Balladur, c’est évidemment l’homme des mauvais choix (la trahison chiracienne de 1995, le port du goitre, le refus de la coldwave pour ses meeting, etc), mais c’est aussi un duo de Villeurbanne signé chez Le Turc Mécanique. Avec leur troisième album “La vallée étroite”, ils prouvent que l’avenir du rock, si tant est qu’il en ait un, est dans l’ouverture à l’étranger. Tout l’inverse d’un concept RPR, en somme.

Croire en la France”. C’est peut-être là que ça a commencé à déconner pour Edouard. Nous sommes alors en 1995, et l’ami de 30 ans de Jacques Chirac décide de partir solo pour la Présidentielle où, comme on le sait, il se tôlera sévère, tel un Dj ayant oublié ses disques chez lui. L’affiche qui devait le faire gagner porte ce slogan, et la phrase est avec le recul tellement stupide qu’elle permet de faire le lien avec le groupe du même nom qui, pour le coup, ne croit qu’en lui.

C’est ce qui marque en premier à l’écoute de “Vallée étroite”, un disque libertaire où Balladur s’affranchit de tous les codes où on les croyait coincé. Si les instruments restent peu ou prou les mêmes que sur les deux albums précédents, il est ici question d’un gros virage à la Ayrton Senna, direction une espèce de zouk mutante impossible à dater sur la frise chronologique du WOK AND WOLL. D’ailleurs, ce n’est plus ça du tout, mettez votre vocabulaire à jour : Balladur, contrairement à tous ces jeunes-vieux groupes faisant les malins avec des guitares exotiques travestissant les riffs de la Compagnie Créole en micro-tubes pour puceaux, n’est pas devenu une pale copie des Foals ou de tous ces artistes French pop tirant leurs poignets vers le bas du manche et les notes aigües. La coldwave, la synthpop froide, la metallo-chanson pour sidérurgiste, merci bien. “Vallée étroite”, ce n’est plus du rock – au sens large – et c’est d’ailleurs ce qui fait tout le charme de cet album hybride à cheval entre plusieurs genres, plusieurs sommets pour paraphraser la pochette hommage à la vallée dangereuse par laquelle passent les migrants venus d’Italie, dans l’espoir de jours meilleurs en France.

Le “croire à la France” précité, du coup, prend tout son sens. Ayant bien compris que rien de bon n’était à attendre de qui que ce soit de ce côté de la frontière, Balladur, étrange dans son propre pays, livre un condense de zouk mutante mixée à de l’exotica allemande qui rappellera aux plus vieux les excursions de CAN, aux autres les génériques d’attente téléphonique quand on avait encore un téléphone fixe, comme sur le magistral titre de clôture Dans la 205.

Arrivé au bout de ce chemin, on aimerait que “La vallée étroite” soit passé en boucle dans les écoles primaires, ne serait-ce que pour enseigner aux nouvelles génération qu’il existe un sentier escarpé permettant d’éviter le choix binaire entre rap autotuné pour blancs bourgeois et pop insipide mâchouillée par des chanteurs qui auraient mieux fait de devenir guichetiers dans une salle de spectacle pourrie perdue dans une ZEP de la France profonde. On souhaite évidemment tout l’inverse à ces deux zouaves encore trop jeunes pour devenir chiants; croyez en ce Balladur, au moins lui ne vous trahira pas.

https://leturcmecanique.bandcamp.com/album/la-vall-e-etroite
En concert au Badaboum (Paris) le 29 novembre.

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