Alors que la fin de saison est entrain de se régler à coup de barres à mine sonores par les meilleurs artificiers du cru avec une ferveur à nous mettre la larme à l’œil et le briquet au molotov, le label français Celebration Tapes sort une cassette d'ambiant belle comme on ne pensait plus en entendre.

a3217870917_10Évidemment, puisqu’on préfère le canif à l’encens indien et Terry Riley (wololo les clichés), on n’y comprend pas grand chose, sinon qu’il semble s’agir de synthétiseurs passés dans d’immenses réverbérations et delay, résonnant comme tant de cordes ou de cuivres fantasmés. Un programme qui vous condamne à écouter ces morceaux tard dans la nuit.

C’est justement dans ce genre de moments bénis, entre la fin de vos homeworks de trentenaires et l’heure du coucher, à un stade de fatigue unique et propice qu’une œuvre de ce type sera abordable pour le commun des mortels. Ces instants durant lesquels les défenses tombent, l’urgence se dissipe après la lumière du jour seront parfait pour s’abandonner à « DAWG ».

Sans complexe, l’artiste dresse avec sa matière de sublimes paysages romantiques. L’homme manipule la texture avec une aisance rare et fait mouche : on s’envole avec lui dans ce que devraient être les bandes sons de ces séries épiques qu’on nous sert à longueur de spoils facebook ou de ces films de sci-fi dystopiques pour suceurs de torrents.

La tête la première, Lugene Verna plonge dans l’héroïsme glorieux, la sérénité des vainqueurs et les grandes étendues qu’on s’est vu souillé par le détournement qui en a été fait. Le rêve de liberté, le rêve de danger, le rêve de beauté qu’on satisfait par écran interposé. Ce grand cri qu’on ne pousse pas mais que l’acteur de la pub pour vendre du fromage de chèvre exulte pour nous.

Lugene Verna nous rappelle que ce hurlement est et restera dans notre tête. Qu’il est une œuvre d’art, une idée, qu’il n’existe pas proprement. Mais qu’on peut toujours livrer des créations d’une grâce pure aussi exaltante, à notre époque. Une époque dans laquelle, après mariage, enfants, foyer, on fait croire aux kids que c’est dans la « liberté » (comprenez les week-ends de rando et autres voyages éco-responsables en Afrique) qu’il trouvera un sens à ses heures de bureau, faisant par là-même disparaître les vraies aspirations à la liberté s’il en fût.

Il reste donc finalement une place pour le grandiose. Celle-ci est évidemment dans un bout de plastique de 7 centimètres de large, sur une bande magnétique, mais à l’heure où notre monde sent de plus en plus l’odeur âpre de la cendre, on s’en contentera volontiers.

https://celebrationtapes.bandcamp.com/album/dawg

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