Ramasse ton disque. J’écoutais au casque Hellénique Chevaleresque Récital allongé sur la moquette quand j’ai entendu un truc tomber. Je m’étais déjà fait avoir au moment de

Ramasse ton disque. J’écoutais au casque Hellénique Chevaleresque Récital allongé sur la moquette quand j’ai entendu un truc tomber. Je m’étais déjà fait avoir au moment de Neighbours. A deux reprises j’étais persuadé qu’on frappait à ma porte. Sauf qu’au BOUM qui m’a sorti du disque, j’ai tourné la tête et vu une pile de bouquins par terre. Le titre de la chanson ? Ramasser.

Histoire vraie. Depuis ce moment, à chaque nouvelle écoute de Patton j’attends qu’il se passe quelque chose. Du moins, j’ai peur, autant que lorsque je fais le cauchemar d’attraper une escarre alors que je dors quatre heures par nuit. Désormais, il m’arrive même de regarder autour de moi si tout va bien pendant que j’écoute le disque. Personne n’est tombé de sa chaise pour le moment ? Très bien je peux continuer.

J’ai découvert le groupe en première partie d’NLF3. J’aimerais dire que j’étais arrivé bien à l’heure pour apprécier correctement le concert, mais la réalité est forcément différente. Je suis arrivé en plein milieu, j’ai dérangé tout le monde pour aller m’asseoir à l’autre bout de la salle où quelques places restaient libres.

J’ai enlevé mon manteau, faisant mine d’avoir tout compris, l’air sûr de soi les jambes croisées, je suis balèze et je sais comment apprécier la musique de Patton, genre. La vérité, encore une fois, est toute autre. J’ai pas touché une bille sur ce que tout ça voulait dire, et j’ai mis du temps à rentrer dedans. Des mots partout, du cut-up jonglant entre français et anglais et beaucoup d’idées naviguant entre les puristes John Fahey et des folktronicistes sous influence surréaliste, paroles en forme de cadavre exquis. Sous une apparence à première vue assez terne et ennuyeuse se cache une expérience unique et ludique. Peut-être que la musique de Patton est déjà oubliée, asphyxiée par l’avalanche incontrôlable des (mauvaises) sorties de disques.

Car malheureusement pour leur compte en banque, Patton travaille à un autre degré d’émotion que les chansons coup de poing. Les neufs pistes de ce troisième album (le reste de la production des ces expérimentateurs bruxellois m’est à ce jour encore inconnu) se révèlent rapidement être autre chose qu’une démonstration de télékinésie, entre déconstruction et clash des sentiments. Quarante minutes de musique instrumentale tant les mots ne semblent être là que pour mieux appuyer une cassure de rythme, proposer autre chose qu’une suite de phrases pleines de sens mais dont l’auditeur n’a jamais finalement grand-chose à faire. Et surtout, quarante minutes d’un voyage prouvant toute la stupidité des disques jetables dont la seule utilité est de contenter une oreille expérimentée et apeurée de nouveauté, de surprises pour mieux se conforter.

Ce concert, comme ce disque, fait figure d’exception. De point noir sur le tableau, un disque qui remet en cause les sens et une perception de la musique étriquée dans le rythme 1-2-1-2 et le format couplet refrain couplet pont refrain fois 2. Dommage que contrairement à leurs collègues de bureau NLF3, la musique de Patton manque un peu de saveur et d’exotisme pour donner envie de réitérer l’expérience au casque une fois le disque apprivoisé, une fois que l’enchaînement des mots et des idées ne provoquent plus qu’un « ouais, je le savais, et c’est tout de suite moins drôle ». La faute à la guitare folk? La question reste en suspens.

www.myspace.com/pttn

Patton // Hellénique Chevaleresque Récital // Matamore/Prohibited Rec.

 

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