Entre deux concerts de psyché, la conscience professionnelle peut conduire à écouter un album en français chanté par une française. Prise de risque maximal, donc. Persuadé qu’on va s'emmerder autant qu'à un mariage de province, on déchante pourtant vite avec le ‘Sur la piste de danse’ de Laure Briard, une ex-étudiante en criminologie passée par l'école Tricatel avant de devenir fan de... PNL. Explications.

De Rose à Keren Ann, les exemples de chanteuses françaises belles mais chiantes pullulent, et si vous avez des noms pour contredire cette micro-théorie machiste à deux euros, direction la rubrique commentaires. D’ailleurs, la dernière fois qu’on s’était extasié pour une chanteuse française commence à dater (Maud Lübeck, si tu m’entends, sache d’ailleurs que j’attends toujours ton prochain projet avec l’impatience). Avec Laure Briard, jeune toulousaine de 33 ans, c’est différent. Proche de la galaxie Aquaserge, membre sporadique de l’écurie Tricatel, elle possède d’emblée le CV en or massif pour simultanément captiver la critique « exigeante » et repousser un grand public qui n’achètera du Nicolas Ker que s’il passe Ruquier chez bourré.

Impossible de prédire si ‘Sur la piste de danse’ le rencontrera, ce public. Difficile à décrire (des faux airs de Gainsbourg, de la Bossa, du post yé-yé, etc…), facile à appréhender, le successeur de ‘Révélation’ contient des arrangements ambitieux et efficaces. Sans être prétentieux. Bref, tout le contraire de cette introduction poussive que vous tentez de lire sans scroller votre écran de smartphone. Cet album touche sa cible sans peine. Dans un monde idéal, le mainstream ressemblerait peut-être à ça. Faites le test sur votre mère si elle est encore de ce monde, et on en reparle quand on se croise.

Laure n’en est pas encore à briguer un strapontin doré chez Drucker pour draguer les foules. Mais si tout se passe bien, son disque devrait assez rapidement trouver audience. Tiens, la veille de notre rencontre, elle a même rencontré les Inrockuptibles, l’hebdo du peuple de gauche. Ca ne fait pourtant pas d’elle une grande habituée des interviews, et elle demandera quelques jours après l’entretien si elle peut jeter un coup d’oeil à la retranscription. Pas parano ni control freak, la toulousaine souhaite en fait s’assurer que personne n’a été mal cité dans l’article. Rien à dire, Laure a tout bon.

En lieu et place d’une présentation powerpoint, peux tu te présenter un peu pour nos vaillants lecteurs qui ne te connaitraient pas encore ?

Je viens du Tarn. A vingt ans, je suis partie à Toulouse pour faire des études. La musique est apparue assez tard dans ma vie. J’ai commencé à en faire avec Julien Barbagallo. Je chantais ses chansons pour le plaisir, on enregistrait des démos sans arrière-pensées. Quelques temps plus tard j’ai rencontré Julien Gasc et Benjamin Guibert d’Aquaserge. Quand ils ont été contactés par Bertrand Burgalat pour lui servir de backing-band pour sa tournée, ça a été l’occasion de lui faire écouter nos démos. Il les a appréciées et assez rapidement, nous nous sommes retrouvés à les enregistrer dans son studio pour Tricatel. Le premier EP a dû sortir vers 2010, mais on avait déjà certaines démos depuis 2005-2006. Après quelques concerts avec Eddy Crampes and the moustache orchestra et Laure Briard chante la France, j’ai commencé vers 2013 à bosser sur mon premier LP, pas vraiment seule puisque j’étais encouragée par mon ami Julien Gasc. Il m’a bien boosté pour que j’écrive, et on s’est lancés, lui à la guitare, moi au chant. Eddy Crampes faisait aussi parti du projet, et c’est d’ailleurs surtout grâce à lui que ‘Révélation’ a pu voir le jour.

« J’ai suivi des études de criminologie ».

Tu connaissais Eddy Crampes depuis longtemps ?

Oui, on avait déjà fait des reprises longtemps avant. Des trucs de Francoise Hardy notamment. On travaillait sur un 4-pistes, en mode lo-fi. A ce moment là, Stéphane Deuxmille, boss du label 2000 Records à Toulouse, m’a encouragé à sortir un premier album chez lui. C’est comme ça qu’est arrivé ‘Révélation’, enregistré en cinq jours à l’Electric Mami, le studio d’Aquaserge.

Que faisais-tu avant de faire de la musique ?

Des études. Une maîtrise de lettres. J’ai aussi fait du théâtre, j’ai même essayé de percer en habitant à Paris pendant un an mais c’était trop compliqué. A 25 ans, j’ai obtenu un CDI que j’ai lâché en janvier de cette année pour me consacrer entièrement à la musique. Entre-temps, j’ai suivi des études de criminologie.

Ce deuxième LP sort sur Midnight special records. Comment t’es-tu retrouvée chez eux ?

Une fois que ‘Révélation’ est sorti, je l’ai envoyé à plusieurs labels, même à l’étranger. C’est comme ça que Burger Records a sorti une cassette. Je l’avais aussi envoyé à Midnight Special, et Victor Peynichou, le patron du label, m’a répondu. Il aimait beaucoup le disque mais préférait participer au processus de création de A à Z, plutôt que de sortir un produit fini. J’avais retenu sa réaction, et quand je me suis lancé sur l’idée du deuxième album, je l’ai recontacté en aout dernier pour lui proposer une collaboration. On a pas mal discuté et on a fini par se rencontrer à Paris en novembre. Dès janvier, on enregistrait. J’ai l’impression que la sortie du disque s’annonce plutôt bien, on a eu des commandes en Espagne et au Japon notamment.

Ton disque m’évoque parfois ‘Mes mauvaises fréquentations’ de Katerine, qui a eu son petit succès au Japon à l’époque de sa sortie.

J’adore ce qu’il fait, et j’ai une vraie sensibilité pour la bossa-nova qu’on retrouvait effectivement sur ce disque de Katerine. Je l’ai d’ailleurs rencontré et on devait bosser ensemble. Il travaillait à l’époque avec Momotte, le groupe de Julien Gasc, qui faisait ses premières parties. Je lui avais envoyé mes textes mais il était overbooké, avec un film, un album, etc… .J’étais un peu dégoûtée parce que j’adore vraiment ses premiers albums, notamment ceux avec sa sœur Bruno qui chantait, et sa compagne de l’époque.

Tu parlais de Françoise Hardy. Ta musique contient aussi pas mal d’éléments yé-yé.

On me l’a souvent dit. Il est certain que j’ai beaucoup écouté des artistes de cette période et que ça doit parfois transpirer dans ma musique. Mais je ne me suis jamais dit que je voulais faire de la musique post yé-yé.

Comment la décrirais-tu alors ? Tu ne fais quand même pas du heavy metal, si ?

Non, bien sûr. Pour ‘Revelations’, c’était facile, on avait affaire à une sorte de pop psyché qui tirait un peu sur le rock. Pour ce nouvel LP, c’est plus compliqué. Déjà parce que je voulais un album avec beaucoup de styles différents. J’écoutais beaucoup de musiques du monde 60-70 quand je l’ai écrit. Je ne voulais pas que l’album reste dans un style. Impossible pour moi de le décrire.

Quel type de musique écoutes-tu chez toi ?

J’ai eu pas mal de périodes. J’ai des cycles obsessionnels, un peu comme Françoise Hardy. Pendant l’écriture, j’étais à fond dans la musique turque sixties, africaine,…Ca ne m’empêche pas d’écouter du Claude François ou les trucs que j’écoutais quand j’avais 15 ans, comme Marylin Manson, Hole, etc…Même si je les écoute évidemment pas de la même manière.

Les trucs « pointus », tu les découvres comment ?

J’ai un pote qui a un blog assez pointu. Ca s’appelle Réverbérations. Ils sont en Californie, et tous les 15 jours, ils sortent des playlists incroyables avec plein de morceaux obscurs. Ca m’a permis de découvrir beaucoup de choses. Et je cherche aussi beaucoup. Je connais aussi très bien Djnobreakfast, un DJ de Toulouse qui possède des milliers de vinyles. C’est aussi une bonne source.

Comme Bernard Arnault, tu sais finalement bien t’entourer.

Je ne sais pas. Il n’y a aucune stratégie là-dedans mais quand j’y réfléchis, je me rends compte que c’est le cas. Pour le disque je me suis rapidement entouré d’autres amis de Toulouse, Camille Bénâtre et Thomas Pradier qui ont aussi leur projets solos sur la Souterraine. J’ai envoyé des textes à François Remigi, qui a son groupe Abberline sur Toulouse. Il m’a fait des mélodies superbes, notamment Sur la piste de danse et Dalida. Et toujours Eddy Crampes bien sûr, un pilier pour moi. Nicolas Mazel m’a aussi proposé des chansons, il a son groupe Marie Mathématiques. Bref, tout est allé très vite.

La scène de Toulouse est assez riche. Vous avez survécu à Zebda.

C’est assez étonnant, car on ne vient pas tous de Toulouse. Je ne saurais pas l’expliquer. Mais une chose est sûre, c’est qu’on ne s’ennuie pas là-bas.

A aucun moment tu n’as envisagé de sortir ce deuxième album sur Tricatel ?

J’avais envoyé ‘Révélation’ à Bertrand Burgalat, mais pas celui-là puisque ça s’est goupillé très rapidement avec Victor. Le deal a été si rapide que je n’ai pas eu besoin de démarcher qui que ce soit.

« Quand je parle de PNL à Gonzaï, j’ai un peu peur de me faire lyncher ».

T’as pas eu envie d’un duo sur ce disque ?

Si. J’aurais bien aimé un featuring avec PNL.

T’es à fond sur l’autotune ? Ca s’entend pas vraiment sur ton album.

On bosse ça, ouais.

Avec PNL. Sérieusement ?

Oui, j’aimerais bien. J’ai toujours détesté le rap, et depuis peu je suis en train de changer d’avis. Je bosse depuis huit ans avec des ados et ces derniers temps, je me suis sentie dans la peu d’une ado attardée. Du coup, j’ai découvert plein de trucs grâce à eux. PNL, je trouve ça bien. J’écoute d’autres trucs, genre SCH, mais ça c’est plus pour rigoler. Il est drôle cet SCH. Pour pouvoir juger ou découvrir, faut forcément écouter.,. non ? Mais PNL, j’écoute beaucoup.

J’ai l’impression que le vent est en train de tourner sur le rap français. Il a beaucoup été décrié par les amateurs de pop ou de rock psyché, et je sens que peu à peu, certains retournent leur veste en s’ouvrant à ce genre.

Ca devient hype. Du coup quand je parle de PNL à Gonzaï, j’ai un peu peur de me faire lyncher. J’échange pas mal de rap avec une copine, Sarah Maison. Je sais que Victor, le boss de Midnight Special, est fan d’Alkpote, mais c’est trop trashos pour moi.

Quand on a 33 ans et qu’on est une femme, comment apprécier ce rap hyper machiste où les femmes sont souvent considérées comme de la viande hachée ?

C’est vrai que ça me gêne un peu. Hier, je regardais une vidéo de SCH. Les paroles ne sont pas à prendre au premier degré. Quand j’écoute du rap, je ne prends pas tout pour argent comptant. Si tu l’écoutes premier degré, évidemment, c’est horrible. Fumer du shit, baiser des meufs, etc.

Tu comprends ce que chante PNL ?

Oui. Peut-être pas tout avec leurs mots en verlan et l’autotune, mais je comprends la majorité de ce qui est chanté, bien sûr. De toute façon, tu n’écoutes pas PNL comme tu écoutes Gainsbourg. C’est autre chose, mais je dois reconnaître que j’écoute beaucoup ce groupe. J’aimerais bien parler avec eux de leurs textes, de leur vision de la femme, etc. Je pense qu’ils en font des caisses et qu’ils surjouent un peu. 

Pour terminer, as-tu déjà une idée de ce qui suivra après ‘Sur la piste de danse’ ?

J’adorerais enregistrer un disque en Turquie à Istanbul avec des musiciens plus traditionnels. J’avais déjà commencé à travailler dessus et puis tout s’est décanté très vite avec ce disque.

Laure Briard /// Sur la piste de danse // Midnight Special Records
Site officiel

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20 commentaires

  1. Oui allo bonjour j’appelle pour le débat sur les chanteuses françaises belles mais chiantes. Alors j’ai noté une liste de contre-exemples, je vous les cite au téléphone tant que j’y pense : La Féline, Alice Lewis, Hallo Maud…. merde j’ai plus de crédits, je raccroche et je reviens (super disque de Briard sinon hein, bisou).

    1. Ahahahaahahahahah pauvre merde ! Avant d’ouvrir la poubelle qui te sert de bouche, pars en quête intérieure d’un peu de décence. Tu vas rentrer bredouille, mais ça va te prendre tellement de temps que ce sera un véritable repos de l’âme pour tous les autres.

    1. You are so gross mate. I’ve been very lucky to catch her latest show in Paris while I was there and fuck she was so good and sad and beautiful and joyful and poetic and shit that I felt like she brought back to life a little part of me that was dead.

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  3. Le berger de Brie, ou briard, est un chien de berger français qui à l’origine servait à la garde et la conduite des troupeaux.

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