C’est comme un film d’horreur : une boite aux lettres vomissant des dizaines et des dizaines de plis postaux contenant des disques médiocres accompagnés de bio pas plus originales. Et quand ils ne sont pas physiques, ces albums arrivent par liens dématérialisés pour vous hanter grâce à une absence complète d’ambition d’artistique. En trois mots : c’est la rentrée. Plutôt que s’user la santé à les dépeindre un à un, nous les avons regroupé sur un terrain dégagé pour les abattre, un à un.

Certains ont survécu à la fusillade ; d’autres pas. Voici un résumé de ce qui vous attend dans les prochains jours ou semaines, pour le meilleur et pour le pire.

DIIV : « Deceiver »
(Captured Tracks)

Au départ, un article entier était prévu sur ce troisième album du groupe que tout le monde connaît sans l’avoir écouté. J’avais même déjà le titre : « Mou comme une enDIIV ». Mais comme chacun sait, les bons titres ne sont pas forcément des bons papiers. Il a donc fallu se résoudre à écouter une nouvelle fois « Deceiver » qui, somme toute, porte bien son nom. Un océan de bullshiteries indie emballées dans du joli papier cadeau des années 90 avec, et c’est un exploit, la capacité de Zachary Cole Smith à aligner 10 compositions dénuées de quelconque originalité. Pour sa défense, tout avait déjà mal débuté à la lecture de la biographie accompagnant « Deceiver » : une règle tacite raconte que toute bio citant d’entrée de jeu le nom d’un producteur inconnu au bataillon aboutit dans 98,56% des cas à un vautrage semblable à un paraplégique tentant d’apprendre le patin à glaces. Dans le cas de DIIV, il s’agit de Sonny Diperri, dont on apprend qu’il a bossé avec My Bloody Valentine, Nine Inch Nails ou Protomartyr. Et hélas pour lui, ça s’entend.

Spelterini : « Pergélisol / Chorémanie »
(Kythibong)

Résultat de recherche d'images pour "Spelterini : « Pergélisol / Chorémanie »"Voici l’archétype du super groupe qu’on aurait tant aimé aimer. On y trouve deux membres de Papier Tigre et La Colonie de Vacances accompagnés par deux autres musiciens de Chausse Trappe. L’étiquette accompagnant ce premier album parle de drone répétitif avec une petite sauce post-punk. Evacuons d’emblée le qualificatf post-punk qui ne signifie plus rien depuis que même Matthieu Pigasse traine sur Bandcamp ; c’est surtout répétitif et inadapté pour des oreilles ayant grandi avec Marc Lavoine ou les Red Hot Chili Peppers. Les amateurs de chaine bricolage sur Youtube trouveront certainement là de quoi faire jouir leurs tympans, mais Spelterini est hélas l’archétype du disque soundcloud qu’on écoute en accéléré, peut-être un peu trop pressés qu’on est d’en finir. Que ceux qui ont écouté « Pergélisol / Chorémanie » en entier écrivent à la rédaction pour raconter leur expérience ; on lira en diagonale.

Ilgen-Nur : « Power Nap »

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Une jolie voix féminine – ça change, une partie de batterie ultra binaire et de petits accords gratouillés sur une guitare électrique dans une chambre d’ado repeinte en rose (pas la chambre hein, la fille), voici en synthèse le résumé de cet album composée par une Allemande a priori bien sous tous rapports, et qui ne mérite pas qu’on s’acharne sur elle. On a pourtant parfois l’impression d’écouter du Coldplay à la sauce Courtney Barnett, et l’écoute de plusieurs chansons d’affilée nous pousse à nous demander pourquoi Ilgen-Nur a préféré le métier de musicienne à celui d’influenceuse sur Instagram. Certains la qualifient pourtant « d’espoir du rock indépendant allemand » ; on vous laisse écouter ci-dessous et vous faire une opinion sur la notion d’espoir. Les amateurs se rueront en tourbus le 23 octobre à son concert parisien prévu au Supersonic.

Cesar Palace : « You’ve got the love, I’ve got the internet »
(Bruit Blanc)

Annoncé comme un « album solo du batteur d’Electric Electric et La Colonie de Vacances », cet album au nom formidable et digne d’un épisode de The IT Crowd est un concentré de rythmes chelou Dieu merci ramassé sur quatre titres qui devraient ravir les nostalgiques de Guy Georges et qui cherchent à évacuer leurs pulsions meurtrières en courant le soir dans la forêt. Attention, lors de la prochaine partie de Monopoly, à savoir éviter la case Christophe Hondelatte.

Otto : « Over The Top Orchester »
(Bureau B / Big Wax)

On était parti pour mettre une note sévère à ce pastiche de Library music joué sur un orgue monophonique des seventies, mais vu la douche froide prise par les sorties précitées, ce premier album chez Bureau B, même s’il n’invente rien, permettra aux copies d’open space de dodeliner de la tête en écoutant du reggae mutant joué au ralenti par deux mecs aux pseudos-blagues (Alexander Arpeggio et Cid Hohner). Finalement, cette musique d’ambiance ressemble beaucoup aux papiers peints vintage qu’on achète désormais sur internet ; parfaite copie des motifs d’époque mais à des prix insensés. Faudrait quand même que quelqu’un sonne la fin de la récréation pour ramener tout ce beau monde dans le temps présent.

Lower Dens : « The Competition »
(Domino)

Le groupe de Jana Tuner, c’est un peu comme Fever Ray : beaucoup d’espoir placé dans les premiers albums, au tournant des années 2010, et puis un lent plongeon dans le ventre mou de la deuxième division musicale ; là où croupissent tous ces groupes dont on s’étonne qu’ils soient encore en activité. Premier mauvais point pour ce nouvel album : seuls deux musiciens du groupe original sont encore présents. Le second : « The competition » est une espèce de concept album autour du capitalisme – ce qui n’empêche pas Lower Dens de VENDRE son album, mais bon, tout le monde ne peut pas s’appeler Zaz. Une fois passée cette introduction, l’adjectif qui semble le plus souvent revenir quand il est question de ce quatrième album, c’est « lumineux ». Bon, après tout, pourquoi pas. Encore que le terme sied bien plus aux LED économiques du rayon IKEA qu’à de la musique composée par un sosie non-binaire de Daniel Balavoine. A part ça ? Onze titres placés dans le grand bain des eighties dont personne n’arrive finalement à sortir, avec des chambres d’écho en veux en voilà et des mid-tempos jusqu’à l’horizon, si bien qu’à la fin de « The Competition », on ne sait plus trop si Lower Dens a gagné la course qu’il avait lui-même imaginé. La bande de Baltimore devrait écouter entre 10 000 et 13 000 exemplaires de cette danse mi-triste mi-synthétique puis revenir pour un cinquième album dans 3 ans après avoir rempli des salles de taille moyenne.

Pion : « 22 :22 »
(Entreprise)

Fut un temps où les mélodies perchées et textes crypto-contestataires de Blind Digital Citizen semblaient être le porte-parolat parfait pour les gilets jaunes ; mais c’était quatre ou cinq ans avant que les flippés du diesel ne se décident à occuper les ronds points. Trop en avance, l’affaire Blind Digital Citizen s’est débranchée toute seule et trois de ses membres ont décidé de revenir dans le passé, époque musique progressive, pour donner vie à Pion. « 22 : 22 », premier album chez Entreprise, laisse donc à entendre un groupe qui aurait parfaitement pu être signé chez un cousin canadien du label Tricatel en 1975. On l’aurait redécouvert en 2019 en criant au génie avant-gardiste de ces trois enfants illégitimes de William Gibson, obsédés par la matrice et les machines de Heldon. Quarante ans plus tard, ces enfants de leur temps semblent même avec le frein à main enclenché encore un peu en avance – manière de dire que la France ne semble pas encore prête. On espère vraiment que leur prochain attentat poétique pourra faire plus de bruit.

Mikal Cronin : « Seeker »
(Merge Recordings)

Son quatrième album, celui qui s’est fait connaître aux côtés de Ty Segall a décidé de le composer en pleine isolation en Californie (et pas « insolation en Californie » comme je l’ai lu la première fois, ce qui ne voudrait rien dire) ; précisément dans un cabanon de Idyllwild où il a écrita la majorité de « Seeker », disque d’introspection façon oh lonesome cowboy blablabla. Malgré ce descriptif un peu tapé avec l’arrière des poignets, le disque tient ses promesses (le titre d’ouverture pompé sur Led Zeppelin période orientale) et s’extrait de la case classic rock par l’ajout de cordes ça et là. Pas sûr que les rockeurs qui aiment aplatir des canettes sur leurs fronts apprécient l’exercice stylistique, mais Cronin prouve malgré quelque rechutes dylanesques à la War on Drugs qu’il est autre chose qu’un bouche trou pour backing band.

Iggy Pop : « Free »
(Caroline International)

Pour le coup, l’adjectif « crépusculaire » n’est pas de trop. Alors qu’on pensait son cerveau cuit comme un macchabée dans le désert et son corps trop vieux pour être refourgué à la science, que l’Iguane s’était tout de même vautré dans deux ou trois nanars (et on ne parle pas du dernier album de Jarmusch) comme ses reprises en français (« Après ») ou ses adaptations houellebecquiennes (« Préliminaires »), voici qu’Iggy Pop apparaît seul sur une pochette au moins aussi dégueulasse que ce que ce 18ième album est beau. Beau, parce que simple, avec au bout de la route l’envie d’épure, sans toutes les gesticulations auxquelles le rockeur de 72 ans nous avait habitué. On ne vous jouera pas le refrain du « vieux qui nique tout le monde », mais le fait est que l’ex Stooges, si sa vie devait s’arrêter aujourd’hui, livre un parfait testament. Pour les autres d’abord, avec ce qui ressemble à un hommage à Bowie sur Sonali, ballade à contre-temps rappelant furieusement « Blackstar ». Et puis il y a tout le reste, impeccable même lorsque Pop fait tourner une chanson sur un gimmick (« She wants to be your James Bond », ad lib), varié parce que « Free » est un album de ventriloquie exprime toutes ses voix extérieures (sic), du crooner au punk, sans soucis de l’homogénéité. Si l’âge ne semble pas avoir de prise sur le dernier des Mohicans, le seul qui, avec Neil Young, poursuit une carrière ininterrompue depuis les sixties, le fan de Sinatra qui sommeille en lui peut s’endormir tranquille : « Free » est tel la chanson qui clôture l’album, The Dawn, une berceuse à écouter comme un adieu définitif. Reste à savoir si le natif de Muskegon saura en rester là.

8 commentaires

  1. DIIV et toute la clique de groupe contemporain de chez captured track c’est de la merde en barre 78 carats ,c’est des suceurs de roue ,je sauve le catalzague reedition de captured track et basta

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