A force de subir un quotidien lénifiant je me suis subitement mis à me gaver de psyché, histoire de retrouver les bonnes sensations. M'échapper, prendre enfin la mesure de mes rêves de gamin, quand je rêvais de surf sur la voie lactée. "Recovery Tapes" me donne cette opportunité. Good vibrations.

Vie parisienne, vie de con. À peine terminé les bains de foules, le métro sur-bondé de la semaine de boulot, qu’on redemande en week-end sa piqûre de rappel. Et si on allait tuer l’ennui, quelque part main dans la main, pourquoi pas au village de Bercy ? On finira la soirée au cinéma, hein ? Sur les pavés d’un microcosme marchand, on regardera assis à la terrasse du Saint-Michel, sirotant double déca ou Coca zéro, les gens faussement décontractés passer avec leurs yeux remplis de vide. Sous les pavés, la plage ? Tu parles, ça fait longtemps qu’on n’y croit plus. Orwell avait raison, l’Amour a disparu et Big Brother nous espionne avec ses milliers de petites caméras sourdes et autistes, en attendant qu’une bombe nous tombe sur la gueule. Alors en attendant, on fera sagement un petit tour dans les boutiques à la recherche de rien, tout est cher de toute façon. On déambulera tranquillement, un coup chez Agnès B, Côté Maison, Sephora… pour Madame. Puis on terminera l’escapade consumériste chez Nature et Découvertes, petite bulle de nature artificielle où on te vend du rêve écolo aux prix les plus chers. Pas grave, ça sent bon l’encens et les bougies parfumées. Moi-même, j’avoue avoir un faible particulier pour le coin des optiques, où je peux baver devant les télescopes qui attendent, pointés devant l’horizon mural gris, que leur futur maître vienne les chercher. Ça me rappelle le temps où on se réunissait la nuit entre potes pour observer les constellations en se pelant les miches. Orion était ma préférée, avec sa nébuleuse et sa super géante rouge Bételgeuse. On se shootait aux grands espaces en rêvant de vie extra-terrestre et de mondes parallèles que l’on pourrait atteindre en utilisant les distorsions de l’espace-temps. 2001, l’Odyssée de l’espace, avec sa longue séance psychédélique baignée de lumière et de musique, vue par le petit bout de la lorgnette. Passons, ce n’est pas dans mon jardin francilien, pollué de lumière et du passage des avions de Roissy, que je pourrai installer l’outil précieux et perpétuer le rêve. Ce n’est pas non plus par le biais de certaines substances hallucinogènes, mais encore et toujours par la musique, que je pourrai m’évader. Il m’aura fallu du reste attendre la quarantaine pour vraiment commencer à écouter du psyché en boucle, comme un besoin de m’extirper d’un quotidien devenu trop pesant de banalité, et de repartir dans les hautes sphères conquérir l’espace sur le dos de la nébuleuse Tête de cheval, narguer les trous noirs du bout de ma lance cosmique, voir s’écouler le temps qui passe au rythme des pulsars.

Alors j’ai commencé à déterrer mes vieux Pink Floyd, Jefferson Airplane, Frank Zappa, mais cela ne me suffisait pas, il fallait des étoiles montantes.

Dans mon petit lecteur Sony, j’ai commencé à graver ma jeune constellation avec The Oscillation, les Wooden Shjips et Orval Carlos Sibelius. Trois psychédélismes différents, comme autant de raisons de s’échapper des banalités. Avec The Oscillation, je marche en armure de Titane, fier et indestructible. Quand je traverse les rues, les voitures s’arrêtent toutes, croyant voir passer un iRobot surarmé au regard méprisant, prêt à découper leur tas de tôle en fines lamelles. Respect. Le rock psyché limite krautrock des Wooden Shjips, je le réserve aux trajets en métro, là où l’humain s’entasse dans la crasse, le bruit et les odeurs sans jamais se parler, se sourire ou se regarder. Coincé dans le wagon de la mort qui mène au bureau, les longs morceaux aux rythmes répétitifs et guitares saturées des gars de San Francisco me mettent dans un état de transe extatique. Les vitres explosent, un puits de lumière s’ouvre dans les entrailles des galeries souterraines jusqu’au ciel, puis l’espace où je flotte, enfin serein.
Me reste Orval Carlos Sibelius, dont la pop psyché jubilatoire parle directement au cœur, dix tracks formant les Pléiades dansantes d’un genre amené à la perfection. Un tout petit amas de mélodies, que l’on pourrait croire invisible à la première écoute, mais qui révèle graduellement ses 3000 effets sonores. Perché sur le dos d’une comète qui étale progressivement sa longue queue de glace en fusion à l’approche d’une bonne étoile – la mienne sans doute – je peux enfin traverser tout l’univers. Orval Carlos Sibelius, alias Axel Monneau, est un génie de la quatrième dimension, un ouvreur d’espace-temps entre le vieux 4-pistes et le ghetto-blaster. De quoi donner des complexes cosmiques à toute la planète musicale. Dans la banalité infâme du quotidien, j’ai fait mon choix. À jamais éloigné de ce quotidien pour lequel je n’ai finalement jamais eu beaucoup de respect, j’ai réussi à soulever quelques pavés pour enfin entrevoir la plage de mes vacances spatio-temporelles. Le psyché en fait partie, Orval Carlos Sibelius en tête.

Orval Carlos Sibelius // Recovery Tapes // Clapping Music
http://clappingmusic.bandcamp.com/album/recovery-tapes

Orval Carlos Sibelius – I don’t want a baby from Arnaud Caquelard on Vimeo.

NEVER NOTICED YOU WERE ME _ Orval Carlos Sibelius from PATRICK VOLVE on Vimeo.

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