Trésor caché = terme le plus galvaudé de l'histoire (si récente) de la pop. Le « trésor » sera toujours discutable et discuté par des armées de trolls en furie. Mais qui oserait traiter de blockbuster underground un disque sorti à 500 exemplaires en 1977 sur Guinn records? Exhumation d'un butin oublié.

En matant d’un oeil distrait la coupe de douille du chanteur sur la pochette dégueulasse de cet objet étonnant aujourd’hui réédité par Anthology recordings (Avec un nom de label pareil, t’as tout intérêt à les avoir bien accrochées au fond du caleçon), l’auditeur amateur pourrait penser à tort qu’une B.O oubliée d’un chef-d’oeuvre de Joe d’Amato vient de faire son apparition sur le marché des bootlegs venus de Saturne.

500 exemplaires. Puis pschittt. De toute façon, si cet album était sorti chez Elektra en 1977 avec une promo de fou et un pressage plus conséquent, le flop aurait peut-être été aussi retentissant mais le disque n’aurait jamais bénéficié de l’aura de rareté qui lui a régulièrement permis d’atteindre des prix indécents chez les collectionneurs fous. En cas de doute, merci de vous rendre sur la foire aux bestiaux Discogs.

« Michael Angelo » est donc un très bon disque produit à très peu d’exemplaires.

angeloourlCeci explique peut-être le retour d’un bête que personne n’attendait. Même pas les collectionneurs businessmen qui voient peu à peu leur démarche spéculative prendre du plomb dans l’aile à chaque nouvelle réédition. En 1977, Michael, en avance sur son temps et asynchrone avec le mouvement punk, porte déjà la coupe de Didier Six. Ca sent le loser pas magnifique. Sur la pochette de son disque, son visage mal cadré apparaît devant un mur qui rappelle la sobre déco d’un restaurant chinois en plein Belleville un soir de nouvel an.

La rondelle de plastique n’est pas encore insérée dans la fente, mais ce disque sent déjà à plein nez la défaite annoncée, l’échec garanti pièces et mains d’oeuvre chez Midas. Si un digger fou venait annoncer à la cantonade que 423 exemplaires de cette affaire ont fini au pilon, personne ne lèverait un début de soupçon de sourcil. Pourtant, on tient là 10 titres et autant de perlouzes, ou presque. Des petits bijoux dépassant rarement les 3 minutes et composés par Angelo, la nuit, sur son temps libre de musicien de studio bien employé pour des pubs ou par d’autres musiciens. Le propriétaire du studio lui accorde le droit de l’utiliser pendant ces heures off ? Il en profite bien sûr. Et enregistre cet album qui aurait mérité bien mieux qu’un pressage microscopique de 500 exemplaires.

Mai 2015. Tout le monde commence (à raison) à s’exciter sur le nouveau disque de Bill Fay, un oublié des 70’s qui semble prendre le chemin d’un Rodriguez récemment porté aux nues par l’intelligentsia culturelle. Et c’est cool, parce que Bill Fay, c’est la grande classe. Mais si tu veux te la jouer Kansas (la ville, pas le putain de groupe dont même ton père ne veut plus entendre parler) dans ta prochaine soirée Deezer au moment du Knacki time, commence donc par retirer quelques euros au distributeur, procure toi la merveille Angelo chez ton dealer et laisse toi embarquer. Ce disque aurait dû s’appeler le syndrome de Stockholm. Ou piège à petite vitesse.

Trois exemples pris au hasard : Oceans of fantasy, symphonie blowjobesque comme Jacco Gardner n’en écrira peut-être jamais. Si les Byrds avaient lancé une OPA sur les Who du début des 70’s, The world to be aurait sans doute pu figurer sur un hypothétique best of. Et puis il y a Field of Lonely Eyes, un inédit qui semble sorti en contrebande par des Left Banke pas loin du meilleur de leur forme. Même si Angelo a remis les mains dans le cambouis pour bosser sur le son de cette réédition, le tout reste assorti d’un son légèrement bringuebalant, les masters originaux de l’affaire ayant disparu. Pas de single ou de titre phare, mais on s’en cogne. Avec une coupe de douille, une pochette de merde et un pressage rachitique (ça fait sûrement trop de balles tirées dans ses pieds), Michael aura donc sorti un album éponyme qui se déguste sur la longueur, comme une bonne pipe au coin du feu.

Michael Angelo // Michael Angelo // Anthology Records

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