Tasmanie.

Chocs thermiques

« La bas, beaucoup de choses ont changé. Et comme c’est un endroit plutôt resserré, où tout le monde se connait, tu vois, on remarque d’autant plus les problèmes qui surgissent » explique Nick entre hoquets. « Y’a eu un gros dérèglement climatique. Le bruit du Monde, la pression du Monde, l’échappatoire d’une routine effrayante, l’économie qui s’embrase, les sociétés qui se divisent… Tous ces thèmes ont hanté nos sessions d’enregistrements. » Allbrook fait une petite pause. Son regard est tellement clair qu’on s’y perdrait presque. Il a finalement trouvé les mots : « c’est surtout un album sur l’Australie. Sur l’identité. Sur le fait d’être responsable de sa planète, de ses amis, de soi-même… Le fait d’être parfois fatigué de tout ce bordel, d’avoir peur, de vouloir partir quelque part… là où tout est verdoyant. » La Tasmanie, peut-être ? « Un terrain idyllique pour tout musicien qui veut s’isoler. »

Résultat de recherche d'images pour "pond tasmania"Et Pond a voulu orner son nouveau carnet de chansons d’une belle couverture, sous forme de carte thermique. Librement inspirée du travail de l’artiste minimaliste Ellsworth Kelly, la pochette du disque est criante : « La Tasmanie est en bas à droite, elle est d’un bleu profond. Plus on s’en éloigne, plus les couleurs deviennent chaudes. Elle échappe encore à l’inévitable, mais rien ne dit que dans quelques années, elle soit rouge, elle aussi. » Pour le moment, profitons-en. La Tasmanie nage dans une fraîcheur bleutée. « Le bleu, c’est l’eau, c’est la nature, c’est ce qui nous maintient en vie. »
 
D’ailleurs, il s’en ressert un verre.

« Parfois, j’ai juste envie de dire à mes semblables : ‘get your shit together’, tais-toi et écoutes »

En vérité, Nick Allbrook parle du disque comme il le chante. Les paroles de Tasmania, toujours autant baignées dans un lyricisme aigu et travaillé, font aussi un grand plongeon dans le champ lexical de l’urgence. La voix d’Allbrook a volontairement pris un coup ; plus éraillée, plus tiraillée, en définitive plus humaine. Daisy et Shame en sont deux exemples saillants et ça tombe à pic :  « Je les ai écrite seul, entre quelques jams, un petit matin. » Un élan très personnel.

Pareil pour The Boys Are Killing Me, dont le titre parle de lui-même : les mecs toxiques, le masculinisme à en vomir. « Parfois, j’ai juste envie de dire à mes semblables : ‘get your shit together’, tais-toi et écoutes. » souffle Nick. Il continue : « j’ai beaucoup pensé aux gens avec qui j’ai grandis, dans une petite communauté, au nord-ouest de l’Australie. Elle s’appelle Jarlmadangah Burru. Là-bas, ils mettent énormément d’importance à l’éducation des hommes. Je leur ai demandé de m’aider à écrire quelques paroles, à comprendre les comportements humains. C’est un un album qui est inspiré plus que jamais par l’empathie. »

Que demander de plus ? Un concept engagé, un groupe dans l’ère du temps, une conscience jusque dans la moelle osseuse de chaque arrangement… Et une réalisation pop-psyché aux bons petits oignons. Puisque Pond, depuis ses débuts (ou presque) est entouré d’un membre de l’ombre, le bien nommé Kevin Parker (Tame Impala pour les intimes). Le gaillard érudit de la production – qui prépare d’ailleurs la suite de son chef-d’œuvre (oui, tout est bon pour le rappeler) “Currents” – a mixé et arrangé “Tasmania” ; un peu chez lui, en Australie, puis du côté de la Cité des Anges, là où Nick a aussi pas mal bossé. Une belle histoire d’amour et de bromance qui commence à dater. Allbrook a notamment tourné avec Tame Impala, et ce jusqu’en 2013, la fin de la tournée pour “Lonerism”. Ce dernier ne mâche pas ses mots : « on est toujours très bons potes. C’est un putain de musicien et un créateur exceptionnel. Il nous écoute, et on l’écoute. » Et c’est tout ce qui compte, hein ?

« Je n’ai pas vu le temps passer » avoue Nick. Quand on y réfléchit, on ne sait toujours pas s’il parlait de notre entretien, ou de la période de conception du disque. De toute façon, il a déjà les idées bien en place pour la suite. « Dès qu’on termine un album, on parle de ce qu’on pourrait faire pour le prochain avec Jay, Joe et Jamie. Ouais, mec faudrait faire ça, ça, et ça… »

Mais d’abord, Pond passera par la case tournée et sera d’ailleurs en concert le 02 juin prochain, au festival écolo We Love Green. Puis, il va falloir penser à rentrer à la maison. « Je vais retourner chez moi, retrouver ma copine, tâcher d’être un bon petit ami et nourrir les chats. »

Pond // Tasmania // Sortie le 1er mars chez Marathon Artists
http://www.pondband.net/

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