« Ligne Maginot mon amour, il ne se passe pas grand chose après Strasbourg ». A quelques exceptions près,

« Ligne Maginot mon amour, il ne se passe pas grand chose après Strasbourg ». A quelques exceptions près, cela se vérifie pour à peu près tous les sujets concernant nos vies quotidiennes ; du prix du beurre aux sorties musicales, l’ouest français est souvent un tiers-monde. Dur d’y croire, difficile d’imaginer les plaines arides de Metz et la solitude des bois alsaciens. Complexe le fantasme, lorsqu’il naît à moins de 500Km de chez vous.

Lauter. J’imagine un groupe, il s’agit d’un homme ; je pense autoproduit, c’est une pépite artisanale, je dis France, Lauter répond Nevada VS Bristol, Strasbourg vous dites ? Sous ses airs de pauvre défavorisé, le groupe de Boris Kohlmayer accouche d’un funk froid terrassant (Black pupils), rappelant l’auteur à son propre devoir : écouter un disque dans son intégralité, avec la même attention qu’un More du Floyd, pour coller au plus près de l’émotion. La grande force de cet âge de raison, c’est l’art du fer forgé ; de grandes mélodies fondues dans la boue d’une Amérique inconnue. Enfin… vue d’Alsace.

Délaissant le choix, optant pour le tout, Lauter se dirige donc vers un disque de charpentier, bravant les musiciens du tertiaire, et l’écologie même, plus vraiment porteuse. Se concentrer sur le bruit des cordes. Production dépouillée, émotion. Grand titre que ce The next step, six minutes et trente neuf secondes de gospel du blanc, l’échangeur d’autoroute pour les true believers, le synthé qui carambole sur une voix forcément blanche, et un gimmick en forme de mantra, qui revient, crie, redit son nom, soutenu par une seule nappe qui jamais ne s’éteint. Ces derniers mois, et mis à part Maison Neuve, peu de sorties ont tenté le grand écart avec autant de subtilités. Cela s’appelle l’authenticité des gens du pays, ceux qui refusent de perdre 10kg avant l’été et ne partiront pas -comme un français sur deux je le rappelle- en vacances, .

Alors pour oublier qu’on ne partira pas, on s’évade. Dans ses pensées du moins, on compose des chansons de là-bas (We’re moving in, très Shearwater dans l’esprit) pour supporter l’ici. Ailleurs, en Alsace, Lauter est également une rivière qui se jette dans les bras du Rhin. Puisse-t-il les emporter loin, moi avec, tous ensemble, parce que la beauté d’un disque se mesure souvent au degré de perdition qu’il suggère. « Auditeur, veux-tu sombrer » ?

Sacrée fin de monde. Avec The age of reason, Lauter donne tort à ceux qui voient de l’extérieur. Pensez à fermer la porte avant de sortir, comme disait l’autre, je suis déjà parti.

http://www.myspace.com/_lauter

Lauter // The age of reason // Clapping Music (Herzfeld)

 

 

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