Oubliez toutes les fois où l’on vous a parlé de disques faisant le même bruit qu’une fusée prête à décoller pour l’espace, cette fois c’est la bonne : « 6 fragments », premier album solo du Rouennais, s’avère être un bon mode d’emploi pour quitter l’atmosphère, sans pesanteur.

Depuis désormais 23 ans, tel un satellite perdu dans la banlieue de Jupiter, Steeple Remove continue sa lente dérive en étant propulsée par une énergie inconnue. Alors que la majorité des groupes ayant débuté leur carrière dans les années 2000 agitent aujourd’hui le drapeau blanc, cet Ovni du paysage musical français fondé en 1997 (avec une première sortie chez Sordide Sentimental, excusez du peu) continue encore et encore de voler. On n’a pas été vérifié si toutes les pièces étaient d’origine ni si ça ne s’engueulait pas parfois dans le cockpit, mais le fait est : Steeple Remove semble bien parti pour enfoncer pas mal de records de longévité dans un pays étonnamment peu propice au rock, voire au space rock.

En marge du dernier album, « Vonal-Axis » (2018), son leader maximo Arno Vancolen a visiblement eu l’envie d’aller tripoter des boutons dans son coin et le résultat, sans qu’on en ait espéré grand chose, permet de prendre des nouvelles d’autres voyageurs lointains : Michael Rother (Neu !), Irmin Schmidt (CAN), Brian Eno, Roedelius (Cluster, Harmonia) ou encore Silver Apples, tous plus ou moins classés dans la catégorie des musiciens inclassifiables, tous partageant cette passion pour le cosmos et la composition rigoureuse, loin des tatapoums basiques du krautrock. De ce petit tour de manège qu’est “6 fragments”, composé de 9 pièces, on ressort plus léger qu’on y est entré, avec l’impression de s’être pris un shoot d’oxygène si frais qu’il décrasse au karcher comme Sarkozy les banlieues.

 

Avec Rubin Steiner, Vancolen est donc l’un des derniers grands résistants français à être capable d’encore avancer malgré le nombre d’heures de vol au compteur . Son maquis à lui clignote un peu partout, à l’image de la pochette; et avec ce ballon-sonde, le chercheur prouve surtout qu’il reste un électron libre. Un exercice périlleux dont il ressort grandi là où tous les gens de son âge semblent avoir entamés depuis longtemps un combat pour la visibilité. Affranchi du jeunisme, sans peur de l’oubli ni plans sur la comète, ce disciple de Jean-Pierre Turmel semble avoir depuis longtemps compris la leçon principale : s’effacer derrière l’oeuvre garantit, si ce n’est l’éternité, du moins la durée. Les longues parties de guitare étirées à la Fripp/Pinhas sur Itta ou la phase culminante qu’est The Slab, perle de dream pop 90’s, devraient combler les évasifs et détenteurs de téléscopes.

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