4 novembre 2025

La discothèque idéale d’Alix Fernz, le Québécois hyperpunk

@Antoine Giroux

Avec son deuxième album intitulé « Symphonie publicitaire sous influence », l’artiste montréalais Alix Fernz sort un disque dissonant aux tendances pop cheloue qui évoque ses inspirations, comme Ariel Pink ou Devo. On a demandé au musicien de nous sélectionner huit albums dont il est fan afin de mieux cerner l’univers musical du garçon.

Ça nous arrive tous. On demande à une personne ce qu’elle aime écouter. Et puis on la juge, en mode : « Ah ouais, t’as bien aimé le nouvel album de Tame Impala ? Est-ce que tu peux aller niquer ta race du coup ? » À vrai dire, ce processus est sain : il permet déjà de faire le tri dans vos amis. Et puis aussi d’affiner vos goûts musicaux grâce à un esprit critique qui frôle souvent la mauvaise foi.

Alix Fernz, barman la nuit et artiste le jour, ressemble à un punk des années 70 : t-shirt troué et trop petit, tatouages, dégaine de mec louche, cheveux blonds peroxydés, look androgyne. Sa musique, elle, ne se limite pas à trois accords barrés répétés en boucle. Elle est plus bricolée, plus pop et surtout plus orientée vers les machines et les synthétiseurs. En gros, on se rapproche plus de Devo et de Gang of Four que de Black Flag.

Glam rock, synthwave, ambiance cyberpunk de cave, paroles en lien avec la nuit et les histoires cheloues qui se trament après deux heures du matin : « Symphonie publicitaire sous influence » est un disque glauque qui fait danser. Le Montréalais nous parle, alternant entre l’anglais et le français, d’un diable avec une batte de baseball, d’un passant cagoulé qui asperge de gaz poivré des gens au hasard dans la rue ou encore d’armes blanches. Dix titres DIY parfois dérangeants, souvent intriguants et surtout compulsifs qui permettent à Alix Fernz de se frayer un chemin dans le top 10 des albums les plus WTF de l’année. On vous laisse maintenant en bonne compagnie avec les huit disques de sa discothèque idéale choisis par le Québécois.

 

Alien Sex Fiend – « Acid Bath »

« Band légendaire de post-punk aux touches industrielles qui en a certainement influencé beaucoup d’autres. À mon humble opinion, « Acid Bath » a un son très avant-gardiste, considérant qu’il est sorti en 1984. Cet album m’a énormément inspiré au niveau des rythmiques et des percussions, c’est aussi une grosse influence pour moi au niveau de ses timbres lo-fi, voire super raw. La chanson Dead and Re-Buried m’a d’ailleurs beaucoup influencée pour ma chanson HaHa!. »

Crack Cloud – « Crack Cloud »

« J’ai toujours été un grand fan de Crack Cloud ! Un des meilleurs groupes de post punk de la nouvelle génération. En plus, iels sont Canadien.ne.s, donc je tenais à les inclure dans la liste. J’adore les guitares à la Gang of Four, le jeu super dynamique et sec. Le groupe propose aussi une très belle esthétique visuelle. Je mettais énormément d’effets de delay sur ma voix quand je faisais mes premiers albums sous le pseudonyme de Blood Skin Atopic. Écouter cet album, et entendre le traitement des voix super dry et clair de Zack Choy, ça m’a donné envie de faire de même et de mettre moins d’effets sur ma voix. »

Ariel Pink – « Loverboy »

« Ariel Pink est une grosse influence quant à la production et le rôle de la « qualité sonore ». J’ai toujours adoré son côté lo-fi, voire brouillon dans certaines pièces. L’amalgame entre les tonnes de synthétiseurs et les voix a été une piste importante quand j’ai cherché à développer mon côté plus pop, plus mélodique. J’ai rarement eu une obsession pour un artiste au point d’adorer tous les albums, mais c’est le cas pour Ariel Pink. C’est un talent incomparable et l’influence principale derrière mon désir de créer en solo et d’enregistrer mes chansons dans ma chambre sans avoir recours à des équipements professionnels ou à un studio haut de gamme. »

Lou Reed – « The Bells »

« Excluant The Velvet Underground, je n’avais jamais vraiment été introduit à la musique de Lou Reed jusqu’à tout récemment. Un ami proche m’a dit que « The Bells » était un de ses meilleurs albums solo. Je me suis donc mis à l’écouter et ça m’a jeté à terre. Les morceaux de ce disque, des voix jusqu’aux arrangements en passant par les sonorités, sont absolument déjantés. Un album qui, selon moi, mérite plus d’amour. Fun fact : après l’avoir écouté, je me suis mis à porter des vêtements plus ajustés. »

Ausmuteants – « Split Personalities »

« Super cru et punk ! Ça me rappelait beaucoup The Screamers et leurs synthétiseurs minimalistes mais intenses, par exemple l’orgue super distortionné, mais gardant son côté mélodique. C’est un album que j’ai mis en boucle pendant mes séances de tatouage au fil des années. »

Devo – « Hardcore Volume 2 »

« L’intro de cet album est juste trop sick (pour utiliser une expression bien chez nous). Ensuite, ça part en couille (celle-là, je ne saurais pas d’où elle vient) avec des arrangements singuliers, voire bizarres, une des signatures dans la musique de Devo. Au final, on parle de 28 chansons toutes aussi différentes les unes des autres. »

Geneva Jacuzzi – « Lamaze »

« C’est pour moi le meilleur album de Geneva Jacuzzi. On y trouve une bonne touche de musique 80’s, et encore ce côté super lo-fi que j’adore. La plupart des synthétiseurs utilisés sur cet album peuvent aussi être entendus sur mon nouveau disque. « Lamaze » incite à bouger, ça a définitivement influencé mon approche quand j’ai cherché à écrire des chansons plus simples, plus dansantes. Je l’ai partagé à Kenneth Gilmore en référence pour le mix de mon nouvel album. »

Puzzle – « The Rotten Opera »

« J’adore depuis longtemps la musique des frères Shears de The Garden. Leur look et leur esthétique super L.A. punk, mais aussi leur côté plus mainstream, agréable à l’oreille, m’ont toujours inspiré. Le projet solo de Fletcher Shears, intitulé Puzzle, défie toutes les catégories. Il se démarque énormément avec ses compositions disparates qui, à première vue, n’ont aucun sens, mais qui demeurent très catchy. Encore une fois, ce sont les textures de synthétiseurs qui m’ont d’abord attiré vers cet album. Ceci dit, la production porte un son très numérique qui représente bien la musique d’aujourd’hui. »

L’album « Symphonie publicitaire sous influence » est disponible depuis le 17 octobre sur Mothland.

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