Chaque radio est une maison close et l'on ne rit jamais aussi fort que dans ses salons insonorisés. Lapsus que je me refuse de corriger : je voulais écrire bureaux en lie

Chaque radio est une maison close et l’on ne rit jamais aussi fort que dans ses salons insonorisés. Lapsus que je me refuse de corriger : je voulais écrire bureaux en lieu et place de salons, ce qui trahit bien le côté baisodrome de notre entreprise. Le fait que ceux qu’on y croise ont tous quelque chose à vendre ne fait que confirmer cet aspect.

Je recevais il y a quelques semaines le représentant d’un distributeur qui m’est sympathique. Sous le halo vert de la lampe billard gisait encore le récent contrat des rotations musicales du mois à venir. La nuque fermement tenue par le repose-tête en vachette de nos fauteuil, nous riions tous deux de blagues que mon éducation chrétienne m’interdit de réciter ici. L’une d’elle incluait le t-shirt blanc de Micky Green, je le précise pour que vous la reconnaissiez lorsque vous l’entendrez dans l’un ou l’autre ascenseur. Mon interlocuteur était d’humeur joviale parce que la maison venait de lui renouveler l’engagement de diffuser ses artistes sur nos ondes. Accord tacite puisque, tout procéduriers que nous ne sommes, certains contrats sont à l’image des Marc Levy : meilleurs quand ils ne sont pas écrits.

Nous allions donc nous contenter d’affirmer que nous diffusions ces morceaux de notre plein gré sans même forcer les programmateurs à le faire puisque c’est invérifiable : nous ne présentons ni les chansons ni les groupes, au grand dam des maisons de disques qui nous contactent avec plus d’espoirs que de lucidité, sinon ils n’enverraient pas des press kit mais des cadeaux avec leurs CD. Là par exemple, nous engloutissions de véritables chocolats basques. Tout à l’heure nous feuilletions ensemble des tirages originaux de Petter Hegre. Alors que, lequel d’entre vous a déjà relu un dossier de presse ?

En le raccompagnant, j’ai été agressé par la vulgarité de la musique qui flottait dans le couloir. La frugalité des compositions d’une Madonna à guitare combinée aux arrangements dans le plus pur style des boite de nuit de province que fréquentent caissières et employées d’agence d’interim, faisait tourner les arômes de pur cacao sur mon palais.

Frustre en un mot, répugnant en deux.

Comprenant d’un regard sur les enceintes vissées aux murs que ces barrissements n’émanaient pas de notre antenne mais d’une pièce voisine, je pris congé de mon invité et me mis en quête du bureau incriminé, bien décidé à faire passer le goût du lipstick cerise à quelques conasses du secrétariat qui avaient cru bon d’avancer le weekend de quelques heures. Un nouveau titre démarra dans une production plus insolente qu’une tchétchène rhabillée pour le périphérique si c’est possible. Et avec des chœurs encore, comme si c’était toute la caravane à passes qui chantait. Cela m’est revenu d’un coup : c’était la synchro d’une pub. Une pub télé pour la nouvelle presse féminine, celle qui affirme sa fashionista sans complexe et ferait presque entrer le shopping en ligne en compétition pour les Jeux Olympiques d’été. L’épilation élevée au rang d’art par une sorte de chaînon manquant entre l’homme et la guenon. Impossible toutefois de me rappeler le titre de la publication. Be, ou Envy ? Peu importe, un équivalent de presse info gratuite où cette fois la publicité arrive à être réellement plus instructive que les articles.

En pénétrant dans le bureau, quel ne fut pas mon étonnement de voir un de mes collègues attablé avec quatre jeunes filles mal habillées. Du Topshop probablement, avec le maquillage d’une mère de famille qu’on traine au restaurant une fois par an. On aurait dit le fan club de Motley Crüe à l’heure de la pipe. Le disque passait sur son mac et ils semblaient tous aussi heureux que je ne l’étais il y a encore une dizaine de minutes. Mon collègue n’était pas du genre à ramasser quatre groupies et encore moins à avoir les moyens d’assumer plusieurs putes, ce qui excita plus avant encore ma curiosité.

J’entrai, tout en sourire et poignée de main.

Il me les présenta, mais je n’ai pas retenu leurs prénoms de téléphone rose. Il m’expliqua qu’elles revenaient des States où elles avaient enregistré leur second album. « Un carton là-bas » ria-t-il comme s’il me vendait des canapés « On est loin de l’étiquette ‘baby rockeuse’ n’est-ce pas ? » et si elles offrirent un sourire bon à soutirer du fric à papy, on voyait bien que le terme leur plaisait autant qu’un souvenir de gonorrhée mal soignée. Je vins quand même m’assoir sur un coin de bureau sans rien montrer, identifiant au fond de moi celle qui était coupable de cette vase puante chantée avec les fesses – qu’elle avait fort bonnes d’ailleurs. Les mots qui tombaient pendant que je me régalais de leurs jambes de coureuses évoquaient la bière américaine, le studio à Malibu « Trop comme dans les séries tu sais ? » et la lagune depuis la Pacific Coast Highway « On était mortes de rire la première fois qu’on a vu un panneau ‘Santa Barbara‘ ».

Plus le temps passe et plus je les entends revendiquer comme « normal » que des filles jouent dans un groupe et chantent du rock en français, tout en se justifiant d’avoir conservé un groupe constitué de filles malgré deux renvois après un voyages aux Etats-Unis « où tout le monde prend ça comme ça, comme ça vient, sans préjugé et tout ça » pour enregistrer des titres en anglais. « Ben oui mais nos influences ont toujours été anglo-saxonnes : les Slits, Blondie, les B 52’s... » Ce que femme veux, elle seule pourra comprendre. L’autre affamé repris en les lançant sur le producteur « celui de Katy Perry et Avril Lavigne », un nom à coucher dehors pour un type qui visiblement aimait baiser dedans. « A la base, Butch [Walker] est venu nous saluer après notre concert à Coachella, un gros festival à côté de Palm Springs ». Cette petite me parlait comme si je ne savais pas où c’était et je sentais monter l’envie de la traîner par les cheveux dans mon bureau pour lui bousiller le fendu après avoir éclaté la tête d’une autre sur le lecteur CD du mac.

Quand il précisa que malgré le manque d’intéret des labels européens, elles avaient enregistré avec la boite d’un magazine de mode et qu’elles venaient faire une première partie ce soir à Bercy, cela m’a remis l’affaire en tête. Je me suis rappelé in extremis qu’elles faisaient parti de ces amies ‘tacites’ et que leur nom idiot apparaissait sur l’un de mes listings entre Patrick Watson et Plastic Beach. Alors je les ai félicité toutes dents dehors puis leur ai souhaité bonne chance pour ce soir, où je venais d’ailleurs de me faire inviter. Après, je suis retourné à mon bureau, pour finir mes chocolats.

32 commentaires

  1. Finalement c’est vrai que le Mouv’ est une grande référence musicale de toute façon ! Je pense qu’a la place de fantasmer de  » bousiller des fendus  » tu devrais opter pour une bonne pipe au mainstream comme d’hab ça adoucira ta frustration sexuelle !

  2. ce qui est bien, avec Jack Facial, c’est qu’on est certain que ça va partir en couilles. Sur ce coup là, ce ne fut pas si précoce.

  3. Pour le bien de tous : pense a lâcher ton stylo quand tu te branles , ça fera du bien au journalisme musical français .

  4. Certes tout ceci est bien torché quoiqu’un peu misogyne.

    Il y a aussi un problème générationnel flagrant. Quand j’avais 20 ans j’adorais les groupes de rock faits par des jeunes de 20 ans (qui jouaient exactement la même chose que les précédents) et j’aurais adoré les Plastiscine.

    Au delà de 30 balais évidemment la donne change : 10 à 15 ans de culture musicale en plus (disque et concert) + jeunesse envolée + … = frustration de voir que des jeunes de 20 ans font encore et toujours la même musique pour d’autres jeunes de 20 ans.
    D’où envie légitime et néanmoins inconstructive de démolir les arrivant(es)…

    Cela laisse le problème intact : même wikipedia est incapable de citer un girl band français de bonne qualité ET de dimension (inter)nationale – j’insiste sur le ET … Une idée quelqu’un ?

    A moins que ce ne soit simplement pas possible, auquel cas on peut au moins leur reconnaître le courage d’essayer d’en créer un.

    sur scène c’est énergique, carré, motivé, et elles sont agréables à regarder, c’est déjà pas si mal…

  5. ce groupe est affligeant par sa musique, son image, sa non personnalité
    CE N’EST PAS PARCE QUE CE SONT DES FILLES QUE L’ON DOIT PENSER AUTREMENT !!!
    c’est ça le véritable machisme de l’affaire, ce n’est pas un pb de sexe.
    je connais un paquet de nanas :
    qui font de la bonne musique
    qui n’ont pas des goûts de midinettes,
    qui pestent contre le plasticines et leur look de cocotte pour magazines de mode.

    on se fout de la dimension internationale, l’important c’est la musique et elle est en toc

    Maxime schmidt, le manager des plasticines est très potes avec les kraftwerk et les a même représentés en France. Dire qu’il a compris comment faire marcher des robots bien lissés c’est un pas que je ne suis pas loin de franchir

  6. – C’est bien noté, pas de machisme à l’envers … non plus.

    – « tellement balisé que c’est écoutable » : parfaite définition qui ne fait pas dans la méchanceté gratuite, j’adhère.

    – Scorpix aime les Plastiscines ou l’article ?

    – et enfin on peut être fruste ou rustre, mais pas frustre.
    frustré, à la limite, cher jack facial ?
    bon ok, je sors.

    ps la solution au pb de math : 17
    ps 2 : chronique de l’album « About Love » sans allusions sexuelles, ici :
    http://www.concertandco.com/cdvisu.php?s=plastiscine
    insultes bienvenues.

  7. laissez donc ces jeunes filles tranquilles s’il vous plaît! laissez les jouer, chanter, danser, rêver, baiser!
    allez plutôt chatouiller leur MAC: Maxi SCHMIDT

  8. laissez donc ces jeunes filles tranquilles s’il vous plaît! laissez les jouer, chanter, danser, rêver, baiser!
    allez plutôt chatouiller leur MAC: Maxi SCHMIDT

  9. C’est tellement drôle, de te lire en rajouter des caisses… comme si t’étais quelqu’un d’important… Ca va me faire ma soirée 🙂 merci d’exister, j’ai hâte de l(r)ire de toi la prochaine fois 😀

  10. c’est vrai que Blondie, Les Slits et les B-52’s sont des références de « merde » d’après certaines personnes..

    j’ai jamais compri les gens qui écrivent de long posts pour enfoncer des groupes gratuitement..

    personnellement je déteste tous les groupes de rock français à la noix et je n’irai pas perdre mon temps à écrire un article sur eux, ce serait leur accorder bien trop d’importance dans mon humble existence!

    et rappelons nous de ce qu’oscar wilde disait: toute publicité est bonne à prendre..

  11. C’est vrai que Le Mouv’ est une radio d’anthologie, on en parlera encore dans 20 ans comme de LA radio qui a révolutionné les années 2000.

    Non, vraiment, cette radio est réputée comme étant « visionnaire ».

    Grâce a vous, on a découvert La Grande Sophie, ou Superbus, deux artistes, eux aussi, d’anthologie.

    Comment ne pas faire confiance a un journaliste du Mouv’…

    Je me demande si on gagne bien sa vie au Mouv’, car visiblement, les journalistes passent plus de temps a déblatérer leur savoir et tartiner leur confiture de connaissances musicales  » pointues « , mais aussi enfoncer de jeunes groupes talentueux, plutôt que de faire avancer l’histoire et la musique .

    En même temps, on peu comprendre leur réticence à traîner dans les couloirs du Mouv’, il est facile d’imaginer la musique que l’on peu entendre s’émaner des bureaux.

    Alors oui, à force d’Ours et de Renan Luce à longueur de journée, on ne peu pas vraiment leur en vouloir d’avoir perdu la notion du bon, du mauvais, du vrai, du faux, et enfin : une vraie objectivité.

  12. loin de tous les combats de professionnels, juste dire que je me suis réjouie de l’écriture (et non du groupe). ça fait du bien, comme dit l’autre …

  13. C’est un peu facile d’ironiser sur cette jeunesse archiconformiste mais comme elles s’autoproclament « bitches » (sans doute un hommage au combat de Ni putes ni soumises), je ne les plaindrai pas du traitement infligé par cet article !

  14. « Cette petite me parlait comme si je ne savais pas où c’était et je sentais monter l’envie de la traîner par les cheveux dans mon bureau pour lui bousiller le fendu après avoir éclaté la tête d’une autre sur le lecteur CD du mac »

    Quelle honte.

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