C’est l’histoire d’un album qui aurait dû sortir en 2020 mais qui, en raison d’un virus chinois donnant la 5G, a pris du retard au démarrage. Son nom : « Anabasis ». Le pitch : trois jeunes invoquant l’esprit d’un chef militaire de la Grèce antique (Xénophon) pour illustrer l’avancée d’une armée à l’intérieur d’un pays (anabase). Il se peut aussi que le troisième album de ces Lyonnais du nord n’ait rien à voir avec tout ça; mais il est en tout cas plus réussi que toute cette introduction. 

La musique de L’Effondras n’est pas seulement ce qui permet à l’esprit d’accentuer sa pénétration des aspects sensuels d’un lieu terrestre : elle est l’apparition énigmatique, à jamais mystérieuse, qui fait s’ouvrir les abîmes, en les défaisant un à un. Le monde redevient ce qui surgit de la nuit. Il porte une illumination, cette révélation visible de ce qu’on ne peut voir ; cette vérification audible de ce qu’à l’ordinaire jamais on n’entend ».

Voici le genre de commentaires qu’on peut lire sur la page Bandcamp de L’Effrondras, et c’est finalement à l’image du groupe et de l’idée qu’on s’en fait : on ne comprend pas tout, mais putain, c’est beau.

Depuis presque dix ans, Pierre Lejeune, Raoul Vignal et Nicolas Bernollin font trembler les murs en plâtre du centre de la France avec ce que certains appellent du « post-rock », terme qu’on préfèrera remplacer par pudeur et respect par notre lectorat par « rock instrumental demi-sataniste à vocation écologique ». L’écologie dont il est ici question, c’est surtout l’absence d’un chanteur polluant; poste dont le groupe a depuis longtemps préféré se passer et qui nous évite de grandes considérations sur l’état du monde et les peines de coeur d’un mâle blanc dans la société occidentale.

Eux parlent d’un style « rocheux », ce qui n’est pas tout à fait faux non plus. Pour le reste, « Anabasis » ne casse pas les fondations sur lesquelles le groupe s’est posé depuis dix ans déjà. On pense à Rien (le groupe), Led Zeppelin sur la fin de leur carrière et à tous les groupes européens cités par New Noise et qui font la gueule sur les photos presse. Comme c’est effectivement du post-rock, pas besoin de philosopher des heures; « Anabasis » est un concentré de cinq titres avec des hauts, des bas, des temps morts et des climax – du post-rock, quoi.

On précisera tout de même, avant que vous ne tombiez dans l’écoute dudit album ci-dessous, que l’opposé d’une anabase est « une retraite militaire particulièrement difficile et dangereuse« . Un bon résumé de ce que le groupe a réussi à éviter après deux ans de galère pour aboutir à cette percée, finalement signée chez Medication Times, Araki, Kerviniou et 98dB. « Nous sommes en guerre« , comme disait l’autre. Et ces trois soldats muets pourraient bien la gagner.

L’Effondras // Anabasis, sortie le 21 mai.
https://leffondras.bandcamp.com/album/leffondras-lp

 

1 commentaire

  1. Encore une étude qui montre clairement que le chanteur nuit gravement à la biodiversité, vivement que la commission européenne vote une loi pour interdire définitivement son usage.

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