Peut-on écouter des albums techno sans danser comme un con ni se défoncer la tête ? Bonsoir Paris, le duo féminin d’Oktober Lieber répond que oui, et le post-punk électronique de son premier album chez Le Turc Mécanique s’apprête à sonner le début et la fin de la partie.

« Arrivée comme une flèche par des lives physiques et enivrants, l’arme fatale Oktober Lieber pose enfin sur sillons sa hargne bouillonnante ». Putain, heureusement que les clubbers ne lisent pas les bios. De toute façon, et à la différence des rédacteurs musicaux chargés de faire monter le soufflet une fois le disque sorti, eux découvrent toujours ces artistes interlopes avant tout le monde. Ca se passe souvent à des heures non raisonnables, dans des états qui ne le sont pas moins, dans une mélange de corps de fluides nettement plus excitant que ce papier. Mais bon, si d’aventure ils tombaient à seize heures du matin sur le descriptif promotionnel qui accompagne la sortie du premier LP d’Oktober Lieber, peut-être auraient-ils moins envie de faire la fête : c’est de ça dont il est question sur « In Human » : de fête, de liberté, d’oubli de soi ; bref tout l’inverse du format disque, contraignant, limité, serré à la ceinture.

Pourtant « In Human » parvient ce petit exploit de danser dans son 20m2 sans se droguer. C’est même la seule raison, outre le fait que le duo dont il est ici question permet d’oublier les projets pileux masculins blancs-bourgeois auxquels on a fini par s’habituer, qui fait de son écoute un plaisir hybride. C’est gai et triste comme un enterrement de clowns, long et court comme une nuit blanche, c’est à la froid comme un gode glacé fondant sur le plan de travail, chaud comme un râle dans une backroom et on n’est finalement pas surpris par le fait que le nom Oktober Lieber ait été choisi après que Camy-Palou (from Deeat Palace) et Charlotte Boisselier (from Ambeyance) aient découvert le titre October (Love Song) de Chris & Cosey. C’était au mois d’octobre – forcément, on ne sait pas trop en quelle année. C’est important de savoir ? On est bien d’accord. L’important, c’est que « In Human » s’écoute à la fois comme un album et un set, dans un état proche de la transe ou de la trépanation.

Les plus vieux penseront à Ladytron, autre projet féminin mutant des années 2000 ; les plus jeunes à Pelada ; les âges intermédiaires (ceux encore en état de veiller jusqu’à 2 du mat sans avoir à prendre de C) citeront peut-être Poni Hoax et sa face la plus électronuque (le beat qui te prend par derrière). On s’arrête là pour les comparaisons en plaçant tout de même cet autre duo qu’est Nova Materia ; preuve que la techno cérébrale française de 2018 va bien, merci pour elle. Et maintenant, que dire de plus sur ce 6 titres hypnotique qui devrait vous donner envie de gratter votre parquet avec les doigts pour y installer une cave clandestine ? Rien, hormis le fait qu’on regrette l’absence du titre ravageur Noir Piscine, que tout cela s’écoute plutôt en octobre (ceux qui ont pris Allemand en LV1 savent) et que ce disque très before & after « file comme une Mustang Deathproof avec une assurance et une précision à faire froid dans le dos. ». Putain, heureusement que les clubbers lisent pas les chroniques musicales.

Oktober Lieber // In Human // Sortie chez le Turc Mécanique le 31 octobre
https://leturcmecanique.bandcamp.com/album/in-human

Release party le 31 octobre à Petit Bain avec Marie Davidson.

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