Dans la série des groupes oubliés, il y a Modest Mouse, un projet né en 1992 et qui, dans une indifférence quasi létale, sort aujourd’hui son septième album, « The Golden Casket », soit le cercueil d’or en français dans le texte. Un beau résumé pour une carrière en dents de scie.

Je me souviens de 2004 : le revival rock, avec ces innombrables groupes en « The » (Libertines, Strokes, Hives, et cetera), ce moment où la musique à base de guitare redevient cool et fait la hype. Ce moment où Internet n’avait pas encore atteint sa toute-puissance, et où cette bonne vieille télévision avait encore un impact, une importance pour faire connaître ce qui mérite de l’être. Il existait alors (croyez-le ou non) une chaîne entièrement dédiée à cette musique, et même à son expression la moins U2esque : MTV2. C’est là que j’ai pu entendre tous ces groupes dont me parlait le NME que je dévorais avidement chaque semaine (grâce à la médiathèque d’une commune de la Ceinture Rouge, merci les cocos !), et que je découvre simultanément deu groupes : des Canadiens avec un drôle de clip en dessin animé à la rythmique hypnotique (c’était Power Out par Arcade Fire) et des simili-Syldaves chantant une chanson qui semble parler de clonage de moutons (Float On de Modest Mouse). Quasi-symétrie inversée des titres, et il en est de même, semble-t-il, pour les carrières de ces deux groupes : aux Canadiens les honneurs et la gloire, aux Américains la galère et un relatif anonymat.

Anonymat en France, tout du moins, car cet instant classic mélancolique  cartonne à la maison : n°1 au classement Billboard Modern Rock Tracks et nommé pour le Grammy Award de Meilleure Chanson Rock l’année suivante. L’album, excellement nommé « Good News For People Who Love Bad News », marche bien , et si Arcade Fire devient un groupe mondialement connu, Modest Mouse s’installe alors durablement dans le paysage indie rock américain.

Souris modeste

A l’origine, c’est l’habituelle histoire des groupes indés aux States : des « misfits » originaires de nulle part (ici un bled du Montana), des parents soit démissionnaires, soit ex-hippies ayant viré dingos religieux (cochez ici l’option 2), et une addiction plus ou moins précoce aux guitares saturées et aux psychotropes divers. Isaac Brock, le leader au cheveu sur la langue, répond à tous les critères. Il monte le groupe en pleine Nirvanamania (et sort d’ailleurs quelques singles sur le label Sub Pop), tourne, galère, se drogue, déprime, sort un album devenu culte mais largement boudé par le public à sa sortie (« The Moon and Antarctica » en 2000, écoutez-le, c’est super chouette), jusqu’au succès, donc, au bout de plus de 10 ans d’existence.

Ce succès va apporter un relatif confort financier (Float On est utilisé par un tas de publicités), et surtout va provoquer l’arrivée d’un nouveau membre plutôt inattendu : Johnny Marr lui-même, oui oui, monsieur Smiths, qui co-écrit quelques morceaux sur l’album « We Were Dead Before the Ship Even Sank » (de plus en plus optimistes, les titres d’album…) et tourne avec le groupe.

Mais il est écrit que ce groupe est, sinon maudit, du moins poissard au dernier point : Isaac Brock sombre dans un énième dépression, et l’acteur Heath Ledger (qui vient tout juste d’interpréter le Joker pour Christopher Nolan) s’entiche du groupe et décide de jouer dans le clip du morceau King Rat. Ceci arrive bien sûr au moment de son suicide : le clip ne sera pas terminé…

Il leur faudra huit ans pour sortir un album, et encore sept pour le dernier, « The Golden Casket », qui sort donc ces jours-ci. Et l’ambiance actuelle du monde (confinement et paranoïa) n’est finalement pas pour déplaire au leader du groupe : reclus dans un Airbnb à Topanga Canyon, il a récemment acheté un casque qui le protège de diverses ondes malfaisantes, ainsi que d’un micro ultra-sensible capable selon lui « d’enregistrer les battements du cœur d’un escargot ».

Bref, Isaac Brock va mieux, et ceci s’entend dans ce dernier album, produit par Jacknife Lee (le responsable des derniers U2, c’est lui, mais il a fait des trucs bien avant) : moins de guitares, plus de sons bizarroïdes mais plaisants, et des paroles carrément feel good : « Just being here now is enough for me  » (dans « Wooden Soldiers »), ou encore  » Things were hazy, but that all stopped with you «  sur le choupinou Lace Your Shoes, dédié à sa fille de 3 ans. Tout cela aurait pu aboutir à une bouillie écœurante, mais c’est finalement un album totalement en phase avec cette époque post-déconfinement, où on se dit que tout peut repartir sur des nouvelles bases (même si, hein, au fond de nous, on sait que tout sera pareil…). Et sinon, quelqu’un a des nouvelles d’Arcade Fire ?

 

 

 

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4 commentaires

  1. j’en ai plein dans la grange, on les fait rôtir & on les vend en pâté aussi, aux touristes qui se sont perdus vers chez nous.

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