Ought, formation post-punk directe et tranchante, revient avec un troisième album plus mélodique et délicat que ses prédécesseurs. Une manière de montrer une autre facette de leur personnalité ? Interview avec la moitié du groupe, Tim Darcy et Matt May.

Quand arrive le troisième album, les choix se réduisent à trois options :

1/ arrêter le groupe.
2/ continuer dans la lignée du deuxième sans faire de vague.
3/ faire des expérimentations et tenter de nouvelles choses.

Souvent, les choix les plus plébiscités sont les deux premiers, moins risqués. Mais Ought n’est pas du genre à tomber dans la facilité.

Après deux albums plus que réussis (« More Than Any Other Day » et « Sun Coming Down »), ce nouveau disque était l’occasion de se diversifier : déjà, les quatre garçons quittent le label Constellation Records et signent avec Merge. Un plus gros label signifie aussi plus de pression et des ambitions revues à la hausse. Ought prend aussi plus de temps pour bien concevoir les morceaux. Ils partagent plus, s’accordent plus de temps et font vraiment en sorte de pondre un album cohérent et surtout, différent. « Room Inside The World » est clairement plus mélodique et mélancolique. Moins brut et brusque que « More Than Any Other Day ». Et surtout, plus subtile.

Parlez nous de l’importance des tournées pour un groupe comme Ought ?

Tim : Déjà, c’est comme ça qu’on gagne de l’argent ! Ensuite, notre entourage, avec notre nouveau label Merge, nous pousse à tourner et nous donne des conseils pour mieux étendre notre base de fans.

Matt : Avec les tournées, tu t’améliores et tu joues mieux à chaque fois donc ça peut créer des opportunités. On aimerait bien aller jouer en Australie et c’est en tournant beaucoup qu’on y arrivera.

« Il me faut bien quatre ou cinq jours avant que j’arrête d’être déprimé et que j’arrive à me mettre à l’idée que je peux avoir une journée normale »

Comment se passe la vie sur la route ?

Matt : Chacun vit les choses à sa manière mais tu trouves un moyen de faire en sorte que tout aille bien. Ce qui m’aide, c’est de bien manger, bien dormir, faire un peu de sport et garder contact avec mes proches. En gros, parler à d’autres personnes que le groupe. J’ai incité les autres à utiliser WhatsApp, ça permet de garder les pieds sur terre d’une certaine manière, avec un côté plus « réel ».

Parfois, certains musiciens souffrent de dépression en rentrant de tournée. Ça vous arrive ?

Tim : Oui, il me faut bien quatre ou cinq jours avant que j’arrête d’être déprimé et que j’arrive à me mettre à l’idée que je peux avoir une journée normale. Après ça dépend de la durée de la tournée que tu as fait. Si ça ne dure que deux semaines, c’est plus facile de reprendre sa vie de tous les jours, mais la dernière qu’on a faite a duré plus de six semaines et à la fin, j’étais complètement épuisé.

Question un peu bête, mais avec ce nouvel album, est-ce la fin d’une époque ou le début d’une nouvelle ?

Tim : Est-ce qu’il y a une différence entre les deux ?

Non mais en terme de style, c’est un album assez différent que les deux précédents…

Tim : tu veux savoir si ça va être notre dernier album ?

« Si t’es pas fier de ce que tu sors, autant de ne pas le sortir. Ça n’aurait aucun sens. »

Non non, je veux juste savoir si pour vous, vous allez plus continuer dans cette nouvelle direction musicale que celles que vous avez explorées avant.

Tim : Ah, c’est intéressant comme question.

Matt : En fait, cet album reprend des éléments qu’on a déjà utilisés et tend vers de nouvelles expériences aussi.

Tim : Il y a clairement une évolution. J’ai l’impression que les idées sont mieux abouties sur ce nouvel album et il y a des choses qu’on n’avait jamais faites auparavant.

Par exemple ?

Tim : Au niveau de la tonalité surtout, et la manière dont on a incorporé les nouveaux instruments dans le processus d’écriture, avec des voix plus mélodiques. Ça change beaucoup des premiers albums.

Vous étiez confiants sur le fait qu’il allait sortir ?

Tim : Si t’es pas fier de ce que tu sors, autant de ne pas le sortir. Ça n’aurait aucun sens.

Vous avez passé plus de temps à le peaufiner que les deux précédents. Comment on sait qu’un album est fini ?

Tim : Il y a peut-être un seuil de douleur, quand tu commences à te sentir mal du fait de continuer à bosser dessus. Je crois qu’il faut écouter ce sentiment, sans tomber dans la paresse ! Avec les paroles, j’ai parfois passé trop de temps dessus à essayer de les retravailler et au final, j’ai réalisé que je m’étais éloigné de mon idée initiale. Je pense que, quoi qu’il arrive, c’est toujours mieux quand tu crées sur quelque chose et instantanément, tu sais que c’est super. Quand tu retravailles un morceau plusieurs fois, ça peut apporter plus de finesse, mais ça n’aura jamais la même sensation que quand tu crées quelque chose et qu’instantanément, tu as le sentiment que c’est exactement ce que tu voulais.

Et donc pour cet album, vous avez opté pour quel méthode ?

Tim : Pour les deux premiers albums, le processus était très direct : on jouait ensemble et puis ça partait de là. Pour celui-là, on s’est plus concerté, on a plus planifié les choses et on a pas mal changé la structure des accords pour qu’ils s’accordent avec ma voix et la tonalité qu’on voulait donner.

D’ailleurs, concernant les paroles, j’ai l’impression qu’elles prennent une place plus importantes et qu’il y a eu un vrai travail sur cet aspect-là.

Tim : Les nouvelles compositions laissent plus de place pour la nuance et les changements de tonalité. D’un point de vue « artisanal », j’en suis très fier de ces paroles. C’est un album moins agressif qui laisse plus de place à la subtilité et la délicatesse.

Certains médias disent que vous êtes le dernier grand groupe de rock politique. Vos réactions ?

Matt : J’ai envie de te dire que c’est un truc tellement con ! Je comprends un peu l’idée, on a du mal à penser à l’avenir dans notre société. Et donc ce concept selon lequel le présent serait la fin de tout est souvent faux. Tu peux dire qu’une chose est la fin d’une époque quand tu essaies de préserver un élément ou un aspect en particulier et qu’il y a un intérêt à le faire. Mais je ne vois pas un futur proche où la musique rock arrêtera d’exister ou qu’il faille la sauver. Donc pour moi, ça sert à rien de dire ces choses-là, qu’on est le dernier groupe blablabla.

Tim : Je suis complètement d’accord, c’est stupide.

L’album « Room Inside The World » disponible depuis le 16 février 2018 sur Merge Records.

2 commentaires

  1. la salle l’Olympia annule les cancers du « cogneur » et fossoyeur , à vos protestations/petissions en ligne& quand vous le verrai, pissez lui dessus.

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