Une signature chez Sub Pop, un album sorti deux mois après pour respecter un contrat merdique, un collage pourri de dernière minute en guise de pochette, le nouveau Corridor s’annonçait mal. C’est pourtant la grande réussite de cette fin d’année.

Divulgacher n’est pas gâcher. Tuons immédiatement le suspens. « Junior », le nouvel album des montréalais de Corridor, a tout d’une tuerie. Tabernacle, nous voilà très loin d’un album broche à foin. Signalons d’ailleurs aux fans les plus hardcore du groupe qu’ils vont rapidement déchanter et devoir se faire à l’idée que leur doudou québécois n’est plus à eux. Il appartient déjà au reste du monde. Ou pas loin. La fin d’une époque? Peut-être, car avec « Junior », le quatuor franchit une ligne de confidentialité qui le séparait encore des grands du jeu. « Junior » sorti, les fans du groupe vont se multiplier aussi rapidement que des Gremlins un soir de flotte. Et redorer l’image du Québec.

Les historiens que vous êtes le savent évidemment, le lien fort entre la France et le Québec ne date pas d’hier. Impossible pour un Français né dans les années 70 ou 80 d’éviter des traumatismes portant les noms de Gilles Vigneault, Ginette Reno, Robert Charlebois post-77, Fabienne Thibeault, Roch Voisine ou la fort sympathique mais sacrément pénible Lynda Lemay,… A se demander d’ailleurs si un dispositif d’extradition artistique n’avait pas alors été mis en place sous le manteau. Pendant des années des hordes de Québecois envahirent ainsi nos radios, nos télés, nos magazines. De truc à machin en passant par bidule, notre hit-parade national regorgeait de Québecois. On y trouvait même Céline Dion. Oui, oui, celle qui vient de permettre au festival des vieilles charrues de vendre 55 000 places en moins de 9 minutes pour son édition 2020, soit une durée à peine inférieure au temps de confection d’un oeuf cocotte. Bien sûr, depuis, le Québec a repris un peu de sa superbe grâce à la fameuse scène de Montréal (Bran Van 3000, Godspeed You Black Emperor, Fly Pan Am, Suuns, Jessica Moss, Wolf Parade, Chocolat…). Ok, mais Corridor dans tout ça?.

Inutile de vous la faire à l’envers, je ne suis pas le groupe depuis ses débuts. J’avais zappé « Le voyage éternel », leur premier LP. Apprécié le deuxième, « Supermercado », même s’il n’y avait pas selon moi de quoi se paqueter la fraise. Bref, comme souvent, je découvre un groupe après tout le monde. Pourtant, je vous jure que ces derniers mois, je ne suis pas resté assis sur mon steak. La preuve, c’est pendant une intensive séance d’écoute de nouveautés que je suis tombé sur « Junior » le 10 septembre. Tombé ? Scotché! Sidéré même ! Choqué, quoi. Vite. Rencontrer le groupe. Lui poser des questions. Pourquoi tant de beauté joueuse dans ces 10 titres tenant en 39 minutes? Comment fabrique-t-on un disque étalon en 2019? D’où viennent tous ces hooks ingénieux et ces tricks de guitares? Wayne Gretzky était-t-il vraiment le plus grand? Tant de questions à poser au groupe. Leur attaché de presse m’apprend alors que les Québecois étaient présents à Paris la veille. Et qu’ils sont repartis dans la foulée. Jonathan Robert (voix, guitare), Julian Perreault (guitare), Dominic Berthiaume (voix, basse) et Julien Bakvis (batterie) se sont barrés sans m’attendre. Une nouvelle fois, j’arrive trop tard.

Pour compenser cette absence, je vis depuis avec « Junior ». Qu’il soit psyché, jangle pop ou daydream, Corridor grandit en moi, encore et toujours. Ne me demandez-pas de me calmer le pompon, je ne suis qu’amour pour cet album qui finira l’année soudé à ma platine. A peine plus court qu’une mi-temps au Parc des Princes, « Junior » a tout du joueur étoile naviguant entre rigueur et désinvolture. Soyons désinvoltes, mais ayons l’air de tout. Ses coups de génies et ses temporisations intelligentes ont été enregistrées dans l’urgence (six des dix titres ont été composés en un seul week-end). Une urgence dictée par la pression contractuelle de Sub Pop avec qui le groupe a quand même signé pour 3 albums. Au passage on signalera que c’est la première fois, après 33 années d’existence, que Sub Pop signe un groupe francophone.

Dès Topographe, le ton est donné. Nous voilà face à un morceau accrocheur à rendre jaloux Aline (le groupe, pas celle où on doit crier pour qu’elle revienne). Suit Domino et son intro à tomber. Les amateurs de Pinback s’agenouilleront devant Grand Cheval. Mais inutile de citer tous les titres. Blindé de détails surprenants, jouissif et addictif, « Junior » fait parti des disques à faire tourner en mode repeat. L’affaire est ketchup. Les grands albums sont ceux dont chaque titre devient tour à tour notre préféré. « Junior » mérite son surclassement en sénior. Corridor est un crew, une team. A chaque seconde, on sent le groupe tricoté serré comme jamais. Félicitations messieurs. Cela valait vraiment le coup que vous vous fendiez autant le cul pour réussir ce « TOUJOURS DIFFICILE » troisième album. Il est fantastique.

Ps : Corridor jouera à Paris au Point Ephémère le 4 novembre. Croyez-moi sur parole, cette fois je ne me pointerai pas le lendemain.

Corridor // Junior // Sub Pop 

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