Un nouvel album éponyme – presque dix ans après le premier – et un ultime titre en forme de faux départ. Ty Segall aurait-il bouclé la boucle et terminé le boulot ?

Ty Segall sort un nouvel album. Cool : Cotillons, Champomy, pêche aux canards et chapeaux pointus turlututu. Voilà, grosso modo, la réaction des habitants de notre bas-monde. Mais alors que la grande majorité n’a pas encore eu le temps d’écouter tous les projets 2016 du désormais bien-en-chair gamin de Laguna Beach, lui s’en tamponne et balance “Ty Segall”. Et encore une fois, force est de constater qu’il n’est pas venu là pour poser du lino.

Si vous avez raté l’épisode précédent

Quelle postérité pour “Emotional Mugger”, l’avant-dernier album de Ty sorti l’an dernier ? Déjà en retenir qu’il a détendu les crispés et montré à quel point l’Américain pouvait mettre un bon coup de pied au cul aux plans de carrière. Cet album, c’est une déflagration, une sorte de cri primal pour expulser un trop plein de – déjà – dix ans d’activisme musical. Et à l’écoute de GØGGS, son nouveau projet sorti cet été, on comprend d’autant plus la vibe du Ty Segall millésime 2016. Il est vénère.

Pouvant se résumer comme un simple mais énorme lâcher-prise (pas de guitare pendant cette tournée, un masque de bébé sur scène, ce genre…) la tournée qui a suivi “Emotional Mugger” a confirmé l’aspect peu accessible du disque – voire même dérangeant à certains moments – et le talent de Ty Segall pour s’entourer. Parce qu’entre King Tuff et Cory Hanson aux guitares ou le toujours Mikal Cronin à la basse, le backing band du blondinet avait quand même sacrément de la gueule et les arrangements d’anciens titres valaient également leur pesant de cacahouète. Sauf que l’été terminé, il a bien fallu retourner au turbin.

Same player shoot again

Qui dit boulot pour Ty Segall, dit nouveau disque dans les six mois. Et nous voilà donc face à ce nouveau gros bébé. Et la première chose qui frappe, ce sont les influences qui se cachent dans cet album. 

La première, c’est un retour, celui de Charlie Moothart. La multiplication des guitares était de mise dans “Emotional Mugger”, et laissait l’auditoire dans un continuel bourdon auditif. Là, c’est le son caractéristique de son compère qui ressort, lourd, abrasif. Guitariste de Fuzz et batteur à ses heures perdues pour White Fence, Moothart s’était concentré en 2016 sur la sortie de son premier album solo, écrit à la suite de sa rupture avec Emily Rose Epstein, ancienne batteuse de… Ty Segall. Bref, l’usine à gaz. Remis de ses déboires, son influence se fait largement sentir et peut-être bien que Warm Hands (Freedom returned), cet incroyable morceau à tiroirs de plus de dix minutes tendance heavy-je casse-tout-dans-le-bar, n’existerait pas sans lui.

Ensuite, Marc Bolan. « Oh mais arrête de nous gonfler avec Ty Segall et T-Rex, on est au courant, écoute son album hommage et fais pas chier ! » Non non, cet album, ce sont des reprises, plus ou moins réussies, des titres de T-Rex, rien de plus. Là, je parle de l’influence réelle du Michael Schumacher du glam. Plus que dans les compositions, c’est dans le mimétisme avec la voix tyranosoresque. Dans sa façon de la moduler, Ty Segall se place directement – et peut-être davantage que dans ses autres albums – dans la descendance du Bolan des premières années. Ces jeunes années où le son du groupe anglais n’était pas encore taillé pour conquérir les charts. Nul doute que des titres comme Orange Color Queen ou Take Care (To Comb your Hair) auraient pu se retrouver sur “A Beard of Stars”, sans doute le disque le moins pompeux de T-Rex.

Et si l’on se risquait à demander à Ty Segall ce qui se fait de mieux actuellement, musicalement parlant, nul doute que Wand et son compositeur Cory Hanson se retrouveraient tout en haut de la liste. Wand, made in Los Angeles, et déjà trois albums particulièrement remarqués. C’est bancal, brut, à la limite de la chute mais y’a un truc qui accroche l’oreille, qui sort de l’ordinaire. Et ça, Ty Segall, il adore. Pour trouver un morceau estampillé Wand dans “Ty Segall”, prendre Thank You Mr. K, douce réminiscence de “Emotional Mugger”. Après White Fence, à quand un album collaboratif Wand vs Ty Segall ?

Call my Ty, just Ty

On le sait depuis longtemps : sans talent, les références ne servent à rien. Dans le cas de Ty Segall (l’artiste) sur “Ty Segall” (le disque), on est fixé dès les premières mesures de Break a guitar, balancées comme une grosse mandale électrique, ou encore sur Orange Color Queen, écrite à l’acoustique pour sa meuf.

Même s’il parait clairement définissable aujourd’hui, le son Segall est une énorme pendule tournée vers le futur; prenant de l’avance au fur et à mesure qu’elle regarde en arrière. Chaque album de Ty est à la fois une synthèse, un hommage et un questionnement sur son futur discographique. Et si “Ty Segall” confirme une tendance chez l’Américain, c’est celle de picorer l’herbe du voisin pour mieux humer l’air du temps. Tel est le destin du phénix du garage contemporain.

Ty Segall // ST // Drag City (sortie le 27 janvier)

2 commentaires

  1. Ecrit-il ses albums? Créons un superjeune pour superjeunes,il se tireras la bourre avec kinglizzard et machin là,une sorte de loneBabydeguisémanipulator qui nomme son facebook au chiffre de la tebè, pour soutenir l’idée de chaos créateur de l’episode trumpien des simpsons,des basketteurs baskettant toute la nuit,une generation de superemotionnalmuggers.
    Bon mais de toute façon sa musique saoûle.C’est sûrement fait exprès.Faut qu’on arrive au dégoût.
    Après le vomi,le calme.

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