“Green Balloon”, l’album, vient de sortir. Tank and the Bangas, le groupe, joue à Paris. Quoi ? Qui ? On est si bien, vautrés dans l’algorithme du streaming, pourquoi encore écouter des inconnus ?Parce que Tank est l’une des meilleures artistes des années 2010, tous genres confondus. Vous ne me croyez pas ? Voilà les preuves.

« La chanteuse part en slam puis s’éloigne du micro et jette le regard le plus sexy que je n’ai jamais vu en mode « c’est quoi ce bordel ? ». La musique commence. Qui est ce type blanc qui joue avec un shaker ? J’ai la tête qui tourne, mon esprit est pris dans un tourbillon à essayer de capter le son, les instruments, les fringues, les échanges vocaux de “okay okay okay okay okay okay okay…” D’où est-ce que ça vient ? On ne voit pas ses lèvres bouger. Le bassiste fait une petite danse et avant que je m’en rende compte, la chanson est finie et je n’ai rien compris. » (Commentaire Youtube sur la vidéo du Tonight Show)

Epoustouflant, hallucinant, déstabilisant : la découverte de Tank and the Bangas à la télé pour la première fois dans le Tonight Show, c’est trop de signaux forts en même temps pour le cerveau moyen du spectateur. Quatre minutes ne sont pas suffisantes pour embrasser ce monde complexe qui semble naitre sous nos yeux, mais qui existe depuis 10 ans. Personne n’aurait l’idée de démarrer une série par la saison deux. A l’heure ou parait “Green Balloon”, deuxième album de Tank and the Bangas, et où le groupe est en tournée en juillet prochain en France, il apparait indispensable de faire un résumé de la première saison.

Tarriona « Tank » Ball est née en 1989 à la Nouvelle Orleans. Dès le lycée, elle écrit des poèmes et les défend sur la scène Spoken Word. Puis, elle intègre la Team SNO (Slam New Orleans), qui remporte le concours national de Slam en 2012 devant 72 villes concurrentes.

Elle sort un premier album, “RandoMe”, sous son nom en 2010. Encore quelques années et la voilà en groupe. L’album “Think Tank” sort en 2013. En 2017, Tank and the Bangas gagne le NPR (National Public Radio) Tiny Desk Concert Contest, devant 6600 autres candidats. Voilà qui est ce groupe qui dérègle les sens chez Jimmy Fallon.

Tank est un poète inspiré, une chanteuse puissante, une interprète charismatique, mais plus que tout cela, elle est avant tout la storyteller de cette deuxième décennie du siècle. Tout ce qu’elle vit devient narration. Toutes ses chansons sont ses expériences transcendées, avec l’intensité d’une Joni Mitchell version bounce. Tank, consciemment ou non, est la créatrice d’un monde dépassant les frontières habituelles des productions musicales. Un système au centre duquel elle serait à la fois le Soleil et la Lune, au gré de ses émotions souvent extrêmes.

Le groupe est actuellement en tournée aux USA. Je skype Tank et j’entends le bruit de la route en fond sonore : elle est dans un van, pour un trip de dix heures sur la Highway 40, quelque part entre Little Rock et Clarksville.

Tank, j’ai vraiment l’impression que tu es créatrice d’une galaxie, je te vois comme une storyteller plus encore que comme une auteur-interprète. Je suis sûr qu’on pourrait faire une série, ou un film, qui s’appellerait Tank and the Bangas, et dont les chansons seraient la bande-son.

Tank : Oui, moi aussi parfois, je me vois comme une raconteuse d’histoires. On me l’a souvent dit. On pourrait faire un dessin animé, comme Recess (« la cour de récré »), je serais comme le personnage de Gretchen, c’est une nerd. Je ne m’étais jamais envisagée comme une galaxie, j’aime bien l’idée.

A propos d’enfance et de Disney, Jelly (choriste) a un jour caractérisé le style du groupe comme étant « Soulful Disney », mais quand on regarde le clip de Quick, ça n’est pas du tout disneyen comme histoire : c’est un court métrage qui finit mal, une histoire de viol et de meurtre, « based on a story by Tarriona Tank Ball. »

Tank : Haha, certainement pas une histoire de Disney, mais tu oublies le mot clé, “Soul”. C’est la lutte, la beauté, la douleur, l’expérience, l’amour et le cœur. La partie Disney, c’est l’imagination et la foi en nous tous.

Tu as débuté en tant qu’artiste solo, puis tu as créé le groupe, à rebours des carrières habituelles basées sur des groupes qui se forment et splittent.

Tank : En tant qu’artiste, je me laisse guider par mes émotions. Je demande quelque chose à Dieu. Je le demande à haute voix, et je travaille, et je l’obtiens. J’ai demandé un album, j’ai demandé un groupe, et peu à peu j’ai obtenu ce que j’avais demandé. J’encourage toujours les gens à dire tout haut ce qu’ils veulent, ça peut marcher. Tank and the Bangas n’était pas un projet délibéré. Nous étions un super groupe d’artistes et de musiciens de toutes sortes appelé The Liberated Soul Collective. Au fil du temps, je suis restée la seule femme dans le groupe. Et j’ai décidé de m’impliquer à fond avec les Bangas. Et mon surnom est Tank. C’est comme ça que ça s’est passé

Le tropisme habituel de l’artiste en devenir est souvent le même : il perce sur sa scène locale mais avec New York ou Los Angeles en ligne de mire. Toi tu es enracinée dans ta ville de New Orleans, dans ton quartier natal de 8th Ward.

Tank : Oh oui ! J’adore NOLA. Rien ne ressemble à cet endroit. Je vais partout dans le monde, mais j’ai toujours hâte de rentrer à la maison. Et si je peux inspirer les gens ici à exercer leur pouvoir d’agir… mon but est atteint.

Tu as en commun avec Prince de jouer du public, comme on dirait d’un instrument.

Tank : C’est bien vu. J’aime le public quand il a une bonne énergie parce que j’ai besoin d’eux pour faire un bon spectacle. Moi aussi, je veux être émue.

Tu dégages un sentiment de confiance en soi et en même temps d’insécurité.

Tank : Je suis comme ça. Je suis aussi confiante que je suis peu sûre de moi. Parfois, je peux être sûre à 10000% de quelque chose et d’autres fois, la moindre appréhension de l’un des membres de mon groupe me fera changer d’avis !

Ton hyper-sensibilité est-elle une bénédiction ou une malédiction ?

Tank : Ça peut être les deux. La plupart du temps, c’est comme une malédiction quand la moindre chose peut me blesser, mais c’est aussi une bénédiction quand je peux capter et écrire sur les petites choses que je peux ressentir plus que quelqu’un d’ordinaire.

Quelle est la réaction du public aux nouvelles chansons ?

Tank : Le public les adore, ils ne se rendent pas compte à quel point c’est effrayant d’interpréter une nouvelle chanson, mais quand tu as suffisamment confiance dans les gens qui t’entourent sur scène, qui croient en la chanson et en son message, tu te sens bien. Et la foule fait connaissance avec la chanson. Et je n’arrête pas la musique et je les laisse chanter pour être sûre que je ne suis pas folle.

Et la conclusion, c’est que tu n’es pas folle ?

Tank : Haha, bien sûr que je suis folle, mais pas ce genre de folie.

A la fin de cette première télé, dans le Tonight Show, tu as fait un petit geste en direction du public, qu’est-ce que c’était ?

Tank : Du soulagement : C’est passé maintenant, je m’en suis sortie. Time to dance for New Orleans !

Tank and the Bangas, 14 juillet 2019, Afropunk Fest Paris.

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