Cher Patrick,

comme quelques internautes, j’ai bien lu ton dernier pamphlet sur le site nommé L’Incorrect, et où tu signes parfois quelques papiers, toujours dans le même style provocateur, et ce afin de prouver au reste de l’Humanité que le punk a changé de camp et qu’il appartient désormais aux vieux. Tout cela doit finalement bien t’arranger, toi qui n’es plus jeune depuis longtemps et qui, surtout, cherchais depuis plusieurs années à exister dans un monde où plus grand monde ne te lit.

Je dis ça ; je suis venu à la presse rock grâce à toi. Ca s’est passé dans un petit café presse du Vaucluse, on devait être en 1996, quelque chose comme ça – tu pardonneras mon imprécision historique, je sais que c’est ta marque de fabrique – pour un numéro anniversaire de Rock & Folk qui fêtait ses 30 ans. La couverture était jaune or, j’avais feuilleté ça dans le rayon de mon bled paumé, fasciné par le fait que je n’entravais que dalle à ce que tu écrivais – déjà. Les portes s’ouvraient là pour moi ; et l’image de toi en costume de milord associé à tous ces termes incompréhensibles (comme l’open tuning avec lequel tu nous as bien fait chier tout au long des années 2000) m’a sans doute permis de m’extirper de mon milieu social pas terrible ; le rock était une forme d’horizon et toi, pour l’ado innocent que j’étais, une sorte de capitaine pirate un peu bigleux qui montrait la bonne direction.

J’en reviens à la raison de cette lettre, puisque j’ai lu ton article à propos de ce qu’on appelle désormais « l’affaire des Césars », et où et tu tentes de relativiser le scandale Polanski là où d’autres, comme ton amie Virginie Despentes, s’insurge. Bon, je vais te dire : je n’ai pas réussi à finir la tribune de Despentes sur Libération ; en revanche ton article à toi, je l’ai terminé. Et encore une fois, mais en plus fort, certains propos m’ont dérangé.

A propos de l’équipe du film des Misérables, primé, avec une référence à peine voilée au racisme anti-blanc :

« […] quatre César pour le film de Ladj Ly : bien sûr, Madame Foresti – ni personne – n’a évoqué comment il [Ladj Ly] a battu comme plâtre la cousine coupable et essayé de faire la peau du cousin qui l’avait séduite (« Allumez le feu ! » comme dans la chanson). Non, lui, il a le droit. C’est ainsi que la charia punit « le crime de fornication ». Mieux vaut s’en prendre gratuitement à Vincent Cassel (une trop jeune épouse !) et à Bruel. Aux sales Blancs ».

A propos du « supposé » harcèlement d’une femme, fut-elle actrice, par un réalisateur, et sur le fait qu’un bisou dans le cou non désiré ne soit pas bien gravé  :

« Adèle Haenel a dû supporter, elle, quelques poèmes vaseux et « un ou deux bisous dans le cou » non sollicités. Ah ! Je suis injuste. Un jour, chez lui, alors qu’elle avait posé la tête sur ses genoux, Christophe Ruggia a essayé de passer la main sous son teeshirt ».

On continue, sur une pente toujours plus glissante :

« C’étaient les seventies. Tous les débordements étaient permis et même encouragés. Et peut-être même qu’à cette époque, Polanski était trop porté sur les filles, sur le sexe »

Et puis il y a la phrase de trop, dans ce paragraphe où tu dérives sur Maztneff, comme s’il était possible de faire un lien entre à peu près tout et n’importe quoi :

« […] soyons clairs : je n’aime pas ce que fait Maztneff. Et la lecture de son journal… Pas mon truc. Vraiment pas. Mieux : cette pédophilie crue et précieuse me dégoûte quelque peu ».

Tout tient donc dans le « quelque peu ». Je vais te dire, Patoche, la même chose que des centaines d’internautes ont dû penser en te lisant : c’est non seulement moche de vieillir, mais citer Villiers de l’Isle-Adam dans chacun de tes papiers ne te sauvera pas du purgatoire. Que tu ai désormais un avis sur à peu près tous les sujets de société et ai trouvé un champ d’amplification de tes pensées obscènes avec l’Incorrect est une chose, que tu te serves de ta gloire jaunie pour revenir dans le jeu avec des avis à contre-courant de la morale, c’en est une autre.

Résultat de recherche d'images pour "patrick eudeline"J’ai en tête cet autre article écrit sur le même site, et où tu t’en prenais cette fois aux « travelos », notamment le chanteur Bilal Hassani, représentant de la France pour l’Eurovision (à ton grand dam visiblement) et où tu te défendais d’être homophobe en même temps que chacune de tes punchlines était semblable à une ratonnade sur cette époque que tu ne comprends plus. « Bilal Machin ne casse aucun code, il est parfaitement consensuel au pays de Najat Vallaud-Belkacem ». Tiens, encore une comparaison entre deux personnes moins blanches que Joe Strummer. Ca commence à faire un peu beaucoup, ça donne un peu la nausée, surtout au gamin que j’étais en 1996, quand tu inspirais encore quelque chose, que tu étais encore un peu digne, pas passé de l’autre côté, dans le mouroir des gens de droite qui se croient plus subversifs que la jeunesse, qu’ils méprisent. Parce que la nature étant ainsi faite, on préfère toujours condamner l’époque plutôt que d’admettre qu’on n’en fait plus partie.

Résultat de recherche d'images pour "patrick eudeline"Evidemment, on se réveille tous en 2020 avec l’impression d’être devenus des féministes, évidemment la police de la pensée est désormais partout, évidemment que des faux-culs se cachent dans le lot et règlent leurs problèmes personnels en se rêvant justiciers de timeline, mais non, on ne peut écrire n’importe quoi en citant les anciens, les “résistants” comme tu les appelles à demi-mots, ceux déjà condamnés mais passés à la postérité dans une société amnésique.
Comme la lettre ci-jointe est également un pamphlet écrit en réaction à un autre pamphlet, tu pourras rétorquer qu’il y a ici autant de tentation à faire le buzz que toi-même avec tes torchons numériques. C’est l’autre problème de tes écrits sur L’Incorrect (mais qui sont ces éditeurs-aveugles qui laissent passer autant d’insanités ?) ; l’envie de revenir dans un esprit « seul contre tous », et tant pis si tes avis sont à la limite du pénalement condamnable et masquent difficilement le fait que tu es largué. Sur tous les sujets. Rassure-toi, cela nous arrivera tous. Mais de là à poster sur tes réseaux sociaux, comme j’ai pu le voir en 2015, des vidéos de femmes syriennes en cage dans le seul but de condamner l’Islam, sans discernement, c’est odieux, Patrick.

Etre proche de la voie de garage ne te donne pas le droit de déraper à chaque ligne. C’est même, à ce stade, complètement incompréhensible que les gérants de Rock & Folk ne t’aient pas débarqué pour t’envoyer dans un EHPAD où l’on aurait pu t’enfoncer des vis Harvey Weinstein sur chaque phalange.

Loin de moi l’idée de te juger comme c’est à la mode sur Twitter, c’est juste la tristesse d’un gamin qui a grandi avec l’image de toi et de tes vestes en velours et qui, 25 ans plus tard, a l’impression d’avoir profondément aimé un pauvre type bavant sur son clavier comme un grabataire du Rassemblement National.

Quelqu’un, sur les réseaux encore, a réagi à ton papier sur les Césars en avançant que c’était digne d’un papier dans Reac & folk. C’est tellement drôle, pour le coup, que je ne vois pas comment finir autrement cette lettre d’adieu.

51 commentaires

    1. Tiens il manquait plus que pressing, le mytho de service, la balance lyonnaise, l’exploiteur de sans papiers, vienne ouvrir sa fosse septique.
      Et en plus il ose signer “Starshooter” 🙁

    2. Mais qu’est ce que vous lui reprochez au juste à Bester, à part de tirer sur l’ambulance?
      Je comprend son dégoût face à la dérive droitière de ce héros de sa jeunesse qui s’adonnent sans retenu a l’idéologie d’un Zemmour, le Gargamel du Paf.
      Il est fini Eudeuline, et moi qui est le recueil de ces papelards pour Best ou R&F en version relié SVP (Gonzo ou je reprend la route demain…) on sent bien qu’il est cramé le gars.Toujours en train de baver sur l’époque, qui n’est plus si, qui n’est plus ça, c’était top sous Giscard mec?
      J’ai eu plein de fois, pour ma part, l’envie de lui dire qu’as trop faire le Gigolo avec les vieilles du XXVi eme le Patou, on fini par déraper sévère, et qu’il aurait mieux
      fait de s’en tenir à l’analyse de l’open de Sol ou des accords de 9 augmenté plutôt que de parler politique ou société.
      Moi aussi je suis consterné par la dictature molle qui c’est installé, mais de là à baver les âneries Poujadiste de la nouvelle droite.
      Il veut quoi Eudeuline, que les Homo se cachent, qu’on rétablissent la peine de mort, ou que le Rap n’est jamais exister et qu’il puisse continuer de nous les briser avec My bloody valentine et autres Smiths?
      Et Carla bruni qui tousse à la Fashion Week, c’est l’esprit de Nico retrouvée? et ta grand mère…
      Pas un pour s’émouvoir qu’un gars qui dit au revoir à une part de sa jeunesse et de l’idéalisme qui peut aller avec, n’est pas le droit de lui en vouloir deux minutes de lui avoir gachez tout ça. Dans ce monde en NOIR et BLANC et surtout BRUN.
      Pour ma part je n’avais pas perçu qu’ Eudeuline était tombé si bas dans son délire, pour écrire dans des torchons pareil, et je suis écoeuré(sans E à la fin pour moi)…

    1. Non, ils se connaissant tous depuis si longtemps qu’ils peuvent débattre d’idées sans se mettre des pains ?
      De plus, Patrick a une brillante carriere depuis tellement longtemps qu’il en devient une cible facile aujourd’hui.
      Le respect et la classe du dandy romantique sont deux choses qu’on ne peut lui enlever.
      Au fait, qui de Gonzai ou Schnock a commencé a faire la couverture en dessin?
      Amitiés
      xxx

      1. Despentes est aussi réac qu’Eudeline. Tout ce que raconte, Vernon Suntex, c’est : c’était mieux avant. Même Finkielkraut a aimé.

        50 ans, physique ingrat, du pognon, du pouvoir et une meuf plus jeune de 20 ans. Heureusement que c’est pas un mec la donneuse de leçon.

  1. Ha ok Gonzai passe dans le camp Huffington, Slate, Inrock . C est bon a savoir. Le punk est effectivement d etre a contre courant de ce que la masse pense , il n y a pas qu Eudeline qui le montre et l explique Lyndon le fait tres bien aussi.

    1. Il a surtout permis a Gonzai de se faire connaitre, bonjour l ingratitude … Par manque de talent, certains journalistes se proclament “chasseurs de fascistes”. En fait ils ne les démasquent pas, ils les inventent!

  2. Il a du bec, l’ai vu en ’78, puis croisé en ’98/99, joué avec potes, pas de projet abouti, la major s’est flinguer! dommage!!

  3. There’s something happening here ,but you don’t know what is, doYou Mister Eudeline ?

    Y a des jours comme ça où Bester domine le game .

  4. Pauvre Mr d’Anière !!! Qu’il est loin le temps de Starshooter, groupe que j’ai tant écouté et admiré… Que vos insultes permanentes, votre vulgarité et votre grossièreté m’attristent (je vous lis régulièrement par l’intermédiaire d’une “amie” commune sur FB). Vos idées ne me dérangent pas du tout, et vous avez tout à fait le droit de les exprimer… mais pourquoi tant de haine et d’attaques ad hominem. Pourquoi si peu d’arguments de fond et ce manque de chevalerie. On dit que la vieillesse est un naufrage, vous l’incarnez à la perfection. Vous transmettrez mon respect éternel à Phil Pressing si vous le recroisez un jour. Cordialement.

  5. césar rend ce qui est a césar ? pas loqique, comme ces pignes de zaï! ecole de commerce, momes a la creche & bouffe sans gluten, corona chaude pour tousseess.

  6. Dans l’article d’Eudeline : “Demain, cela sera le tour des Stones et des autres (pour appropriation culturelle du blues !” Génial la grand-mère craint que la jeunesse gauchiste déboulonne le plus grand groupe de rock de tous les temps du monde. Sacrilège ! Il fait un peu pitié quand même. Sans compter qu’en plus il y a pas mal de bluesman et rock n’ roll men originaux qui se sont déjà exprimé il y a des décennies pour dire ce qu’ils pensaient des blanc becs anglais qui sont devenu millionnaires avec la musique qu’ils ont inventé. Et si on s’est toujours moqué de l’accent de Johnny, Mick Jagger c’est Michel Leeb.

  7. Dans son article Eudeline mélange tout,c’est hallucinant mais ça m’étonne pas d’un rock critic.Au départ ça part de Polanski,et apparemment le prétexte est bon pour vomir sur tout ce qui lui plait pas.

  8. N’est pas rocker qui veut … !
    Entre-temps le sida mental a fait ses ravages .
    Où l’on peut voir que cette ex-groupie béat d’Eudeline … se revendiquant “djeun” … n’a reussi qu’à virer rapeur très “politiquement correct” .
    Ce ne serait rien si l’aigreur et la méchanceté de ces féministes suceurs de babouches confits d’incohérence … ne se croyaient pas obligé pour exister de s’ériger en autant de petits Hitler de la pensée .

  9. Bonjour, bonjour,

    Je viens vous inviter.
    Laissez tout tomber,
    On va embarquer
    Pour un pays
    Qui va vous enchanter,
    Vous embéguiner.
    Laissez-vous tenter.

    C’est une île perdue au milieu de l’océan,
    Un jardin merveilleux, un spectacle permanent,
    Comme dans les tableaux du Douanier Rousseau,
    Y a des perroquets bleus qui boivent du lait d’coco,
    Comme dans les tableaux du Douanier Rousseau,
    Y a des poissons tropicaux
    Pleins d’ piquants sur le dos, oh oh, oh oh, oh oh…

    La nuit tombée,
    Si vous le voulez,
    On ira canoter
    Sous les palétuviers.
    Aucun danger,
    On peut se baigner :
    Là-bas, les crocodiles
    Sont bien intentionnés.

    Au clair de la lune, dans la forêt endormie,
    Des ombres félines se dessinent par magie
    Comme dans les tableaux du Douanier Rousseau,
    Y a des soleils de feu cachés dans les roseaux,
    Comme dans les tableaux du Douanier Rousseau,
    Y a des p’tits singes amoureux
    Qui jouent les Roméo, oh oh, oh oh, oh oh…

    C’est un vrai paradis!

    C’est une île perdue au milieu de l’océan,
    Un jardin merveilleux, un spectacle permanent,
    Comme dans, {comme dans}, comme dans
    Comme dans les tableaux du Douanier Rousseau,
    Y a des perroquets bleus qui boiv’nt du lait d’ coco,
    Comme dans les tableaux du Douanier Rousseau,
    Y a des poissons tropicaux pleins d’ piquants sur le dos,
    Comme dans les tableaux du Douanier Rousseau,
    Y a des soleils de feu cachés dans les roseaux,
    Comme dans les tableaux du Douanier Rousseau,
    La la la la la la la la la la la la la la…oh oh oh….

    Vive le Douanier Rousseau!

  10. Bester qui fait la compétition avec Florence Foresti. Elle qui appelle Polanski Popaul, lui qui appelle Patrick Eudeline Patoche. On a les muses qu’on mérite.

  11. Les ayatollahs réactionnaires incontinents contre les bobos bien-pensants constipés.
    Tous les coups sont permis, les paris sont ouverts !

  12. cher bester tu nous fais une christophe conte alias le comte des inrock en pull en jacquard bleu période ses billets moues ,sa sert a rien de tapé sur ce genre de vip happy few c’est leur faire bien trop d’honneur ,c’est mecs la il faut les boycotté et les ignorer

  13. Résumé : Eudeline il est vieux vieux vieux, c’est fou comme il est vieux, beurk. Il était bien quand il était jeune mais là oulala comme il est vieux …

  14. ouais je comprend un peu mieux ce concept de sida mental moi aussi maintenant . moi c’est les idées de mahomet que j’aime pas. merci pour Dutronc, Johnny Guitar Watson, les 5 Gentlemen et autres que tu m’as fait découvrir Patrick. t’as bien raison de balancer un coup de pompe dans la fourmilière, du balai les anarcho babas. content de partager ces commentaires avec Phil Pressing ben ouais ! salut Phil !
    cet article ne sert a putain de rien (sinon a m’apprendre le piano)

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