Ces derniers jours, il se passe pas mal de choses à Bruxelles. Les Nuits Botanique. Nous reviendrons dessu

Ces derniers jours, il se passe pas mal de choses à Bruxelles. Les Nuits Botanique. Nous reviendrons dessus après l’action, (presque) à chaud. L’occasion d’ouvrir une vanne de considérations personnelles sur une programmation de dix jours. Pour le moment, il me reste encore une date sur ma liste. Mercredi 13 mai, j’irai voir Major Deluxe. Une lueur d’espoir lors de la nuit belge ? Peut être.

Voilà quelques mois, je découvrais dans un confort certain Something Ends Here. Dans des sièges de velours pour un disque en or. A force d’écoutes, j’avais eu envie de rencontrer Sébastien Carbonnelle. En une après midi d’un dimanche sûrement moche, le rendez vous était pris pour le lendemain. J’avais bien sûr préparé une liste de questions, mais la discussion s’établit naturellement dès lors que la première cigarette s’allumait au PP Café, bar jazz et cosy aux couleurs jaunes et rouges du centre ville. Après l’écoute du disque à l’Arenberg, cinéma des Galeries de la Reine, pour qui se prenaient-ils ? Morceaux choisis d’une heure de discussion. Deux cafés, une bière…l’addition?

« Le cinéma, c’était pour dire aux gens venez donner une heure de votre temps à Major Deluxe. Si on envoie le disque on sait qu’il sera au milieu de la pile, écouté entre deux sandwichs. C’est juste une façon de dire,  prenez le temps d’écouter notre album. C’est ni snob ni élitiste, c’est l’idée du respect du travail. Mais je commence aussi à comprendre pourquoi on nous traite de groupe snob, de bruxellois bobo, alors que je suis pas du tout bruxellois. Je sors de mon potager. Deluxe c’est pas chic, c’est juste de l’exigence ».

L’exigence est partout chez Major Deluxe. Pas l’ombre d’une faute, même dans leur discothèque au goût sûr que l’on retrouve en partie sur leur site, façon les 100 albums à écouter dans votre vie. Ce bon goût ambiant, on pourrait bien sûr s’en méfier mais… « Y’a loin d’avoir tout, c’était l’époque du premier album, ça permet de désamorcer la question des influences. Je sais qu’il y a un lien avec tout ça dans notre musique. Tu vois, je parle souvent du côté soul, un peu laid back et c’est pas nécessairement perceptible au premier abord. Pour les cordes, c’est plus du côté soul qu’il faut chercher. Bacharach c’est plus les changements harmoniques que je trouve géniaux. Ces influences, c’est ça aussi le côté Deluxe ».

Ces cordes qui donnent toute la magie à la musique de Major Deluxe, malheureusement, il n’y en aura pas sur scène le 13 mai. « Y’a notre trompettiste, les orgues, on réinterprète les morceaux tout en gardant des petits détails quand même. »

Au départ de la discussion, j’avais amené le sujet des contrastes qui me semblent une composante essentielle de Major Deluxe, à savoir entre la pochette présentant ce bateau qui semble avancer péniblement sur la glace, et la douceur de leur musique. Comme c’était le cas des textes sombres chantés chaudement dans le creux de l’oreille. Je pensais qu’il s’agissait de prendre l’auditeur par derrière, à contresens de l’image que véhicule la pochette du disque. Et nous en sommes venus encore une fois à l’exigence, à ce souci du détail…

« C’était plutôt l’idée du voyage qui m’intéressait. Et une donnée vachement importante, c’est la notion d’horizon. C’est ça qui me parle, et j’ai la chance que notre photographe, qui voyage à travers le monde, ramène des photos de partout qu’elle me présente. J’ai la possibilité de choisir, et là, avec le bateau, j’ai eu l’impression que tout y était. L’idée d’immersion. Ce que j’aimais bien, c’est que cette photo racontait vraiment une histoire, le bateau est à l’arrêt, au milieu de nulle part. Les gens descendent et vont où ils veulent, c’est ce que je défends avec Major Deluxe. C’est une proposition, on vous amène quelque part mais l’autre moitié du chemin, c’est à vous de la faire. »

Avec ce côté panorama, t’as déjà pensé au cinéma ?

« J’ai jamais été contacté, mais ça fait longtemps qu’on dit qu’on va démarcher dans ce sens, j’aime beaucoup la musique de film, François de Roubaix, Morricone, Bacharach, ça m’influence dans le travail d’arrangement et de composition. Mais on nous a pas contacté, j’avoue je démarche pas assez. Si on me demande d’utiliser un morceau de l’album je serais ravi mais ce qui me tenterait vraiment c’est de faire des musiques originales… Pas nécessairement instrumentales mais créer un ensemble de choses avec des thèmes, une cohérence »

Et le groupe, pour revenir à la photo, reste sur le bateau à peaufiner la prochaine escale ?

« Tout ça, ça vient sûrement de mes écoutes répétées des Beatles, mais aussi d’autres choses. Abbey Road, j’ai du l’écouter trois cent fois, à chaque fois je découvre de nouvelles choses alors qu’ils bossaient sur un huit-pistes. J’écoute aussi beaucoup de groupes progressifs, j’adore King Crimson, j’ ai pas peur de le dire. Ces morceaux à plusieurs développements, comme Pink Floyd, tu peux mimer les chansons, avoir l’impression de passer dans un autre monde et j’ai toujours été sensible à toutes ces choses qui arrivent en même temps. D’ailleurs, on avait pensé mettre une mention « headphones friendly », mais finalement, c’est pas à nous de le faire. Malheureusement j’ai l’impression que plus grand monde n’écoute ses disques au casque, c’est dommage. »

Je lui dis qu’au moins Major Deluxe possède un public qui achète les disques. 

« Je sais pas… en fait on préfère que peu de gens achètent le disque mais que ce soit des gens qui vont vraiment l’écouter, le garder longtemps… après on est toujours ravi que quelqu’un achète notre disque, même s’il est déçu. Tu peux acheter mon disque, si t’es déçu et que t’en as marre au bout de trois écoutes tu peux me le ramener ».

Voilà qui au moins a le mérite d’être radical.

« C’est une façon de proposer aussi, les gens estiment qu’acheter un disque est devenu une aberration. Même les amateurs n’achètent plus que très peu alors que pleins de choses intéressantes sortent. Les groupes comme le nôtre sont plus destinés à avoir plusieurs petits débouchés dans plusieurs pays, pour des ventes relativement réduites. C’est notre façon d’exister, après sur scène c’est différent»

Je me rappelle d’une interview de Kris Dane dans laquelle il racontait comment il était connu pour n’avoir été que le guitariste de Ghinzu en Wallonie quand il avait déjà un passé en Flandres. Ca se passe comment alors, pour Major Deluxe ici ?

« En Belgique, ça se passe bien, je me considère comme un groupe indé mais notre musique est accessible à beaucoup de gens, ce qui rend pour les médias la chose compliquée. Avec le premier on a eu beaucoup de presse, on a pu faire une tournée. Pour Something Ends Here c’était une volonté du groupe de rendre la musique plus lisible, contrairement au premier. En Belgique on sait qu’on peut exister avec ce disque pendant un an. En France c’est plus difficile, t’as trois mois pour tout prouver à moins que tu restes sur place. En Belgique, ça se passe bien côté français, on a plus de mal en Flandres surtout parce qu’il y a un schisme dans les médias, qui sont parfois très réticents à parler de groupes francophones. Enfin, on est pas du tout estampillé groupe wallon. Ceux qui acceptent d’en parler, ça leur plaît beaucoup. Le problème qu’on a eu, c’est que le premier album n’a pas été distribué en Hollande alors que les médias hollandais sont très prescripteurs en Flandres. En Flandres, les gens lisent aussi beaucoup la presse anglaise»

Et en France, Something Ends here va sortir chez qui ?

« Pas chez Tricatel, on a été le dernier album distribué physiquement, je crois que Bertrand va relancer une distribution physique, je sais plus très bien. En tout cas, après le premier y’a eu tout un changement chez Tricatel, ça a failli arrêter pendant qu’on exploitait notre album. Pour l’instant, on ne sais pas avec qui on va bosser, et même si c’est une solution modeste, ce disque va exister en France. Ici, je suis impliqué dans le label qui sort mon disque et je trouve ça très bien, par contre j’ai à m’occuper de toute ce qui est administration. Top5, on l’a crée avec Fabrice, on sortait le disque de John Cunningham en étant choqué que certains artistes ne soient pas suffisamment défendus par les médias»

Pour Major Deluxe, j’ai au moins la satisfaction d’avoir fait mon boulot. Défendre un groupe qui en vaut la peine. Que peut-on faire de plus ?

http://www.myspace.com/majordeluxe

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